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Red Nights - Révélé

Chapitre 9

- C'est gentil d'être passé me voir !
- Vous avez une curieuse conception du mot invitation., répondit Gibbs d'un ton sarcastique.
- Désolé, je n'ai pas le temps pour les politesses. Alors, avancez ! Et, de toutes façons, respecter les convenances ne m'a jamais vraiment intéressée.
- Moi non plus, rétorqua-t-il, mais nous avons largement dépassé ce stade vous ne trouvez pas ?
- c'est vrai, répliqua Kate du tac au tac.
- Ce n'est pas un jeu Joan ! enchaîna Gibbs.
- Mon nom est Carla Johanson et bien sûr que c'est un jeu !
- Sûrement pas ! répliqua Kate.
- Nous verrons bien. Faites attention à ce que votre jalousie ne vous perde pas ma chère, menaça-t-elle Kate en saisissant son bras d'une manière clairement destinée à être douloureuse.
- Lâchez-là ! ordonna Gibbs oubliant complètement l'arme qu'elle tenait ce qu'elle fit non sans le regarder d'un air menaçant et provocateur.

A quelques kilomètres de là, Tony et McGee avaient remarqué l'arrêt brusque et anormal de la voiture qu'avaient prise Kate et Gibbs.
- C'est elle, n'est-ce pas ? demanda McGee comme pour exprimer tout haut une inquiétude silencieuse.
- J'en ai bien peur., répondit Tony en regardant son coéquipier droit dans les yeux.
Il était aussi inquiet que lui. Il le sentait.
Et ils n'étaient pas les seuls.
- Que se passe-t-il ? demanda anxieusement Abby.
- J'ai l'impression qu'elle les a obligés à s'arrêter sur le bas-côté, répondit Tony.
Le regard de Ducky croisa celui de la jeune laborantine et il comprit tout de suite qu'il s'était passé quelque chose d'anormal.
- Tony, il faut que vous les rejoignez le plus vite possible.
- Ne t'inquiètes pas Abby ! On part tout de suite ! répondit-il en regardant McGee qui préférait lui non plus ne pas attendre une minute de plus.

Gibbs et Kate se trouvaient à présent face à la petite maison qu'ils avaient vue de loin.
Joan ordonna à celui-ci d'ouvrir la porte ce qu'il fit.
Elle donnait sur une pièce unique, à la décoration sobre, presque lugubre tant elle était pauvre.

Il n'y avait qu'une table au milieu de celle-ci, trois chaises et une ancienne horloge dont le pendule se balançait en un mouvement constant et émettait un « tic-tac » oppressant.
Kate et Gibbs remarquèrent également une petite croix accrochée au mur à côté de l'horloge.
- Comment avez-vous trouvé cet endroit ? demanda Gibbs instinctivement.
- Vous croyez que c'est pour parler de ça que je vous ai fait venir ici ? Mais je vous en prie, asseyez-vous ! Je vous ai déjà réservé vos places., ironisa-t-elle en désignant les chaises. Oh ! J'allais oublier une chose avant ! Ouvrez votre veste ! lança-t-elle en s'adressant à Gibbs qui sembla assez surpris. Vous aussi agent Todd. que je puisse voir si vous ne portez pas de gilet par balle ni d'arme !
- Nous avons respecté vos consignes., rétorqua Gibbs.
- Je préfère moi-même m'en assurer. Qu'est-ce qui se passe agent Gibbs ? Vous êtes frileux ? lança-t-elle d'un ton sarcastique, ou vous préfèreriez que je vous fouille ?
- Non merci, répondit-il sans hésiter d'un ton laconique. Il tentait comme Kate de dissimuler qu'il sentait bien qu'elle jouait sur la jalousie qu'ils pouvaient ressentir et essayait de l'attiser.
- Je ne suis pas sûre que l'agent Todd serait d'accord de toutes façons. fit-elle remarquer en regardant Kate et en se rapprochant de Gibbs comme pour faire semblant de vouloir le fouiller.
Même s'ils essayaient de ne pas trop laisser paraître leurs émotions, Gibbs et Kate ne purent s'empêcher de réagir instinctivement: celui-ci eut un mouvement de recul et Kate, au contraire, s'avança un peu comme pour rappeler à Joan qu'elle ne jouait pas.
Non, elle n'aime pas cette idée de toute évidence. , ajouta-t-elle en regardant Kate droit dans les yeux.
Le petit sourire qu'elle affichait était inquiétant.
Levez aussi votre pantalon: je veux voir si vous ne dissimulez pas d'arme là non plus. Quoi, ça vous étonne ?
- un peu, répondit simplement Gibbs en s'accroupissant.
- Eh bien, sachez que les séries tv apprennent pas mal de choses ! Assez plaisanter ! Asseyez-vous ! Il faut qu'on parle.

Tout cela ressemblait à une mise en scène.
Elle les « invita » à s'installer l'un en face de l'autre et elle prit la chaise du milieu.
Puis elle leur « demanda » de passer leurs bras derrière le dossier avant de les menotter.
- Comment avez-vous eu ça ? Ne me dites que vous avez séduit un policier juste pour lui prendre ses menottes ? demanda Gibbs.
- J'aurais pu mais non. Elles viennent de boutiques S. M. : si vous voulez, je vous donnerai des adresses.
- Non merci, répondit-il d'un ton sarcastique.
- Dommage, murmura-t-elle près de son oreille.
- Faire souffrir l'autre ne m'intéresse pas, ajouta Gibbs d'un ton presque dur.
- Vous croyez que moi, ça m'intéresse ? Mais parfois, on a pas le choix. Ne faites jamais confiance aux hommes. Ce sont tous des menteurs, ajouta-t-elle à l'attention de Kate.
- ça dépend desquels, répliqua celle-ci du tac au tac.
- Et le quartier-maître Jensen ? enchaîna tout de suite Gibbs, craignant la jalousie de cette femme envers eux, nourrie par une rage semblant plus profonde encore.
- Qu'a-t-il à voir là-dedans ? répondit Joan d'un ton qui trahissait sa nervosité.
- Alors, vous lui avez parlé, rétorqua Kate.
- Oui, et alors ? Une discussion entre deux adultes consentants. Qu'est-ce que ça change ?
- ça change que vous avez menti dans le cadre d'une enquête criminelle, répondit Gibbs.
- Et que vous êtes notre principale suspecte, ajouta Kate.
Même si c'était périlleux, Kate et Gibbs jouaient à présent ouvertement la carte de la provocation pour pousser Joan Richards dans ses derniers retranchements.
- Je ne l'ai pas tué. D'ailleurs, quelles preuves avez-vous pour affirmer ça ?
- rien, seulement notre intime conviction, répondit Gibbs le plus sérieusement du monde.
- hmmh. Désolé, c'est un peu mince. rétorqua-elle en regardant intensément Gibbs. Vous n'avez rien. Vous ne pouvez pas m'arrêter., ajouta-t-elle comme par défi.
Mais celui-ci ne détourna pas son regard. Kate non plus d'ailleurs. et Joan sentit que sa résistance fléchissait. et qu'elle ne pourrait continuer à prétendre encore longtemps qu'elle était maître de la situation.
Alors, elle tenta de tourner la situation à son avantage.
- Regardez-le., commença-t-elle à l'attention de Kate et en se rapprochant de Gibbs jusqu'à être derrière lui.
Comme ne serait-il pas tenté d'user de ses charmes ? Peut-être le fait-il même déjà et vous aussi.
Comme un brouillard désagréable qui passe et cache la vue, Kate ne put s'empêcher de penser une seconde à cette femme rousse qu'il semblait bien connaître. de la revoir venir le chercher... Et Gibbs se revit aussi seul chez lui hanté par l'idée que Kate pouvait déjà être heureuse avec un autre homme. Mais ils ne se quittaient pas du regard et ce lien si particulier fit disparaître ces images qui ne pouvaient effacer les souvenirs qu'ils avaient à présent en commun.
Ils étaient doux, troublants, précieux. des moments nés d'un amour qu'ils savaient tout deux sincère.
- Vous vous trompez, répliqua Kate d'un ton étrangement calme comme si c'était une évidence.
En fait, seul son regard mêlé à celui-ci de Gibbs reflétait les émotions qui se bousculaient en elle en cet instant.
- Comment pouvez-vous en être sûre ? rétorqua Joan qui semblait de toute évidence ne pas s'attendre à ça.
- Parce que je le connais et parce que je l'aime. affirma-t-elle en regardant Joan droit dans les yeux.
-Vous n'arriverez pas à nous monter l'un contre l'autre ! lança Gibbs d'un air tout aussi déterminé et sûr de lui en regardant Joan.

Tony et McGee venaient d'arriver tout près de la petite maison mais il leur était difficile voir impossible de voir ce qui se passait à l'intérieur sans se faire remarquer. Ils savaient qu'en intervenant trop vite, ils risquaient de faire s'envenimer la situation que Gibbs et Kate essayaient de désamorcer.
- Regardez-moi ! cria-t-elle à Gibbs en tapant du poing sur la table avant de le mettre en joue avec l'arme qu'elle tenait toujours.
La violence de sa réaction fit presque sursauter celui-ci qui la regarda aussitôt: il sentait et il craignait comme Kate que les choses ne basculent à tout moment.
Elle marcha jusqu'à être à côté de Gibbs et tout en le gardant en joue, prit dans la poche gauche de sa veste la petite clé qui ouvrait ses menottes et le détacha.
Il essaya de cacher sa surprise mais Joan sentit qu'il était perplexe. tout comme Kate et qu'il essayait de deviner au plus vite ce qu'elle allait faire.
Tout en continuant à surveiller Gibbs et Kate du regard, elle glissa alors une main sous l'épaisse table en bois qui les séparait: ils entendirent le bruit d'un ruban adhésif qu'on arrache et ils ne tardèrent pas à découvrir avec effroi ce qu'il retenait: un autre revolver. qu'elle posa devant Gibbs.
Elle le dissuada de faire quoi que ce soit en faisant sauter le cran d'arrêt de son arme.
Elle voulait savoir comment il allait réagir si elle le mettait face à sa plus grande peur.
- J'ai besoin d'être sûr de quelque chose.
Cette phrase glaça le sang de Gibbs et il dit instinctivement:
- Ne faites pas ce que vous pourriez regretter Joan.
- Ne me donnez pas d'ordre ! Vous n'êtes pas une salle d'interrogatoire ! Ici, c'est moi qui fixe les règles ! le menaça-t-elle en se rapprochant de Kate.
- Ce n'est pas un ordre !
- Ne me prenez pas pour une idiote !
- Ce n'est pas le cas !
Elle se plaça derrière Kate tout en continuant à menacer Gibbs de son arme et détacha celle-ci.
Mais, cela, Gibbs ne pouvait pas le voir.
Il ne comprit ce qu'elle avait fait que quand elle laissa les menottes retomber lourdement sur le sol ainsi que l'arme qu'elle tenait et qui n'était en fait même pas chargée.
Elle tira tout à coup Kate contre elle enserrant ses bras pour les immobiliser.
Celle-ci tenta de se débattre mais elle ne put rien faire; Joan saisit une seringue qu'elle avait cachée dans la poche de sa veste, retira le capuchon qui la recouvrait d'un coup d'ongle et la pressa contre le cou de Kate en deux gestes rapides qui ne laissèrent à Gibbs que le temps de saisir le revolver qui était devant lui et de la mettre en joue.
- Lâchez la tout de suite ! hurla-t-il en faisant sauter le cran d'arrêt de l'arme qu'il tenait. Il est chargé, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Qu'est-ce que vous voulez à la fin ?
- Vous ne le savez toujours pas ? Ne dites pas non ! Vous me décevriez., rétorqua-t-elle en obligeant Kate à se lever. Vous semblez être un homme intelligent et juste. mais peut-être qu'en un cet instant, vous voudriez simplement m'abattre, n'est-ce pas ?
- Oui, je pourrais vous tuer si vous lui faisiez du mal, menaça Gibbs en se levant. mais voulez-vous vraiment le faire Joan ?
Elle ne mérite pas ça et vous le savez !
- Et moi, je méritais ça ?
- Bien sûr que non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire !
- Alors, que vouliez-vous dire ? De toutes façons, vous ne pensez qu'à vous ! Vous êtes heureux ! Vous vous en foutez bien ce qui pourrait m'arriver !
- Vous savez que c'est faux Joan ! Vous ne voulez pas faire ça ! répliqua Kate d'un ton qui se voulait apaisant même si elle était terrifiée au fond.
Tout comme Gibbs.
- Et pourtant, vous êtes venus pour m'arrêter et m'enfermer, n'est-ce pas ? Arrêtez votre langage de psy ! ordonna Joan d'une voix tremblante.
- Ce n'est pas du langage de psy ! Je ne suis pas là pour vous mentir ! rétorqua Kate. Je sais que vous agissez ainsi pour une raison particulière tout comme vous avez agi le soir où le quartier-maître Jensen est mort.
Avez-vous envie de continuer à fuir toute votre vie ? Vous savez que si vous continuez ainsi, vous allez finir par vous détruire.
Les mots de Kate désarçonnèrent complètement Joan qui n'arrivait plus à cacher à quel point ils la touchaient. Ils reflétaient même sa plus grande peur: disparaître sans avoir jamais vraiment été comprise et aimée. sans avoir jamais pu se libérer de ce fardeau qu'elle traînait depuis trop longtemps.
Elle ne pouvait plus lutter. Elle relâcha Kate reculant à l'aveuglette comme si elle voulait juste s'appuyer contre le mur le plus proche. Elle laissa tomber la seringue qui se brisa et elle se recroquevilla dans un coin de la pièce comme un animal blessé incapable de retenir la violence de ses pleurs.

Les cris à l'intérieur de la petite maison s'étaient tus.
Et campés de chaque côté de la porte, l'arme au poing, Tony et McGee n'eurent besoin que d'un regard pour se comprendre. Ils n'en pouvaient plus d'attendre là sans savoir ce qui se passait à l'intérieur. Il fallait agir ! Ils convinrent d'un signal silencieux avant que Tony ne défonce sans difficulté la petite porte de bois.
Mais ce qu'ils virent les laissa comme Gibbs et Kate sans voix.Leur coéquipière et amie était accroupie auprès d'une jeune femme qui n'avait plus rien de dangereux. tant elle semblait fragile en cet instant.
Kate n'osait d'ailleurs la toucher. même si son instinct lui disait d'essayer quand même et de caresser son dos pour tenter de l'apaiser. ce qu'elle fit.

Les quatre agents étaient, à vrai dire, particulièrement touchés par la détresse de la jeune femme.
Ils savaient qu'il ne fallait pas la laisser dans cet endroit.
Tony fut le premier à réagir: il s'approcha d'elle et s'accroupit près d'elle:
- « Il ne faut pas que vous restiez ici. Venez. », murmura-t-il d'un ton prévenant avant de prendre son bras avec douceur pour l'aider à se lever.
Joan le laissa faire. Elle n'avait besoin que de cela: redonner sa confiance à quelqu'un. baisser la garder enfin. 
Gibbs, Kate et McGee ne furent pas vraiment étonnés de Tony voir réagir ainsi car ils savaient que derrière son côté « dragueur » - qui était loin de le résumer - se cachait un homme intègre, fidèle en amitié et qui le deviendrait probablement naturellement en amour lorsqu'il trouverait la femme qui compterait vraiment pour lui.
McGee suivit Tony et Joan sentant comme lui que Kate et Gibbs avaient besoin d'être seuls.
Gibbs s'approcha alors aussitôt de Kate ne supportant plus d'être éloigné d'elle.
Il s'accroupit à ses côtés pour pouvoir caresser sa joue.
- ça va ? murmura-t-il d'une voix à peine audible.
Elle laissa son regard se mêler au sien et il vit dans ses prunelles noisette, le reflet troublant de ce qu'il ressentait.
Elle n'avait comme lui besoin que d'une chose en cet instant.
Alors, elle le laissa l'attirer contre lui. l'envelopper dans ses bras. et la serrer très fort. Il semblait ne plus jamais vouloir la laisser partir.
Elle le retenait aussi contre elle comme s'il était son ultime refuge. celui qu'elle avait toujours désiré. celui qu'elle ne voulait chercher nul part ailleurs.
Blottis dans la chaleur de cette étreinte, ils laissèrent retomber toute la tension qu'ils avaient ressentie. et s'abandonnèrent à toutes les émotions qui les avaient parcourus. même à la plus déroutante.
Kate leva les yeux vers Gibbs et il vit à quel point elle avait eu peur aussi.
Une peur indescriptible tant elle était profonde. viscérale.
Comme lui, elle prenait vraiment conscience à présent de ce qui aurait pu se passer et.  que l'un d'eux aurait pu mourir.
En tant qu'agents spéciaux, ils auraient dû s'être faits à cette idée de pouvoir être tué lors d'une mission ou pire. d'y perdre les êtres les plus chers à nos yeux. mais, non, pas du tout en fait. Cela leur semblait même impossible et c'était peut-être mieux ainsi.
- Je t'aime, murmura-t-elle comme un besoin de réaffirmer ce qu'elle avait dit devant Joan.
Il savait tout ce qu'elle lui donnait dans ses trois petits mots et il n'avait plus peur de les dire à présent. pas avec elle.
 Il blottit sa main contre sa joue.
- Je t'aime aussi, murmura-t-il avant de l'embrasser.
 Un baiser très doux mais tout aussi passionné.

Pendant ce temps, à l'extérieur.
- Abby ? appela Tony.
La jeune laborantine décrocha à la première sonnerie.
- Tony ! Ça va ? demanda-t-elle d'un ton qui reflétait l'angoisse et l'incertitude qu'elle avait dû ressentir depuis leur dernier contact.
- oui, ça va. Ne t'inquiètes pas ! Tout le monde va bien ici !
Il entendit le soupir de soulagement de la jeune femme avant qu'elle n'ajoute d'un ton doux et complice:
- Merci Tony.
- Mais de rien. On arrive.
- OK. Je préviens Ducky.
- Ils vont bien ? demanda celui-ci comme une confirmation.
Il s'était lui aussi fait un sang d'encre et était resté comme Abby les yeux rivés sur le téléphone.
Elle acquiesça simplement d'un petit signe de tête avant de serrer son vieil ami dans ses bras: il avait toujours aimé cette tendresse spontanée chez elle et n'ayant lui-même besoin que de cette douceur, il entoura sans hésitation ses bras autour d'elle pour la serrer contre lui.

 

Chapitre 10

Une trentaine de minutes plus tard, Gibbs, Tony et McGee écoutaient la déposition de Joan.
Kate se trouvait de l'autre côté de la vitre sans tain face à elle dans la salle d'interrogatoire.

- Mes parents étaient très stricts et autoritaires: mon père surtout. Ma mère le craignait.  Et moi aussi.
Il disait croire en Dieu mais il cherchait surtout à nous effrayer.
Et il y est parvenu. Pendant quinze ans, j'ai vécu en ayant peur de lui et de ses idées complètement absurdes. «Ne fais pas ça. Ne pense pas à ça. C'est sale» .
Ma mère a essayé de me protéger. Elle était contre ces idées, je crois, mais elle vivait à cause de lui dans la crainte de Dieu. et de ce Jugement dont il n'arrêtait pas de parler.
Et je n'ai pas su me rebeller jusqu'à.
Sa voix se brisa. Elle ne put finir sa phrase.
Mon père avait un jeune frère. Ethan. très différent de lui. Il avait quitté sa famille très tôt, à l'âge que j'avais, je crois.
Ils ne se supportaient pas. Mon père le regardait de haut. C'était le premier homme que je voyais en dehors de lui.
J'ai discuté parfois en cachette avec lui. Il me faisait rire. Il m'écoutait. Il ne me jugeait pas à chaque mot que je disais. Il était le seul.
Un jour, ils s'étaient disputés plus violemment encore que d'habitude. toujours sur le même sujet. La religion. et il avait reproché à mon père sa manière de m'élever. de m'enfermer dans des préjugés. Il sentait que ma mère voulait réagir mais qu'elle ne savait pas comment faire.
Et il est parti. en disant que jusqu'à présent, il était revenu parce qu'il avait encore l'espoir de le voir un peu changer et ne pas continuer à vivre avec des idées du siècle dernier. mais que là, il ne reviendrait pas.
Mon père a dit: «Bon débarras !» mais je sentais que ça lui faisait mal quand même mais à ce moment-là, j'étais furieuse contre lui et même si je ne voulais pas quitter ma mère et la laisser avec cet hypocrite, je l'ai suivi.
Il était mal à l'aise. Il me disait que même s'il comprenait mon besoin de partir, ce n'était pas une solution. Il n'arrêtait pas de répéter: « ta maman va s'inquiéter » . Il était si différent de mon père.
Sa voix se fit plus tremblante.
On ne m'avait jamais expliqué comment cela se passait entre un homme et une femme. On m'avait toujours dit que c'était mal et, même si je savais au fond de moi c'était faux, je me suis accrochée à cette idée car c'était la seule image que j'avais. Mais il y avait quelque chose entre nous. La manière dont il me regardait me troublait autant qu'elle me gênait. parce que je ne savais pas comment y répondre. Il a essayé d'être doux avec moi mais je ne savais pas quoi faire. Comment le toucher et le laisser me toucher. Et il n'a pas compris. Il a dû croire que je le repoussais.
Il a crié: « Tu es comme eux !! » et ça m'a tellement blessé que j'ai crié: « Vas-t-en ! Tu ne comprends rien ! »
Il s'est approché et il a essayé de me prendre dans ses bras, de s'excuser. de m'embrasser mais il allait trop vite ! C'était trop fort. J'ai pris peur. J'ai vraiment essayé de le repousser à cet instant. Il y avait quelque chose d'effrayant et de désespéré en même temps dans ses yeux. Et je me suis enfuie.
Je l'ai entendu m'appeler comme s'il me suppliait de revenir. mais je n'ai pas arrêté de courir. J'ai rejoint la route la plus proche. J'ai marché pendant un petit moment mais j'avais peur et j'avais froid. J'avais autant envie qu'une voiture s'arrête et qu'on me ramène chez moi que peur que quelqu'un le fasse. Avec ces lumières, impossible de voir qui était à l'intérieur, ajouta-t-elle d'une voix lointaine.

Le premier endroit sur lequel je suis tombée était une sorte de bar sale et enfumé. dans lequel il y avait aussi des strip-teaseuses. Je n'avais aucune idée de ce que c'était ou même que ça existait. La manière dont ces hommes regardaient ces femmes danser me dégoûtait. Je me sentais si mal à l'aise. Je regrettais de plus en plus de ne pas être restée auprès de lui. J'ai compris qu'en comparaison de ce qui se passait dans cet endroit, nous n'aurions rien fait de mal.
Je n'osais pas bouger de peur qu'on me voit. Je suis restée près de la porte d'entrée. Je ne sais pas pourquoi mais je sentais qu'il allait se passer quelque chose. qu'il ne fallait pas que je reste là. et j'ai paniqué quand je l'ai vu se lever et s'approcher de moi. Il était saoul et il y avait. comme une lueur de folie dans ses yeux. Mais ce club était presque vide et les autres hommes semblaient être aussi saouls que lui. Personne n'a rien fait. J'ai essayé de m'enfuir. Et j'ai pu sortir. mais.
Elle éclata en sanglots comme une enfant. cachant son visage dans ses mains.
Kate se sentait impuissante devant une telle souffrance.
Comme Gibbs, Tony et McGee qui avaient écouté le recit de Joan, elle ne pouvait s'empêcher d'être révoltée par ce que cet homme avait fait.
Il ne lui inspirait que du dégoût.
Elle resta à sa place mais instinctivement, elle se mit à caresser les cheveux de Joan avant de prendre sa main. pour l'inciter à relever les yeux vers elle.

- Vous n'êtes pas obligée de continuer Joan., lui murmura-t-elle avec douceur.
- Je sais. Mais je veux le faire, lui répondit Joan sans hésitation.
Kate acquiesça d'un petit hochement de tête.
J'étais trop faible pour bouger. Je crois que j'ai perdu connaissance pendant un instant et je serais probablement restée là, comme ça, s'il n'était pas arrivé. Je voulais juste qu'il m'emmène loin d'ici.
Je pleurais. Je n'arrivais plus à m'arrêter. et je saignais. J'avais tellement mal. il m'a supplié de le pardonner mais je ne pouvais pas m'empêcher de lui en vouloir de ne pas être arrivé là à temps.

Il voulait me ramener chez moi mais il savait que mon père serait la dernière personne à m'aider. Alors, il m'a laissée à l'hôpital.
Je ne l'ai pas regardé une fois dans les yeux après ce qui s'est passé mais je l'ai regretté. Je ne sais pas si ça aurait empêché qu'il.
Sa voix était devenue rauque. Elle ne put dire ces mots qu'elle retenait. Mais Kate, Gibbs, Tony et McGee avaient compris pourquoi ils étaient si douloureux pour elle.
Ma mère a essayé d'aller me voir. Il lui avait laissé un message en lui disant où j'étais mais je ne sais pas ce qui s'est passé. Mon père lui avait fait tellement peur qu'elle n'a pas su comment m'aider. Je crois qu'elle voulait sincèrement le faire mais elle était aussi perdue que moi. peut-être même plus encore. J'avais l'impression qu'elle me regardait comme s'il n'y avait plus rien à faire pour moi. comme si. je devais seulement disparaître. Mais c'est elle qui s'est éteinte avant moi, murmura-t-elle avec une tristesse indicible dans la voix.
Je n'ai jamais revu mon père depuis que je suis partie. Je ne sais même pas s'il est vivant ou mort. De toutes façons, je crois que pour lui, le plus important, c'était de garder le secret. que ça ne se sache pas surtout. et protéger « l'honneur » de la famille.  Je viens d'une petite ville où tout risque de se savoir. et certains ne semblent vivre que pour les commérages, ajouta-t-elle non sans ironie.
Sa colère envers lui était palpable. Elle n'arrivait pratiquement plus à parler mais comment supporter une telle hypocrisie ?
- C'est presque fini Joan, lui assura Kate avec douceur. Pouvez-vous me parler du quartier-maître Jensen ?
Elle sembla être surprise par ce nom comme si elle ne le connaissait pas. mais elle semblait encore moins s'attendre à autre chose.
- Quartier-maître ? Il était militaire ? demanda-t-elle avec inquiétude.
- Oui, c'était un Marine. Vous ne le saviez pas, n'est-ce pas ?
- Non, je n'ai jamais vu ses papiers ni jamais su son nom. Je crois que je ne voulais pas le savoir. Je n'ai vu que le  fait qu'il lui ressemblait. Il avait le même style, la même arrogance. la même manière de regarder les femmes. Et il portait. ce blouson de cuir dont l'odeur me dégoûte. Une partie de moi savait que ce n'était pas lui. et que cet homme ne méritait pas ça. Mais, sur le coup, je ne pensais plus qu'au fait de lui faire ressentir la même peur que j'avais ressentie.
Kate acquiesça sans rien dire.
Mais il y a peut-être une justice finalement, continua Joan comme si elle avait besoin de dire autre chose. Il y a une dizaine d'années, j'ai appris qu'il était mort en essayant de s'échapper après avoir commis un hold-up dans une petite épicerie près de Las Vegas. C'est étrange. Je ne me rappelais presque pas son visage. mais lorsque j'ai vu sa photo dans le journal, j'ai su ce que c'était lui. Il avait le même regard. froid et vide. Je croyais que sa mort changerait quelque chose. mais non. je ressens toujours le même dégoût. et la même peur.
Dans la salle attenante, Gibbs se tourna vers McGee pour lui demander:
- McGee, recherchez moi tous les articles des journaux locaux du Nevada datant d'une dizaine d'années environ et parlant d'un hold-up dans une épicerie près de Las Vegas.
- Tout de suite, monsieur. euh, agent Gibbs.
Celui-ci sourit à cette auto-correction.
Le jeune agent s'était déjà mis à pianoter sur son portable.

. Et 2 minutes plus tard.
- Je crois que j'ai trouvé, monsieur. Un article dans un journal de Henderson. Une ville située au Sud Est de Las Vegas parle d'un homme qui a tenté de braquer une épicerie et de s'enfuir avec l'argent volé. Mais il a été abattu par un policier sur lequel il avait tenté de tirer lors d'une poursuite en voiture sur la route 95 en direction de Laughlin au Sud de Henderson, expliqua McGee en lisant l'article.
- Très bien, McGee. Ca semble tout à fait correspondre, répondit Gibbs en adressant à son jeune agent un petit hochement de tête qui signifiait, de toute évidence, « Bon boulot » et « Merci » en langage Gibbsien.

Kate se rapprocha de Joan et s'accroupit près d'elle.
- Je vais vous laisser quelques minutes le temps d'aller parler avec mes collègues. Ca va aller ? lui demanda-t-elle en prenant sa main dans la sienne.
- Oui, merci., lui répondit-elle en souriant faiblement.
Il n'y avait plus aucune dureté dans le regard de la jeune femme.

Avant de rejoindre la salle adjacente à celle réservée aux interrogatoires, Kate alla remplir au robinet des toilettes toutes proches un verre d'eau pour Joan.
Dès qu'elle entra dans la salle où se trouvaient Tony, McGee et Gibbs, celui-ci alla instinctivement vers elle:
- ça va ? lui demanda-t-il avec douceur en posant sa main sur son bras comme s'il avait naturellement besoin de la ressentir.
C'était presque un souffle. un murmure qu'elle, seule, pouvait entendre.
Elle acquiesça d'un petit hochement de tête. Elle savait que seul son regard pouvait vraiment le rassurer et elle le lui donna sans hésiter.
- Je n'ose imaginer  la souffrance qu'elle a dû ressentir pendant toutes ces années. après avoir subi ça. et avoir en plus perdu un homme qui l'aimait de toute évidence. et qu'elle l'aimait peut-être même déjà., lui confia-t-elle.
Leurs regards s'étaient mêlés. d'une manière troublante comme s'ils prenaient conscience de la chance qu'ils avaient de s'être trouvés et de pouvoir s'aimer avant qu'il ne soit trop tard.
Tony et McGee ressentirent cela mais ne cherchèrent pas perturber ces moments qui n'appartenaient qu'à eux.
Ils savaient les sentiments qui les liaient.
- L'homme qui a agressé Joan a bien été tué, annonça Gibbs à Kate. McGee a vérifié ce qu'elle nous a dit.
Tout comme Gibbs, Tony et McGee lorsqu'ils l'avaient appris, Kate fut envahie par des sentiments mitigés. du soulagement mais elle ne pouvait aussi s'empêcher de se demander. Si tout cela avait pu être évité ?
Tony était lui aussi particulièrement pensif. Il regardait Joan en se demandant comment il pourrait l'aider à sa manière:
- J'espère qu'elle sera bien traitée en prison. J'irais la voir., dit-il simplement.
Il semblait presque se parler à lui-même mais peut-être avait-il aussi dit ces mots  tout haut pour que ces collègues et amis puissent découvrir l'homme qui se cachait derrière le dragueur cabotin qu'il était souvent.
Kate se rapprocha alors de lui et déposa un petit baiser sur sa joue:
- Merci, grand frère, lui murmura-t-elle.
- De rien, petite sour, répondit-il avec la même douceur.
Ce geste spontané et complice fit sourire McGee et Gibbs qui se regardèrent. et celui-ci sentit que même s'il était encore nouveau dans son équipe, le jeune agent s'y sentait déjà assez bien et à l'aise pour avoir envie de devenir un de ses membres à part entière.


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