Chapitre 4
Gibbs et Tony arrivèrent les premiers au bureau. L’agent Tim McGee se leva dès qu’il les vit sortir de l’ascenseur.
Abby était là aussi debout appuyée contre le bureau de Gibbs: elle semblait avoir déjà discuté avec McGee pendant plusieurs minutes.
- Oh, bonjour monsieur.. Euh, excusez-moi, agent Gibbs…
- Bonjour McGee, répondit celui-ci en marchant d’un pas décidé vers son bureau.
Tony, par contre, se planta devant Tim d’un air suspicieux comme s’il comptait bien exiger des explications:
- Agent Dinozzo, je suis désolé ! Je ne savais pas où m’asseoir…
- Alors, vous avez pris mon siège !
- Tony, ce n’est pas si grave ! lança Abby en se rapprochant de McGee qui n’en menait pas large.
- Ah ! Non, je sais que ce n’est pas la fin du monde mais j’aime bien ce siège et puis, je ne sais pas, Gibbs, tu pourrais dire quelque chose !
- C’est vrai Tony, j’aurais pu l’engueuler s’il avait pris mon siège, lui répondit celui-ci d’un air mutin.
- Très drôle ! répliqua Tony avec une petite moue.
- Qu’est-ce que tu as encore fait ? demanda Kate qui venait de sortir de l’ascenseur suivie de Ducky.
- Rien, c’est lui ! s’exclama Tony.
- Tony en veut à McGee d’avoir pris son siège ! expliqua Abby.
- Je suis désolé, je ne savais pas que ça vous embêterait, dit celui- ci d’un air sincèrement gêné et Tony, se trouvant ridicule, baissa les armes.
- Non, ce n’est pas grave…
- D’autant qu’il n’y est pour rien: c’est moi qui l’ai invité à s’asseoir ! ajouta Abby comme une information qu’elle avait délibérément gardée secrète jusqu’au dernier moment.
- Ah, je vois ! C’était un test ! Et je me suis planté… répliqua Tony.
Il semblait s’en vouloir d’avoir réagi aussi impulsivement envers McGee et pour si peu de choses en fait.
- Non, après un début un peu difficile, tu t‘en es plutôt bien sorti ! lui dit Abby avec un regard complice et rassurant.
McGee laissa échapper un soupir de soulagement: il avait bien cru avoir commis un impair et il regarda Abby d’un air mi intrigué mi admiratif: il la connaissait encore peu mais il sentait déjà qu’elle ne cesserait jamais de le surprendre et cela ne lui déplaisait pas… au contraire.
Quant à Gibbs, c’était Tony qui l’intriguait: il s’approcha de lui et lui dit le plus sérieusement du monde:
- Pourquoi es-tu si nerveux ? Tu sais bien que tu m’es indispensable !
- C’est vrai ? demanda son jeune collègue dont le visage s’était illuminé.
- Oui, vous êtes tous indispensable à cette équipe, y compris vous McGee…D’ailleurs, je vous ai appelé parce que nous allons avoir besoin de vous pour des recherches qui nécessiteront peut-être de…
- … briser quelques règles ?
- Tout à fait Abby !
- Oh ! Aucun problème mo… agent Gibbs.
- Eh Gibbs ! appela Abby en se rapprochant de lui jusqu’à pouvoir murmurer. Merci de l’accueillir ainsi ! Et tu sais, ça fait plaisir de savoir que nous te sommes indispensables: à Tony en tout cas ainsi qu’à moi et à Kate aussi je crois…
_ Et à moi ! Ajouta Ducky.
Gibbs se retourna et lut dans le regard de son vieil ami qu’il approuvait ce qu’il avait fait, qu’il le remerciait même.
_ Oui, je confesse avoir dit ça il y a quelques secondes mais retenez-le bien parce que je ne suis pas sûr de le répéter tout de suite ! ajouta Gibbs d’un air faussement autoritaire.
- Je sais que tu veux préserver ta couverture, répliqua Abby avec un regard malicieux et tendre mais tu auras beau essayer de te faire encore passer pour un authentique ours polaire, tu t’es très joliment grillé aujourd’hui et c’est génial !
- Car tu sais que je ne suis pas vraiment un ours polaire ?
- Malgré tes cheveux grisonnants, non ! lui répondit- elle dans un petit rire.
C’est alors que le « ding » de l’ascenseur retentit et les portes de celui-ci s’ouvrir sur un jeune homme brun - d’à peine vingt-cinq ans semblait-il - qui salua l’assistance avec un large sourire qui semblait particulièrement s’adresser à Kate et à Abby.
Gibbs s’empressa d’aller vers lui et de sortir son portefeuille de la poche intérieure de sa veste; le jeune livreur eut à peine le temps de dire:
_ Bonjour, vous avez bien commandé… ?
_ Oui, oui, merci bien ! Voilà, vous pouvez garder la monnaie comme pourboire, dit-il avec un sourire poli un peu forcé en lui tendant un billet et en attrapant le sac que le jeune homme tenait.
Il lui avait parlé sans agressivité mais il semblait évident qu’il était pressé qu’il parte. Peut-être par rapport à cette jeune femme brune en tailleur marron qui observait la scène d’un air intrigué: par jeu, il jeta d’ailleurs un regard insistant à celle-ci - au goût de Gibbs - avant que les portes de l’ascenseur ne se referment.
La réaction de celui- ci n’avait pas échappé à Tony, Abby, Ducky et McGee et encore moins à Kate: avait-elle rêvé ou venait-il de se montrer jaloux à l’idée qu’elle puisse trouver ce jeune homme mignon ? Et il l’était mais c’était sans comparaison avec ce qu’elle ressentait pour Gibbs.
Car mon dieu, s’il savait ! Il n’avait aucune raison de s’inquiéter ! Il n’y avait que lui…
Il alla poser le sac en papier qu’avait apporté le livreur sur son bureau: il semblait bien rempli.
Mais avant d’en sortir quoi que ce soit, il se retourna vers son équipe, s’appuyant contre son bureau et dit:
- Bon, ce que je voudrais, c’est qu’on fasse un point sur ce que nous avons déjà trouvé et sur les recherches à faire !
Il vit tous ses collègues acquiescer d’un hochement de tête entendu bien que leur attention était déjà en partie tournée vers le fameux sac.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda Tony en s’approchant avant de tenter de glisser furtivement une main dans le sac mais d’un geste vif, Gibbs poussa celui-ci pour le mettre hors de sa portée.
- Tony, ne soit pas si pressé !
- Il est toujours si pressé, ajouta Kate avec un petit sourire.
- Non, répliqua Tony l’air vexé. Tu sais, je ne suis peut-être pas un petit lapin en fin de compte !
- Oh, ce n’est pas que ça m’intéresse vraiment, tu sais, mais j’imagine que tu me disais ça à titre d’informations ?
- Exactement !
- Tony, je comprends que tu veuilles nous « informer » de ton profil sous la couette, ajouta Gibbs, mais…
- On devrait faire le point ?
- Oui.
- OK, patron.
Et c’est alors que celui-ci sortit, sous les yeux stupéfaits de ses collègues et amis, sept cafés et sept petites boîtes en carton.
-Les dames d’abord, précisa-t-il en souriant à Tony qui trépignait d’impatience comme un petit garçon attendant son goûter à la sortie de l’école.
Il tendit un gobelet de café et une petite boîte à Abby ainsi qu’à Kate. Abby, intriguée et amusée, le remercia avant de lancer: « Gibbs, tu es un prince ! » lorsqu’elle ouvrit la boîte à la grande surprise de Dinozzo et de McGee qui n’avaient toujours pas vu le contenu de celle-ci.
Ducky lui l’avait vu et sourit en attendant patiemment son tour.
Pour l’instant, Gibbs s’était rapproché de Kate et il fut aussi délicieusement surpris par sa réaction qu’elle le fut par le contenu de la boîte: il s’agissait d’une part de gâteau au chocolat qui semblait des plus savoureux.
- Est-ce que j’ai bien choisi ?
- Oui, très bien, répondit-elle d’une voix presque murmurée comme celle de Gibbs.
- Ca va ?
- Oui, ça va mieux… Merci.
Elle n’avait pu s’empêcher de rougir mais comment pouvait-elle lui cacher ce qu’elle ressentait et le cacher aux autres ? C’était tellement doux…
Il semblait pouvoir lire dans ses pensées et le plus troublant, c’était qu’elle savait que cette attention lui était d’abord destinée.
Leurs regards s’étaient mêlés et ils réalisèrent qu’ils étaient encore rattrapés par cette intimité faite de confiance, de respect, de douceur et de désir qui les liait déjà…
La voix de Tony leur fit reprendre conscience qu’ils n’étaient pas seuls: de toute évidence, il avait profité du fait que l’attention de Gibbs n’était plus fixée sur lui mais sur Kate pour aller prendre une des cinq petites boîtes en carton qu’il avait déposées sur la table :
- Je n’y crois pas ! Du gâteau au chocolat ! Gibbs, là tu me « scotches » dans le meilleur sens du terme !
- Ca veut dire quoi ça ? Que je ne pense jamais à vous ?
- Mais non ! Tu es juste vraiment surprenant parfois tu sais et aujourd’hui plus encore ! Tu n’es pas fiévreux, tu es sûr ?
- Tony ! dit Gibbs d’un air faussement agacé.
- Je plaisante !
- Bon, on le fait ce point ? lança alors Gibbs.
- OK !
- Eh bien, je peux commencer, proposa Ducky.
- Je t’en prie… mais avant tiens !
Gibbs tendit une boîte et un café à celui- ci.
- Merci Jethro !
- Ah, excuse-moi ! Juste une chose, pour les cafés, si je les ai tous pris noirs, c’était parce que c’est ce qui va le mieux selon moi avec ce gâteau…
- En effet ! S’exclama Tony.
- Content que ça te plaise !
- Tenez McGee, dit-il en tendant au jeune agent un gobelet et une petite boîte.
- Merci !
McGee croyait à peine ce qu’il voyait: le très rude agent Gibbs qui l’avait complètement déstabilisé lors de leur première rencontre se révélait être pour son équipe le plus attentionné des hommes…
Non ! en fait, une partie de lui n’était pas si étonnée car il semblait être quelqu’un de juste et de sincère et un homme fier mais dénué de prétention.
- Tu peux y aller Ducky ! lui dit Gibbs.
- Alors, tout d’abord, nous avons trouvé le corps entièrement dénudé d’un jeune homme blanc brun qui portait la devise « Semper Fi » sur son bras gauche.
- Entièrement dénudé ? Aurait-il passé le nuit en charmante compagnie ? demanda Abby en grignotant un bout de gâteau.
Gibbs sourit en voyant McGee presque rougir.
- C’est possible mais à défaut d’une nuit, il semblerait plutôt que ce soit dix minutes vu que selon le gérant du motel, c’est le temps qu’il a passé avec une jeune femme brune…
- Et il y avait très peu d’empreintes: les seules qui semblent utilisables ont été retrouvées par Tony, ajouta Kate.
- Dans la salle de bains, précisa celui-ci.
- Et nous avons trouvé des traces de ce qui ressemble à du sperme: il est fort probable que ce soit d’ailleurs la seule substance qu‘il y ait sur les draps et sur le bout de moquette qu'on a ramenés: personnellement, je crois qu’ils n'ont rien fait de spécial, continua Kate en s’adressant à Abby.
- Je le crois aussi, dit Gibbs. C’est l’hypothèse la plus probable pour l’instant tout comme celle qu’il ait été drogué ou qu’il ait pris de la drogue de son propre chef…
- Mais ne connaissant pas vraiment ses effets, elle lui aurait été fatale, suggéra la jeune laborantine.
- Absolument, répondit Ducky.
- Et Il faut bien sûr ajouter qu’il s’appelait Michael Jensen et était quartier-maître à Norfolk, dit Tony.
- McGee, nous aurons besoin du nom de son supérieur direct de Michael Jensen, lui demanda Gibbs.
- Tout de suite !
- Tony, je t’ai réservé quelque chose que tu devrais aimer: recherche moi des infos sur ce club.
- Ce club ? demanda Abby, intriguée.
- Oui, c’est quelque chose qu’on a oublié de vous dire: Tony a trouvé dans le blouson du quartier- maître la carte d’un club appelé « Red Nights »
- Ouh ! Tu le connais non ? demanda Abby à Tony d’un air délibérément provocateur.
- Pourquoi tout le monde pense que je connais ce club ?
- Parce qu’un nom si évocateur devrait te plaire !
- Non, je ne le connais pas malheureusement, répondit-il d’un air pensif en consultant son ordinateur avant d’ajouter avec un sourire coquin, Mmmh ! je ne sais pas depuis combien de temps le quartier-maître le fréquentait mais il n’a pas dû s’ennuyer.
- Qu’est-ce que tu as trouvé ? demanda Gibbs.
- Strip Tease et Lap Dancing: il doit en effet faire assez chaud dans ce club ! commenta Tony d’un air provocateur.
- je vois, ajouta Gibbs amusé par l’air rêveur de Tony.
Il sembla à Kate que celui-ci n’était pas si séduit par l’évocation de ses « shows« et elle aimait cette idée.
- Gibbs, tu as interrogé d’autres personnes non ? pendant qu’on relevait les empreintes, demanda Tony d’un air intrigué.
- Oui, un couple. Un homme et une femme d’une trentaine années je dirais. Ils étaient les seuls clients cette nuit à part le quartier-maître Jensen et ils n’ont rien entendu d’étrange pour la bonne raison qu’ils étaient absorbés par autre chose…
Gibbs avait presque rougi: c’était inhabituel chez lui et donc d’autant plus troublant, se dit Kate qui faisait semblant de consulter un papier sur son bureau, n’osant pas croisé son regard qui avait cherché le sien: il lui manquait déjà pourtant.
- Mhmmh ! fut le seul son qu’émit Tony.
Il semblait adorer observer Kate et Gibbs.
C’est en tout cas ce que ressentaient Ducky et Abby qui les observaient eux aussi et même McGee, qui ne connaissait pourtant pas cette équipe depuis longtemps, sentait que l’agent Todd et celui qui était maintenant son patron étaient plus que des collègues et qu’ils étaient peut-être même plus proches encore que des amis…
Gibbs essayait de ne pas laisser son désir d’être seul avec Kate envahir son esprit mais cela lui était très difficile…
Il n’arrivait plus à lui cacher ce qu’il ressentait. Il ne voulait même plus essayer de le faire: cela lui paraissait insensé et ridicule: pourquoi combattre quelque chose de si doux ?
Et il en était de même pour elle.
Manger était quelque chose de si simple, de si naturel: eh bien, pourtant, en cet instant, cela se révélait particulièrement troublant car chacun avait envie de voir ce plaisir dans les yeux de l‘autre et peur en même temps que cela soit trop significatif peut-être…
Tony les aida sans même s’en rendre compte à être moins nerveux: il faut dire que c’était assez drôle de le voir manger pratiquement comme un petit garçon en s’en mettant sur les doigts et sur le coin des lèvres:
- Tu mangeais déjà comme ça quand tu étais petit, non ? lui demanda Gibbs avec la tendresse d’un père.
- Ouaiis, répondit Tony visiblement aux anges.
- En tout cas, tu apprécies ce que j’ai choisi, ça me fait plaisir !
- et sache que moi aussi Jethro même si je trouve que le tien est encore meilleur, ajouta Ducky.
- Tu fais ce gâteau ? Il plaisante ? demanda Tony stupéfait.
- Non, non, un jour, il nous avait invités Abby et moi et il nous l’a fait goûter: Gibbs est un très bon cuisinier !
- Merci Ducky, je m’en sors !
- Ne soit pas modeste, tu es un as ! lança Abby.
Pourquoi ça ne m’étonne pas ? pensa Kate en laissant fondre le dernier morceau du petit gâteau dans sa bouche.
- Alors là, tu me « scotche » à nouveau ! s’exclama Tony.
- Eh bien, « dé- scotche-toi » parce qu’il faut qu’on aille interroger le supérieur de Jensen: McGee, vous avez trouvé son nom ?
- Oui, j’ai appelé la base de Norfolk: c’est le sergent Elliot MacDougall.
- Très bien ! Tony, Kate, on y va ! Ducky ! Abby ! nous viendrons voir ce que vous avez trouvé dès qu’on aura fini à la base et au club.
- On va aller au club ? demanda Tony qui semblait enchanté par cette perspective.
- Oui, nous devons interroger la personne qui le gère mais je ne sais pas si tu y verras ce que tu voudrais y voir, ajouta Gibbs d’un air mutin.
- Oh ! Ca ne fait rien ! Maintenant, j’ai l’adresse ! répondit Tony avec un clin d’œil.
- Tu dis seulement ça par provocation, n’est-ce pas ? lui demanda Kate en réprimant un sourire.
- C’est possible ! répliqua Tony d’un air faussement innocent.
- McGee, vous restez avec Abby ? proposa Gibbs.
- Euh, oui, d’accord ! répondit McGee qui ne put s’empêcher de rougir.
Abby se rapprocha de Gibbs et déposa un baiser sur sa joue:
- Merci, c’était très sympa !
- Merci à toi.
Elle comprit à son regard reconnaissant qu’il pensait à sa métaphore sur l’ours polaire.
- Venez McGee ! Nous serons plus tranquilles pour travailler en haut !
- Soyez sages ! ajouta Tony.
- Oh ! Je vous assure que… répliqua McGee d’un air confus.
- Mais je parlais aussi à Abby, ajouta Tony avec un petit sourire qui en disait long.
- Oh ! répondit simplement celui- ci.
- McGee ? l’appela Abby depuis l’ascenseur.
- J’arrive !
- Gibbs, je ne sais pas si on devrait les laisser seul: tu sais, on dit que le chocolat, c’est aphrodisiaque ! lança Tony d’un air malicieux.
Et Il sembla content de l’effet qu’il produisit - Kate et Gibbs n’avaient pu s’empêcher de rougir et ils faisaient à présent semblant de chercher quelque chose sur leurs bureaux respectifs.
Il dit alors simplement:
- Bon moi, je descends à la voiture, vous me rejoignez ?
- On te rejoint ! dit simplement Gibbs.
Ducky s’était approché de lui pour lui parler:
- Merci Jethro pour ce moment, c’était une très bonne idée !
- Cela faisait un moment que je voulais faire ça mais je n’ai jamais su…
- Ne t’inquiète pas, je sais… Et tant que ce café est chaud - dit-il en prenant le gobelet qui était resté sur la table - je vais aller le porter à Gerald ! Je crois qu’il va bien aimer le gâteau que tu as pris mais nous n’allons pas laissé le quartier-maître Jensen trop longtemps tout seul: je crois qu’il a hâte que nous découvrions la cause de sa mort.
- C’est une très gentille attention Ducky, dit Gibbs avec un regard tendre dénué d’ironie.
- Pour Gerald ou le quartier -maître ?
- Les deux.
- Oh ! C’est naturel ! A tout à l’heure.
Gibbs sourit en regardant son vieil ami s’éloigner. Kate aussi.
Ils réalisèrent alors que comme Tony, il les avait délibérément laissés seuls: c’était leur cadeau.
Gibbs s’approcha de Kate qui sentit sa respiration s’accélérer comme à chaque fois qu’elle le sentait près d’elle.
- Kate, est-ce que tu pourras interroger les recrues féminines ? L’une d’entre elle connaissait peut-être Jensen: normalement, la Fraternisation est interdite mais on ne sait jamais.
- D’accord.
Elle prit son sac à dos avec toujours cette même question en tête: est-ce qu‘il fallait toujours être raisonnable ?
Est-ce qu‘il y avait vraiment une raison valable de craindre que s’il se passait quelque chose entre eux, cela ne nuise à leur travail ? Non, elle ne le croyait pas !
Ils étaient professionnels ; ils aimaient ce qu’ils faisaient et ils le prenaient à cœur et au sérieux mais est-ce qu’être agent devenait signifier sacrifier sa vie privée ?
Les bureaux semblaient déserts. Il était là devant elle et son regard semblait poser à nouveau la même question…
Kate, elle, lui demanda instinctivement en souriant:
- Tu ne veux pas que je parte ?
Il sembla ne pas comprendre avant de se rendre compte qu’il s’était mis sur le seul passage qui permettait à Kate de sortir du petit espace qu’elle occupait depuis qu’elle avait rejoint son équipe.
- Oh, excuse-moi…
Il eut le réflexe de s’écarter mais elle ne bougea pas comme si elle voulait lui montrer qu’il ne la gênait pas.
- Non, c’est pas grave…
Il la regarda alors d’une manière si troublante qu’elle crut qu’il allait l’embrasser et elle ne pouvait nier qu’elle désirait ressentir cela.
Mais ils ne pouvaient pas faire ça ici: pour l’instant, il n’y avait personne mais d’autres agents pouvaient arriver… le directeur même. Alors, à contre-cœur, elle détourna son regard du sien et dit la première chose qui lui passa par l’esprit.
- Alors, tu cuisine ?
- Oui.
- C’est étrange mais ça ne m’étonne pas tant que ça finalement. Tony a raison: tu es très surprenant parfois…
- J’avoues que j’ai eu peur de t’avoir souvent désagréablement surprise, et je me suis demandé si les choses ne pouvaient pas être différentes, si je ne voulais pas moi- même les voir autrement…
- Moi aussi, dit-elle comme une réponse à la question qui semblait inscrite dans son regard, et tu m’as déroutée parfois oui… Je ne savais pas comment réagir mais je crois que moi aussi, j’ai pu être déroutante…
- En tout cas, tu n’es pas aussi ronchon que j‘ai pu l‘être: d’ailleurs, Abby m’a dit que j’avais l’air d’un ours polaire.
Kate laissa échapper un petit rire.
- Mais j’ai l’impression que tu en as seulement l’air en fait…Les cheveux doivent y être pour quelque chose d'ailleurs, ajouta-t-elle, réprimant le désir de toucher son visage.
- C’est ce qu’elle pense aussi, murmura Gibbs.
Un petit sourire flotta sur le visage de Kate avant que son expression ne se voile de crainte lorsqu’elle regarda en direction de l’escalier, semble-t-il.
- Baisse-toi !
Elle lui attrapa le bras le tirant pour qu’il s’accroupisse comme elle derrière le bureau.
Et à défaut d’être en colère pour avoir été surpris, Gibbs souriait.
- Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, murmura-t-elle.
- Tu as vu quelqu’un ?
- Oui, le directeur…
- Oh ! dit-il simplement comme s’il avait lui aussi l’impression d’avoir été pris en flagrant délit de trouble. Tu sais, j’aurais fait la même chose, je crois…
Leurs visages étaient si proches que chacun pouvait ressentir la respiration de l’autre. Leurs regards s’étaient mêlés et malgré leur position inconfortable - pratiquement sous le bureau de Kate - ils se sentaient bien et sereins comme si une seule certitude avait balayé tous les doutes qu’ils pouvaient avoir.
Et ils s’embrassèrent alors repliant chacun leur jambes sur le côté pour se blottir vraiment l’un contre l’autre, oubliant totalement l’endroit où ils étaient.
Leur premier baiser les enivra totalement: il se révéla ardent mais très doux en même temps et plus troublant que tout ce qu’ils avaient imaginé.
Ils ne pouvaient nier qu’ils avaient envie l’un de l’autre et ils ne pouvaient empêcher leurs corps de réagir à ce désir: leurs regards embrumés par celui- ci, ils réalisaient ce qu’ils venaient de faire et où ils l’avaient fait et ils n’avaient aucun regret.
Ils s’aimaient tout simplement.
La seule chose un peu plus déstabilisante pour Gibbs était cette réaction qu’il ne pouvait pas contrôler et que Kate ressentait d’une manière troublante contre sa hanche.
La sonnerie du portable de Gibbs les tira de leurs songes:
- Gibbs, répondit celui-ci d’une voix rauque qui le trahissait.
D‘autant plus que son interlocuteur n‘était pas loin.
- Agent Gibbs, qu’est-ce que vous faites ? demanda le directeur Morrow qui n’était qu’à quelques mètres d’eux.
Kate et Gibbs se levèrent d’un coup.
Gênés et confus, ils avaient beaucoup de mal à regarder le directeur dans les yeux, surtout Kate qui se disait que cela faisait très peu de temps qu’elle avait été engagé au NCIS ! Elle se sentait ridicule et pourtant, elle ne regrettait toujours pas ce qui s’était passé: elle ne pouvait pas et ne voulait pas le regretter. Gibbs non plus d’ailleurs.
- J’avoues que je ne sais pas quoi dire, dit-il simplement.
- Moi non plus, ajouta Kate.
Tom Morrow abrégea leur supplice.
- Allez ! Filez ! Et soyez prudents !
Kate et Gibbs ne se firent pas prier mais avant de prendre les escaliers, ils se retournèrent vers le directeur et dirent d’une même voix:
- Merci…
Le directeur acquiesça d’un hochement de tête qui semblait vouloir dire: même si c’était maladroit, je ne suis pas là pour vous punir mais pour vous protéger. Soyez heureux !
Et quelqu’un d’autre avait tout compris: Tony attendait sagement Kate et Gibbs dans une des voitures de location qu‘ils avaient utilisées ce matin: enfin, sagement, son regard, lui n’avait rien de sage ! Les mots « Je sais » semblaient défiler dans ses yeux et sur ses lèvres qui s’étaient étirées en un large sourire.
- Ca va ? leur demanda -t-il simplement.
Il n’eut qu’un petit son indistinct pour réponse.
Kate et Gibbs se gardèrent bien de parler, sentant qu’ils étaient de toute façon « grillés », même si le regard de Tony ne les gênait pas vraiment en fait parce qu’ils le savaient complice et bienveillant.
Gibbs frappa deux coups distincts à la porte d’un petit bureau de la base de Norfolk.
- Entrez !
- Sergent MacDougall ?
- Oui, c'est moi.
- Agent spécial Gibbs du "NCIS" dit-il en s’avançant vers lui et en lui montrant sa carte et son insigne. J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer: un de vos hommes est mort. Vous le reconnaissez ? lui demanda-t-il en lui tendant la photo du visage livide du jeune Marine.
- Oui, c'est le quartier-maître Jensen..
Gibbs scrutait l'homme pour tenter de déchiffrer son expression mais il devait avouer que cela lui était difficile: il ne semblait pas vraiment attristé même si, ayant eu lui-même des hommes sous ses ordres, il comprenait qu'il tente de ne pas trop dévoiler ses émotions mais il fut tout de même intrigué par quelque chose:
- C'est drôle, vous ne semblez pas être très surpris ?
- En effet, je dois avouer que vu le comportement de cet homme, je m'attendais à ce que ça arrive un jour.
- Pouvez-vous préciser votre pensée ?
- Eh bien, disons que le quartier- maître a vite été considéré comme une "forte tête": il avait de très bonnes aptitudes en tant que militaire: il était résistant et tenace et il suivait sans problème l'entraînement physique mais il avait par contre un énorme problème avec la discipline. En à peine un an et demi, il avait déjà été surpris quatre fois en train de se battre: cela a bien sûr sérieusement retardé son avancement ce qui ne semblait avoir fait que le frustrer davantage.
- Et savez-vous s'il avait une petit amie ?
- Non, pas à ma connaissance.. je ne l'ai jamais vu avec une femme en particulier mais il faut dire qu'il avait un peu la réputation de se vanter.
- Ce qui n'a pas dû augmenter sa côte de popularité.
- Agent Gibbs, je ne vais pas vous dire que j'adorais ce jeune homme ! Parfois, son arrogance était sérieusement agaçante mais je n'avais aucune raison personnelle de le détester !
- Ne vous inquiétez pas sergent , je vous crois ! Pour avoir eu des hommes sous mes ordres, je sais que ce n'est pas si facile.
- Vous avez été Marine ? Pourquoi ça ne m'étonne pas ? remarqua -t-il en souriant à cet homme - d’une quinzaine d’années son aîné semblait-il - qui lui avait tout de suite inspiré confiance. Et c’était réciproque.
Le sourire de Gibbs se voilà lorsqu’il repensa à quelque chose qui devrait être fait à un moment ou à un autre:
- Où habitent ses parents ?
- Je vais vous dire ça tout de suite.
Il ouvrit le premier tiroir de son bureau, chercha pendant quelques secondes parmi les nombreux dossiers qui y étaient rangés et en sortit finalement un qu’il ouvrit en regardant tout de suite à une page précise comme s’il savait exactement où trouver l’information qu’il cherchait.
- Voilà ! Ils vivent à Topeka, au Kansas.
Gibbs acquiesça d’un hochement de tête avant de dire:
- Normalement, en tant qu’enquêteur et quand je peux le faire, je me fais un devoir de prévenir les familles des victimes mais là, ça me paraît impossible et ce genre de choses ne peut pas être fait par téléphone. Pourriez-vous le faire ?
- Oui, bien sûr, je vais envoyer quelqu’un, répondit le sergent sans hésitation.
- Merci, dit Gibbs d’un air sincèrement reconnaissant avant de sortir du bureau du sergent.
Lorsqu’il rejoint Kate et Tony à la voiture, il leur lança d’un air sûr de lui:
- Laissez-moi deviner ! Jensen n'était pas très populaire…
- C'est le moins qu'on puisse dire: il avait une certaine tendance à se battre avec les recrues masculines…
- Et à sérieusement énerver les recrues féminines… enfin les quelques unes qui se rappelaient de lui ne le portaient pas vraiment dans leur cœur !
- Elles t'ont dit ça textuellement ou c'est ton interprétation ? lui demanda malicieusement Gibbs.
- Ce serait plutôt mon interprétation, répondit-elle en lui souriant mais si tu veux la citation exacte: en gros, celle qui pourrait bien résumer leur point de vue, ce serait: "ce n'était qu'un con prétentieux !"
- Je vois ! Il n'était pas très aimé de ces dames…
- Tout le monde ne peut pas avoir ta côte Gibbs, lança spontanément Tony avant de ressentir le besoin d’ajouter, c'est sans ambiguïté , tu sais !
- Je sais, répondit Gibbs qui adorait l’expression indéchiffrable de son jeune collègue en cet instant. Et que t’ont dit les recrues masculines ?
- Eh bien, l'opinion des Marines de son régiment pourrait être résumé par: " il se prenait pour un dur.. Le genre de mec sur lequel on ne pouvait pas compter: il se la jouait perso."
- Tu l'as notée ? demanda Gibbs en regardant d’un air intrigué le petit calepin de Tony.
- Tu ne voulais pas que… ? Ah, tu me chines, là ! lui répliqua-t-il en voyant le petit sourire que Gibbs arborait à présent.
- J’avoues que oui, répondit simplement celui-ci.
Ah ! Il semblait définitivement de bien bonne humeur aujourd'hui, se dit Tony. Et Kate aussi semblait heureuse…
- Ecoutez, je sais que ça va vous semblez un peu malvenu de ma part mais il semblerait bien que notre ami avait une sérieuse tendance à se vanter, ajouta-t-il.
- En effet, c'est l'hôpital qui se fout de la charité… remarqua Kate en le regardant d’un air taquin.
- Alors, tu trouves que je me vante à ce point ? demanda son collègue et ami d’un air faussement offusqué.
- Tony ! on pourrait peut-être se concentrer à nouveau sur Jensen ? dit alors Gibbs.
- OK, ! Eh bien, lors des repas, par exemple, il avait tendance paraît-il à parler de ses… aventures ce qui en faisait rire certains et d'autres pas du tout !
- C’est aussi ce qu’a sous-entendu le sergent MacDougall: il le trouvait je cite « arrogant » et il m’a aussi parlé du fait qu’il se battait souvent. Vous pensez à des jalousies ?
- Peut-être mais je dirais plutôt du scepticisme par rapport à la véracité de ses histoires, répondit Kate avec une petite moue qui fit sourire Gibbs autant que sa phrase très pertinente.
- D'accord et de toute façon, il semble évident que l’assassin est une femme vu les circonstances du meurtre, ajouta-t-il.
- Une mante religieuse ? dit Tony comme s’il pensait tout haut.
- Peut-être…
- Gibbs ? Toi qui a été Marine, tu ne crois pas que c'est une femme militaire, n'est-ce pas ? lui demanda Kate.
- Non ! A moins d'être suicidaire, risquer de saboter toute sa carrière et même d'être emprisonné, ça me paraît inconcevable pour un Marine, répondit-il.
- Moi aussi, ajouta Kate.
- Gibbs ?
- Oui Tony ?
-Tu trouves que je me vante ?
- je ne dirais pas que tu te vantes.. Mais plutôt que tu as parfois besoin d'embellir la vérité..
- Il y a une différence ?
- Oui, il y en a une ! Bon, allez, direction le club !
- Tu n’attendais que ça, hein ? lança Kate.
- Oui, j’avoues, je n’attendais que ça ! répondit Tony du tac au tac d’un air volontairement provocateur.
- Je sais, dit simplement Gibbs. Un doux sourire flottait toujours sur son visage comme sur celui de Kate.
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