Chapitre 1
Michael n'était vraiment pas mécontent d'être venu au club "Red Nights": l'entrée était relativement chère - cinquante dollars - mais il régnait dans ce lieu une ambiance sophistiquée qu'il n'aurait jamais trouvée dans un de ces petit bars miteux au bord d'une route. La lumière rouge qui baignait la salle semblait envelopper les filles presque nues qui dansaient d’une manière plus que suggestive devant lui: enfin, il n'était pas le seul homme à les regarder bien sûr, mais il aimait à penser - très probablement comme eux d'ailleurs - que ce spectacle lui était réservé. En fait, la seule chose qui le différenciait de certains, c'était sa tenue: certains exhibaient des costumes qui semblaient hors de prix, même si la température qui, de toute évidence, grimpait facilement en cet endroit les incitait quand même à enlever leur cravate et à déboutonner un ou deux boutons de leur chemise; quant à lui, il portait un t-shirt noir et un jean bleu foncé avec ce blouson cuir qu'il adorait et qui ne le quittait pratiquement jamais: il était prêt à payer le prix pour voir les filles, mais s'habiller en costard-cravate, il ne fallait pas exagérer ! Il tenait à rester lui-même... à être à l'aise; Il n'avait jamais été du genre à faire de compromis, même s'il se disait que cela ne devait pas être si désagréable non plus d'avoir assez d'argent pour s'acheter ce genre de vêtements.
Une voix particulièrement agréable le tira de ses songes. Une très belle jeune femme aux longs cheveux bruns venait de s'accouder au bar, près de lui, et il oublia la musique et les filles qui dansaient. Elle portait une robe assez courte - mais pas trop - en soie semblait-il, qui dévoilait ses formes tout en le laissant les deviner, assortie à une veste - courte également - qu'elle avait laissé ouverte.
- Bonsoir
- Bonsoir... Vu votre tenue, vous êtes soit une cliente, mais ce club semble être réservé aux hommes...
- C'est vrai...
- soit la patronne...
- En effet.
- Et vous venez voir tous les clients ?
- Non.
- Alors, je suis un petit privilégié ?
- Il semblerait. Mais dis-moi, tu es plutôt méfiant et direct en même temps: une étrange combinaison...
- Je ne savais pas qu'on se tutoyait...
- Ca te gêne ?
- Non, je crois que je pourrai m'y faire, mais je tiens quand même à dire que dans l'histoire, c'est vous la plus directe vu que vous m'avez abordé !
- Très juste... Ecoute, vu qu'on semble vouloir la même chose, autant se parler tout de suite franchement ! J'ai un truc à te proposer... Elle poussa du bout des doigts les deux petits verres de Vodka qu'il avait presque déjà finis et posa une petite pilule sur le comptoir; sa taille parut ridicule à Michael.
- Alors, on ne pense peut-être pas à la même chose... Et puis, je crois que j'ai passé l'âge des bonbons...
- Premièrement, ne sois pas si impatient ! On pense bien à la même chose. Mais au sujet de ça, je crois que tu sais que ça n'est pas un bonbon.
- C'est vrai...
Elle semblait avoir capturé son regard et le retenir.
- Tu en as déjà pris ?
- Non, mais j'en ai entendu parlé; certains de ceux qui ont avalé ces petites pilules n'ont pas passé la nuit.
- Tout le monde n'est pas fait pour ça...
- Vous en prenez ?
- Ca m'arrive quand je n'ai plus envie de garder le contrôle, comme ce soir, mais je comprends que ça te fasse bizarre !
- Disons que vous faites plutôt B.C.B.G., vous ne semblez pas être une...
- Toxico ?
- J'aurais plutôt dit le genre à se défoncer...
- Il faut se méfier des apparences et des jugements, ils t'emprisonnent - lui murmura-t-elle presque à l'oreille avant de le regarder à nouveau dans les yeux - et il me semble que tu n'es pas le genre d'hommes à aimer tout ce qui est prévisible ?
Il revit ses parents - des petits agriculteurs dans le fin fond des Etats-Unis et leur vie qui lui avait toujours semblé si figée - et il la regarda elle: elle représentait tout ce qu'il n'avait jamais eu: l'argent, le raffinement, la réussite sociale dans le corps d'une femme sublime et qui semblait prête à passer une nuit avec lui.
- Non... dit-il en avalant la petite pilule et en buvant une gorgée de Vodka pour la faire passer.
- Je crois qu'on est pas obligé de s'attarder plus longtemps ici... glissa-t-elle comme une invitation.
Ils prirent sa voiture à elle: une Porsche ! Décidément, cette femme avait tout. Michael se sentait bien ! Il avait l'impression d'avoir été élu parmi tous ces hommes friqués en costume: elle devait préférer son style à lui. Il laissa son regard glisser sur son corps jusqu'à ses cuisses un peu découvertes et il eut envie de la toucher, mais elle sembla avoir deviné son intention car elle retint son bras en posant sa main sur celui-ci:
- Tu sais, je ne veux vraiment pas jeter un froid, mais j'ai une règle d'or: c'est moi qui guide...
- Disons que je n'ai pas trop l'habitude...
- Je sais, mais tu verras, ça a ces avantages.
Il y avait quelque chose de presque autoritaire en elle et normalement, il n'aimait pas qu'une femme ait le dessus sur lui, mais elle semblait si calme et si sûre d'elle: cela l'apaisait et l'enivrait en même temps...
- Tu connais un endroit où on pourrait aller ? lui demanda-t-elle avec un petit sourire mais sans le regarder...
- Eh bien, en te voyant, je te verrais plutôt dans un palace dans des draps de soie... mais moi, je n'ai que la clé d'un petit motel..., répondit-il en sortant ladite clé.
- Ca peut avoir son charme ! On peut y être plus libre...
Sa voix distillait des mots magiques dans son esprit qui commençait à s'embrumer: c'était une voix profonde - grave sans être masculine – envoûtante, et qui lui faisait oublier totalement qui il était.
Le motel qu'il avait trouvé en fin d'après-midi n'était pas très loin du club: ils y arrivèrent en à peine dix minutes. Elle lui dit qu'elle gardait toujours une petite bouteille de Vodka dans la voiture et que ce serait peut-être bien de l'emmener avec eux.
Michael n'était pas contre: il avait vraiment très chaud et très soif, et son cœur battait étrangement, mais il se dit que c'était probablement le fait d'avoir autant envie d'elle...
Il se déshabilla tout de suite, ne supportant plus de porter quoi que ce soit.
- Tu mets toujours aussi peu de temps pour te déshabiller ? lui demanda-t-elle malicieusement.
- Non, mais là, j'ai vraiment très chaud: ça doit être toi, répondit-il en s'approchant d'elle, le regard lourd de désir...
- J'ai une surprise pour toi mais ce n'est pas quelque chose qu'on voit de trop près: allonge-toi sur le lit !
Intrigué, il s'exécuta, ouvrant les draps avant de le faire, peut-être comme une invitation ou parce que le contact du coton frais semblait plus agréable que celui de couvre lit un peu passé.
- Tu sais, je suis peut-être la patronne du club, mais je connais un peu le travail de mes filles, annonça-t-elle en enlevant sa veste.
- Tu as été strip-teaseuse ?
- Ca t'étonne ?
- Pas tellement, tu as une manière de bouger...
Il ne sut pas comment le dire mieux que ça.
Elle sourit.
- Je vais faire quelque chose que je fais rarement, mais promets-moi de rester sur le lit, annonça-t-elle. Après quoi elle prit la bouteille de Vodka qu'elle avait emportée et en but une petite gorgée avant de la lui lancer avec un air de défi: il en rebut un peu.
Et elle commença à se déshabiller tout doucement: elle commença par enlever ce qu'elle portait sous sa robe: des porte-jarretelles.
Et des sensations contradictoires commençaient à envahir Michael: il avait toujours aussi envie d'elle... plus que jamais, mais il sentait son coeur s'emballer et il commençait à ressentir une douleur dans la poitrine; il n'arrivait plus à se calmer et sa vision se brouillait sur ses formes qu'il devinait dans la pénombre: il se mit à paniquer...
- Ca ne va pas ? Tu n'aimes pas ? lui demanda-t-elle en le voyant se lever et aller précipitamment à la salle de bains.
- Non, non, ça n'a rien à voir... n'arrête pas: il faut juste que je me passe un peu d'eau sur le visage, dit-il d'une voix haletante.
Allez ! C'est pas le moment de flancher, qu'est-ce que tu as ? pensa-t-il, et il vit son visage si pâle couvert de sueur… Il se sentait de plus en plus oppressé: il avait du mal à respirer… Et il se rappela alors cette toute petite pilule qu'elle lui avait donnée et il comprit:
- C'est toi ! Qu'est-ce que tu m'as fait ? cria-t-il lorsqu’il surgit de la salle de bains, fou de rage et horrifié en même temps.
- Non ! Ne dis rien surtout ! le coupa-t-elle, plaquée contre la porte et portant toujours sa robe comme si elle n'avait jamais eu l'intention d'aller plus loin.
Son regard n'avait plus rien de langoureux, de séduisant: il était terrifiant au contraire... dur et empli d'une fureur et d'un dégoût qu'il ne semblait pas avoir été le seul à avoir fait naître.
- Désolé, la nuit est déjà finie... furent les seuls mots qu'il entendit avant de s'effondrer sur le sol et de tomber presque à ses pieds...
Elle se rhabilla rapidement, ne supportant pas de rester une minute de plus dans cette chambre et de revoir ce corps et surtout ce visage: elle essaya de contrôler comme elle le pouvait le léger tremblement de ses mains lorsqu'elle sortit de cette chambre, en prenant soin d'envelopper sa main dans sa veste pour tourner la poignée de la porte.
Kate avait du mal à garder les yeux ouverts ce matin: elle avait pris une douche assez fraîche pour tenter de se réveiller un peu plus vite, mais les effets de sa petite nuit se faisaient encore sentir: il faut dire qu'elle ne s'était pas vraiment reposée en faisant des courses et en allant courir pendant le jour de congé que le directeur Morrow avait permis à toute l'équipe de prendre la veille, lorsqu'ils étaient revenus de Colombie avec le Major Perry sain et sauf... Elle sourit en repensant à la famille qu'ils avaient pu réunir à nouveau...
Elle allait prendre son petit déjeuner - des céréales et du lait de soja - quand le téléphone sonna, ce qui était un peu inhabituel à cette heure: elle ne laissa pourtant pas le répondeur prendre le message et le décrocha avec toujours la même petite peur à l'idée d'apprendre une mauvaise nouvelle:
- Allô ?
- C'est moi...
C'était une voix ô combien familière et qu'elle adorait, même si, en cet instant, étrangement, elle la rassurait autant qu'elle l'agaçait.
Il avait l'art de la surprendre au moment où elle s'y attendait le moins et ce matin, elle se sentait vulnérable...
- Gibbs, qu'est-ce que tu veux ?
Il eut envie de dire: être avec toi mais non, il ne pouvait pas dire ça textuellement d’autant plus qu’elle semblait lui en vouloir, il ne savait pas pourquoi; alors, il dit simplement:
- Je sais que ça peut sembler bizarre, mais est-ce que tu peux me rejoindre au champ de tir dans trente minutes ?
Il ne l'avait pas dit d'une voix autoritaire mais Kate le perçut comme un ordre, ou en tout cas une invitation appuyée, même si, au fond d'elle-même, elle savait qu'elle avait envie de le voir aussi.
Il l'entendit soupirer à l'autre bout du téléphone: il s'en voulait de l'agacer aussi facilement par sa manière de faire; alors, il dit juste:
- S'il te plaît…
Elle n'était pas habituée à entendre ce mot, surtout venant de lui... Elle regarda sa montre et lui dit:
- D'accord, dans une demi-heure.
- Merci.
Un autre mot qu'elle n'était pas habituée à entendre.
Du moment que l'on avait l'autorisation de son supérieur, le champ de tir était ouvert aux agents du N.C.I.S., dès lors qu'ils présentaient leur insigne et qu'ils signalaient leur passage en signant un registre, ce que Kate fit avant qu'elle ne se rende compte qu'en fait, ce matin, il n'y avait personne d'autre qu'elle et Gibbs.
Il était appuyé contre le mur, un gobelet à la main et un thermos posé à ses pieds: il sembla se reprendre lorsqu'il la vit, comme si elle l'avait surpris alors qu'il était plongé dans ses pensées, mais elles ne devaient pas être si désagréables car il ne la regarda pas d'un air grognon... plutôt malicieux au contraire; il semblait être de bonne humeur ce matin. Elle disait ce matin parce que, très souvent, sa spécialité, c'était de débouler au bureau un café à la main sans un "bonjour", sans un "ça va" mais, étrangement, elle s'y était presque faite, sentant au fond d'elle-même qu'il ne fallait pas se fier aux apparences avec Gibbs et, dans son esprit, cette phrase avait pour une fois un sens positif:
- Dis-moi, je rêve ou c'est un thermos que je vois là ?
- Non, tu ne rêves pas, répondit-il en souriant.
Il n'était visiblement pas mécontent qu'elle ait remarqué ça.
- Du café bien sûr.
- Bien sûr, dit-il d'une voix qui la fit frémir.
- Tu en veux ? lui demanda-t-il en levant son gobelet.
- Je me suis dit qu'il devait y avoir un distributeur de café ici mais comme chacun sait, les cafés dans les distributeurs, c'est pas…
- Non, c'est vrai…
Là, elle n'arrivait carrément plus à se retenir de sourire. Elle était perplexe et enchantée en même temps. Que s'était-il donc passé en l'espace de quelques heures pour qu'il semble si… lumineux ce matin ?… Et ces images lui revinrent à l'esprit… Celles qu'elle avait vues en rêve cette nuit. Elle s'était vue aller lui rendre visite chez lui et le retrouver avec cette femme rousse qui était venue le chercher hier en voiture: il n'aurait jamais cessé de l'aimer en fait alors qu'elle, il ne la verrait que comme une amie… Non, cela tenait bien plus du cauchemar que du rêve pour elle !
La mélancolie avait voilé son sourire et faisait ressortir cette fatigue sur ses traits, qu'il remarqua alors; il renouvela sa proposition en lui versant une tasse de café:
- Promis, je ne l'ai pas fait trop fort, mais un peu corsé quand même.
Elle apprécia la nuance.
- Dis-moi "stop"…
- Stop ! dit-elle lorsqu'il eût versé un demi gobelet de café. J'en ai déjà pris un ce matin.
C'était vrai: elle en avait bu un demi-bol après s'être levé et avant de prendre sa douche.
- Aucun problème ! dit-il en lui tendant le gobelet.
- Merci.
- Je veux juste que tu me dises…
- ... si j’aime ton café ?
Il hocha la tête.
- Il n'y vraiment pas de raison: tu as dû devenir un expert à force d'en boire, ajouta-t-elle en lui jetant un regard complice.
- Je me défends !
- En effet - confirma-t-elle après l'avoir goûté - ça va faire un peu pub ce que je vais dire, mais il est très bon ton café !
- Merci. Et non, ça ne fait pas pub: j'apprécie le compliment !
Il la trouvait encore ravissante ce matin, malgré sa petite mine. Il y avait une chose qu'il avait toujours aimé en elle: c'était son naturel: elle ne se mettait pas du fond de teint à outrance pour cacher la moindre imperfection ou le moindre signe de fatigue, et c'est aussi cela qui la rendait belle, en plus du fait qu'elle avait un goût très sûr: le tailleur pantalon marron qu'elle portait avec un t-shirt rose lui allait très bien.
- Dis-moi, ce n'est pas que je ne trouve pas l'endroit charmant, mais qu'est-ce qu'on fait ici ?
Il laissa échapper un petit rire. Elle était spirituelle: il adorait ça !
- Il faut que je te montre quelque chose. Tu te rappelles de ce conseil que je t'ai donné ?
- Relâche tes épaules ?
Il hocha la tête et se leva pour aller jeter son gobelet.
Elle fit de même avant de lui demander lorsqu'il revint vers elle:
- Et tu veux que je réessaie de tirer ce matin, n’est-ce pas ?
- Oui... même si je suis conscient aussi que ce conseil peut paraître déplacé du fait que vous m'avez sauvé la vie hier, toi et Tony...
- Non, non ! Pas du tout.., dit-elle sans hésiter.
La peur qu'elle avait eue pour lui effaça son sourire.
- Ca s’est bien passé cette fois, mais justement parce qu'on était deux à tirer; mais si je dois tirer seule dans les mêmes circonstances un jour, je préfèrerais avoir résolu ce problème, ajouta-t-elle d'une voix plus fragile.
Elle ne se doutait pas qu'il avait souvent peur pour elle aussi.
Elle réalisa que l’énervement qu’elle ressentait ce matin contre lui s’était évanoui: il était si superficiel en fait…
- Ce n'est pas vraiment un problème, tu sais: ça tient vraiment à peu de choses.
Elle appréciait le fait qu'il la guide sans lui faire de reproches.
Ils marchèrent tous deux vers le pas de tir.
- En fait, tu vises bien mais le problème, c'est que tu lèves trop tes épaules: il suffit que tu te tendes moins à ce niveau pour que ton tir soit encore plus précis.
Elle enfila le casque et les lunettes de protection qu'il avait déjà amenés pour elle. Il mit les siens. Elle se mit en place et respira à fond pour essayer de se concentrer sur la cible, mais c'était plus facile à dire qu'à faire lorsqu'elle le sentait si proche...
Gibbs aussi essayait de se concentrer: il essayait de se dire: il essayait de se dire que ce n’était que professionnel, mais il savait bien qu'il se mentait à lui-même. Il ne voulait pas la gêner en la regardant, mais il avait du mal à ne pas le faire: il essayait de ne pas laisser son regard glisser sur son corps et notamment s‘attarder sur son cou...
Il devait être un peu masochiste au fond, car il savait qu'en demandant à Kate si elle pouvait venir, ce serait à ses risques et périls, et il ne pouvait nier qu'il avait envie d'être seul avec elle; mais quelle image aurait-elle de lui s'il se laissait aller à son désir pour elle ? L'image d'un type qui voudrait une nuit, point final ? Alors qu'il s'imaginait passer le reste de sa vie avec elle, ce qu'il n'aurait jamais pensé possible après ses trois divorces.
Il redoutait le moment où elle allait lui dire "Stop, tu t'égares là Gibbs", ce qu'elle fit.. du moins lui l'interpréta du moins l’interpréta-t-il ainsi.
- Excuse-moi, mais est-ce que tu pourrais t'éloigner un peu ?
- Bien sûr, excuse-moi, dit-il d'un air presque.. triste ? même s'il essaya de le cacher en évitant son regard.
Elle savait que sa réaction était comme un aveu: celui qu'elle était troublée de sentir son regard sur elle, et elle s'en voulait d'être aussi fragile face à ses sentiments et à son désir pour lui, d'autant qu'elle n'était même pas sûre qu'il éprouvait la même chose; elle ne cessait de revoir des images de son cauchemar.
Et Gibbs ressentait la même confusion: qu'est-ce que tu crois ? Qu'elle va t'attendre ? Tu es parfois grognon - un vrai ours - voire même un éléphant dans un magasin de porcelaine, et tu t'étonnes encore qu'elle puisse réagir ainsi ? Mais ce serait normal, en un sens, qu'elle ait plutôt envie de te fuir et d'être avec un autre homme, essayait-il de se persuader tout en sachant bien que ça ne marcherait pas: il ne pouvait nier que depuis ses trois divorces, il avait perdu confiance en lui dans ses relations avec les femmes, mais il aimait déjà trop Kate pour laisser ses doutes le submerger et renoncer à elle. Il savait qu'il y avait une part de possessivité dans la jalousie qu'il ressentait - il ne supportait pas l'idée de l'imaginer avec un autre homme - mais il n'y avait pas que ça; il aimait la personne qu'elle était: sincère, obstinée, intuitive, drôle…C'était quelqu'un de bien ! Mais pour avoir tant dissimulé, par instinct de protection, ses sentiments et ses émotions, il avait l'impression de redécouvrir à cinquante ans ce que c'était que d'aimer ; ça ne se faisait pas sans difficulté et il comprenait qu'elle trouve très surprenant son changement d'attitude, mais comment lui prouver qu'il ne jouait pas avec elle, qu'il était sincère...
La sonnerie de son portable l'arracha à ses pensées mais aida aussi en un sens Kate à se concentrer vraiment sur sa cible cette fois: elle prit son arme à deux mains comme elle avait l'habitude de la tenir, reprit une grande respiration: allez Kate ! Il faut arrêter de t'enflammer comme ça ! C'est un exercice, pas un rencard ! Même si elle se demandait si elle y croyait vraiment. Mais elle essaya de faire le vide dans son esprit pendant quelques secondes et de se rappeler ce conseil - relâcher ses épaules - et elle tira: l'impact de la balle était à peine à un ou deux centimètres du coeur de la cible. Elle se retourna pour voir la réaction de Gibbs, mais il n'était plus là: il avait dû sortir pour répondre au téléphone et, justement, elle le vit ouvrir la porte: elle enleva son casque de protection pour mieux l'entendre.
- Un Marine a été retrouvé mort dans une chambre de motel: je vais prévenir Tony et Ducky !
- OK ! J'arrive ! lui lança-t-elle en enlevant ses lunettes de protection.
Il s'approcha pour mieux voir l'impact sur la cible:
- Bien joué ! dit-il simplement, d'un air sincèrement impressionné, ce qui n'était pas si fréquent chez Gibbs: de manière générale, c'était plutôt lui qui faisait forte impression mais, au delà de la satisfaction personnelle d'avoir assez bien réussi cet exercice, Kate n'était pas si fière d'elle: elle avait l'impression de l'avoir repoussé et elle s'en voulait pour cela, car c'était la dernière chose qu'elle avait envie de faire.
Comme Kate était venue en voiture jusqu' au terrain d'entraînement et Gibbs aussi, ils rejoignirent séparément le lieu du crime.
En à peine vingt minutes, ils arrivèrent devant le motel "Lighthouse" dans la banlieue de Washington, à Arlington.
Tony, Ducky et Gerald avaient pris la camionnette pour venir.
- Vous êtes arrivés ensemble ? leur demanda Tony d'un air intrigué et malicieux.
- Sans commentaire, répondit laconiquement Gibbs.
Ils avaient tout les quatre enfilé le blouson noir et mis la casquette qui signalait leur appartenance au N.C.I.S.; Kate et Tony portaient également chacun un sac à dos contenant le matériel dont ils avaient besoin à chaque enquête, et le jeune policier qui s'approcha de Gibbs à cet instant sembla un peu déstabilisé par l'arrivée de cette équipe:
- Agent spécial Gibbs du N.C.I.S., dit tout de suite celui-ci en présentant son insigne, et voici les agents Todd et DiNozzo, le docteur Mallard, notre médecin légiste et Gerald Jackson, son assistant.
Ils saluèrent le lieutenant d'un hochement de tête.
- Le Service d' Enquêtes... Criminelles de la Marine, c'est bien ça ?
- C'est ça, dit Gibbs, appréciant les efforts de ce jeune homme qui lui rappelait déjà quelqu'un. Mais il ne laissa pas trop paraître qu'il appréciait de voir qu'une personne savait ce que signifiait NCIS pour une fois.
- Lieutenant David Tiggs de la police d' Arlington, se présenta le jeune homme d'une trentaine d'années à peine semblait-il, en essayant de paraître aussi affirmé que possible.
- Qui a trouvé le corps lieutenant ?
- Le gérant du motel, monsieur.
- Agent Gibbs, ça suffira lieutenant.
- D'accord, excusez-moi.
Oui, il n'y avait pas de doutes: il lui rappelait vraiment McGee.
- C'est donc vous qui nous avez contactés ?
- Oui.
- Et vous n'avez rien touché pour l'instant ?
- Non, mo... agent Gibbs, je me suis dit qu'étant donné que c'était un Marine, vous préfèreriez être les premiers à l'examiner.
- En effet. Au fait, comment avez-vous su que c'était un Marine ?
- La devise "Semper Fi" est tatouée sur son bras gauche.
- Et y-a-t-il eu des témoins de ce qui s'est passé ?
- Non, il ne semble pas: à part la victime, il n'y avait qu'un couple dans le motel cette nuit et ils n'ont ni vu ni entendu quoi que ce soit de suspect: il faut dire aussi mo... agent Gibbs, que leur chambre n'est pas attenante à celle de la victime.
- D'accord lieutenant.
Avant de suivre Gibbs qui s'éloignait déjà vers la scène du crime, Tony s'approcha du lieutenant qui s'autorisa à respirer à nouveau.
- Ca fait toujours cet effet-là la première fois ! lui dit-il d'un air mi-taquin, mi-complice.
- Tu n'as pas pu t'en empêcher: il avait déjà l'air assez retourné comme ça ! lui lança Kate, plus comme une constatation que comme un reproche.
- J'ai dit ça pour lui remonter le moral, répliqua-t-il d'un air énigmatique.
Ils se dirent tous les deux en regardant leur boss qu'ils avaient toujours été bluffés par cette autorité subtile qui émanait de lui, et ils admiraient sa manière de s'en servir sans faire d'abus de pouvoir mais en étant assez clair pour obtenir les informations dont ils avaient besoin pour leurs enquêtes.
Il s'arrêta d'ailleurs pour parler à un petit homme assez jeune aux cheveux roux bouclés qui semblait assez nerveux:
- Bonjour ! Vous êtes le gérant du motel, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Je suis l'agent Gibbs du NCIS: Service d'Enquête Criminelles de la Marine.
L'homme hocha la tête en voyant son insigne.
- Vous êtes monsieur ?
- Tom Andrews.
- Vous semblez nerveux, Mr Andrews ?
L'homme hocha la tête en voyant son insigne.
- Disons plutôt inquiet: que va-t-il se passer maintenant qu'un homme a été retrouvé mort dans une des chambres de mon motel ?
- Je ne peux pas vous répondre mais je crois juste que si vous avez des habitués, ils reviendront.
Les traits du petit homme roux de détendirent un peu et il esquissa un sourire pour remercier Gibbs.
- C'est vous qui avez découvert le corps ? demanda Gibbs, comme s'il voulait juste une confirmation.
- Oui, ce pauvre jeune homme m'avait demandé de le réveiller à six heures trente, ce que j'ai essayé de faire mais je n'ai eu aucune réponse; alors, j'ai réessayé à sept heures moins le quart puis à sept heures.. et il ne donnait toujours aucun signe de vie, alors j'ai préféré appeler la Police.
Gibbs hocha la tête. Il avait déjà commencé à prendre des notes.
- Et avez-vous vu quelque chose cette nuit ?
- Je l'ai vu ressortir de sa chambre vers neuf heures trente et revenir vers minuit.
- Etait-il seul ?
- Non, il y avait une femme... Elle est restée à peine dix minutes avec lui.
- Pourriez-vous la décrire ? lui demanda Gibbs, de plus en plus intrigué.
- Pas avec précision, je suis désolé... J'étais au bureau derrière lequel j'accueille les clients, en train de faire mes comptes de la journée: je suis un peu insomniaque.
Un petit sourire presque imperceptible se dessina sur les lèvres de Gibbs: les insomnies, oui, il connaissait bien.
- Et comme vous le voyez, de mon bureau...
Il lui montra du doigt le petit espace dont il parlait.
- J'étais à plus d'une dizaine de mètres d'elle, d'autant qu'elle ne s'est pas retournée vers moi et donc, je n'ai pas vu son visage, mais elle semblait très belle et calme, comme si tout s'était bien passé entre eux, comme s'ils avaient fait ce qu'ils voulaient faire, expliqua-t-il en rougissant presque.
Il semblait assez timide.
- Je vois.
- Mais je peux vous dire quand même qu'elle était brune, ajouta le petit homme en plissant les yeux comme s'il essayait de mieux souvenir.
Gibbs sentait qu'il était de bonne foi.
Il nota: possible perruque...
- Et même si je n'ai pas vu ses vêtements de près, elle semblait très élégante... tout habillée de noir. Elle semblait porter une robe ou une jupe; j'essaie de vous la décrire le plus objectivement possible, mais je dois dire qu'elle avait quelque chose d'assez hypnotisant... une démarche féline mais j'avoue qu'à présent, après ce qui s'est passé...
- Le charme est un peu rompu...
L'homme hocha la tête.
- Et ils n'ont pu venir qu'en voiture: l'avez-vous vue ?
- Je l'ai seulement aperçue mais je n'ai pas eu le temps de voir le numéro d'immatriculation; elle était grise et c'était une voiture de sport très chère: une Porsche il me semble.
- Merci, Mr Andrews. Ah ! juste une dernière chose… Il n'y avait bien qu'un couple à part la victime dans votre motel cette nuit ?
- Oui, c'est ça.
- D’accord, répondit- il en hochant la tête d'un air reconnaissant et rassurant envers le petit homme.
Lorsqu'il se glissa sous la bande jaune "Do Not Cross" qui signalait la scène du crime - une petite chambre de motel en l'occurrence - Gibbs remarqua que Kate et Tony étaient déjà tous les deux affairés à prendre des photos et à rechercher des empreintes, et il réalisa que même si, à cause de sa fichue maladresse, il les avait parfois un peu bousculés, il n'avait même pas besoin de le faire, car il voyait déjà en eux deux très bons agents.
Son regard se fixa alors sur l'homme blanc assez jeune aux cheveux bruns presque noirs qui gisait près de lui, allongé sur le ventre et entièrement dénudé.
Il avait beau être très bien rôdé aux procédures d'investigation, cet aspect technique et analytique n'enlèverait jamais le malaise qu'on peut ressentir lorsqu'on voit une personne sans vie devant soi... surtout lorsqu'il s’agissait en l'occurrence d'un personne jeune…
- Alors Ducky ? demanda-t-il après s'être accroupi comme lui près du corps et avoir enfilé des gants en latex comme ses trois collègues et amis.
- Eh bien, ce jeune homme ne semble pas être mort depuis longtemps...
- Vers minuit ? Ce serait probable ?
- Cela ferait huit heures: oui, c'est très probable, mais comment...?
- J'ai parlé au gérant du motel: il a vu une femme arriver avec notre jeune Marine vers minuit et ressortir de cette chambre après y être resté à peine dix minutes, expliqua-t-il en regardant les deux mots tatoués sur son bras: "Semper Fi".
- Soit il sait comment satisfaire une femme en dix minutes... lança Tony avec un petit sourire malicieux.
- Soit il ne s'est rien passé dans ce lit, rétorqua Kate, qui tenait à montrer à Tony et peut-être un peu aussi à Gibbs que satisfaire une femme en dix minutes, non, franchement, l'idée de ce genre de "câlin express" ne l'enchantait pas... et elle n'était probablement pas la seule femme à penser ça !
Celui-ci ne sembla pas avoir de réaction: il avait pourtant entendu ce qu'avait dit Tony et ce qu'avait répondu Kate, mais l'image un peu trop troublante que cela avait fait naître dans son esprit l'incita à se concentrer à nouveau sur le boulot.
- Nous n'avons pas encore fini mais je crois que Tony sera d'accord pour dire que cette chambre est nickel, un peu trop même, comme s'il n'y avait eu qu'une personne ici... ajouta-t-elle en regardant Gibbs.
- Ca me donne aussi cette impression, confirma Tony à Gibbs qui hocha la tête d'un air entendu et se releva.
- La femme que le gérant du motel a vue a dû faire en sorte de laisser le moins de traces possibles, pensa-t-il tout haut.
- Oui, mais il est quand même nu... remarqua Tony.
- Peut-être que, comme toi, il lui arrivait de dormir nu et en charmante compagnie, si je me souviens bien ? dit simplement Kate d'un air taquin, et Tony n'eut aucun mal à se remémorer sa rencontre encore très récente avec un iguane à Guantanamo.
Gibbs réprima un sourire.
- C'est gentil de me rappeler ça, ajouta pensivement Tony en frémissant à la simple évocation de ce gros lézard.
Kate, quant à elle, essayait de chasser une question troublante: comment Gibbs dormait-il, lui ? Non, non... mieux valait ne pas penser à ça ! Ce que dit alors Tony l'aida à se concentrer à nouveau sur l’affaire:
- En tout cas, il s'appelait Michael Jensen: il avait vingt-neuf ans et il était quartier-maître à Norfolk: j'ai trouvé ses papiers dans la poche de son blouson, ajouta Tony en tendant le blouson de cuir noir à Gibbs.
- Et j'ai aussi trouvé ça, dit-il en sortant une petite carte d'un sachet plastique qu'il donna aussi à Gibbs: sur un des côtés de ce petit rectangle de papier rigide noir était écrit en lettres majuscules rouges: "Red Nights" avec en dessous, dans une police un peu plus petite: "Men Only", ainsi qu'une adresse et un numéro de téléphone, mais rien d'autre n'était inscrit au verso.
- Tu ne connaîtrais pas cet endroit par hasard? demanda-t-il à Tony d'un air faussement innocent qui fit sourire Kate et Ducky.
- Non, mais j'aimerais bien, répondit Tony en soupirant.
- Je vois ce que tu veux dire, mais si le quartier-maître Jensen est passé dans ce club, rappelle-toi ce qui lui est arrivé...
Gibbs se rapprocha à nouveau de Ducky, qui scrutait avec la plus grande attention l'intérieur du coude du jeune Marine:
- Tu vérifies s'il s'est piqué ?
- Oui, et de toute évidence, ce n'est pas le cas, mais pourtant, comme il n'y a aucune trace non plus de blessure apparente, il est naturel que je pense à une crise cardiaque mais...
- Peut-être provoquée par quelque chose ?...Ingestion d'une drogue ? suggéra Gibbs.
- Oui, c'est bien probable et je crois que les résultats des tests toxicologiques vont beaucoup nous en apprendre.
- Moi aussi.
- Qu'en dis-tu Gerald ? demanda Ducky à son jeune assistant.
- Je suis du même avis que vous et l'agent Gibbs, docteur Mallard. A vingt-neuf ans, une crise cardiaque, c'est rarement naturel.
- Je suis bien d'accord avec toi Gerald, ajouta Gibbs d'un air pensif en regardant le corps du Marine. Et pour l'instant, je vais aller interroger les seules personnes qui étaient ici aussi cette nuit, annonça-il en se relevant.
- Eh Gibbs ! A propos de ce que tu m'as dit sur ce club: serais-tu inquiet pour moi ? demanda Tony.
- C’était juste un conseil...
- Tu sais que cette demi-réponse est très révélatrice.
Là, Gibbs ne répondit rien mais sourit quand même.
Kate et lui continuèrent à étaler minutieusement avec leur pinceau en fibre de verre un peu de "Fingerprints Dusting Powder" - cette poudre blanche, fluorescente ou noire qu'ils utilisaient à chaque nouvelle enquête pour essayer de trouver des empreintes - et dans cette petite chambre de motel, le mobilier se résumait à une petite table de chevet, au cadre de lit et à une commode, tous trois en bois: Kate se servait donc en l'occurrence de la poudre banche sur la petite table de chevet et sur le lit, comme Tony sur la commode.
- On ne peut vraiment pas dire qu’il y ait beaucoup d’empreintes dans cette chambre, constata Kate.
- Aucune même pour l'instant... confirma Tony, aussi perplexe qu'elle.
- Attends ! lança-t-elle en se levant comme si elle avait eu une petite révélation.
Elle marcha rapidement vers la porte de la chambre en essayant de ne pas gêner Ducky et Gerald qui installaient le corps du jeune Marine sur une civière pour le transporter.
- Excusez-moi...
- Mais je t'en prie Caitlin, dit Ducky.
- Vous ne nous gênez pas, confirma Gerald.
Kate leur sourit.
- On avait pas encore regardé la poignée ! dit-elle à l'attention de Tony.
- C'est vrai ! Bonne idée ! Moi, je vais voir à la salle de bains...
- OK ! dit Kate en appliquant la même petite poudre... qui ne révéla rien...
- C'est pas vrai..., soupira Kate.
- Ne désespérez pas ! dit Gerald en souriant à Kate.
- Il a raison, ajouta Ducky.
- Nous allons vous laisser ! Gerald et moi, nous allons ramener ce jeune homme: je crois qu’il a hâte qu’on trouve la cause de son décès.
Il croisa le regard de Kate qui lui lança un petit sourire: elle avait toujours apprécié le profond respect avec lequel le docteur Mallard traitait ses « patients ».
Celui-ci lui sourit aussi et lui dit d’un air un peu inquiet:
- Caitlin, ça va ? Tu sembles un peu pâle…
- Ca va, Ducky… Merci, lui répondit-elle en lui souriant, reconnaissante d’être attentif à cela.
Avant qu'elle ne vit la tête de Tony apparaître dans le cadre de la porte de la salle de bains:
- Gerald ne te draguerait pas un peu ? lança-t-il malicieusement.
- Et toi, tu ne prendrais pas des hallucinogènes ? lui répliqua Kate du tac au tac.
- Ah ! Je t'accorde qu'elle était pas mal celle-là: je crois que qu' Abby aurait apprécié !
- Je crois aussi, ajouta-t-elle, en souriant, assez fière d'elle.
Tony sourit.
Elle posa alors sa petite boîte de poudre pour revenir vers le lit et examiner les draps sur lesquels elle venait de distinguer des traces d'une substance... presque séchée à présent.
C'est alors qu'un cri de soulagement se fit entendre depuis la salle de bains:
- Ah ! S’exclama Tony, enfin une !
Et Kate vit apparaître un Tony très satisfait de lui-même, qui tenait une petite bande adhésive sur laquelle plusieurs empreintes digitales apparaissaient:
- C’est déjà ça ! dit Kate, mais tu sais, il est possible que ça appartienne à la même personne.
- C’est vrai, dit Tony en regardant la petite bande adhésive avec une petite moue moins enthousiaste.
- Eh ! Moi aussi, j’ai quand même trouvé quelque chose aussi, qu'Abby voudra très probablement examiner à la lumière de l' "A.L.S." : des traces de sperme enfin, c’est ce qui serait le plus logique...
- Il pourrait aussi y avoir des sécrétions féminines, dit Tony avec un œil qui frisait.
- Oui, mais je ne crois pas… ce lit semble trop "nickel".. une fois encore, c'est Abby qui le confirmera ou non mais c’est comme si..
- Il ne s’y était pas passé grand chose, dit Tony plus sérieusement.
- Exactement.
- Dis, t’es pas un peu pâlichonne toi ?
- Non, ça va… dit Kate en faisant semblant de ne pas l’avoir entendu: elle venait de remarquer une trace de sperme aussi semblait-il sur la moquette, qu'elle pouvait voir à présent que Ducky et Gerald avaient emmené le corps de ce jeune Marine.
- Kate ?
La voix de Gibbs la fit sursauter.
- Quoi ? dit-elle machinalement.
- Rien de spécial, ça va .. répondit-il simplement, d'une voix si douce que Kate regretta tout de suite son: "Quoi ?" presque agressif...
Il s'accroupit près d'elle:
- Écoute, tu as déjà beaucoup fait dans cette chambre, lui dit-il avant de s'arrêter et de regarder Tony avec une petite moue, comme s'il avait pris vraiment conscience de sa présence et qu'elle le gênait un peu en cet instant:
- Tony ? Qu’est-ce que tu fais ?
- Euh rien, je vais rapporter ce que j’ai relevé, se reprit celui-ci, qui avait été littéralement "scotché" par ce qu'il venait de voir...
- Ce serait pas mal oui.. ajouta-t-il d'un air faussement sévère avant de se concentrer à nouveau sur Kate.
- Ca va ? Tu es sûre ?
Il la trouvait plutôt pâle.
- Tu sais que tu es le troisième à me le demander mais ça va..., dit-elle en lui souriant faiblement et en essayant de lui cacher qu’elle avait la tête qui tournait un peu en effet, avant de se lever pour retourner prélever la substance qu'elle avait trouvée sur les draps.
Enfin, elle tenta seulement de se lever car elle eut un étourdissement et perdit l'équilibre, manquant de se cogner contre le mur.
Il la retint comme il put en la prenant presque dans ses bras. Elle fut délicieusement surprise par ce geste: elle s'était aussi retenue instinctivement à lui en posant une main sur sa poitrine, comme pour s'appuyer et peut-être se retenir de se blottir contre lui, ce qu'elle avait pourtant tellement envie de faire ! Sa présence n'était pas oppressante, apaisante au contraire et si troublante en même temps. Elle savait que si elle s'abandonnait dans ses bras, elle ne pourrait plus les quitter...
Elle n'osait pas lever les yeux vers lui car elle savait que si elle croisait son regard et tout ce qu’il pouvait exprimer, elle ne résisterait pas à l’envie de l’embrasser et elle serait à nouveau face à ses sentiments sans protection, car l’armure qu’elle avait essayé de se construire par peur qu’il ne l’aime pas s’effritait déjà de toutes parts... aujourd’hui plus encore: il était si attentionné. Et d'un autre côté, cette image de lui avec cette femme rousse était toujours dans un petit coin de son esprit, comme un intrus qui s'invite pour tout gâcher…
Elle s'éloigna de lui à contre- coeur mais elle s'appuya contre le mur, s'accroupissant et s'adossant à celui-ci, se sentant encore un peu trop faible pour se lever.
- C’est Ducky ou Tony qui a vendu la mèche ? demanda-t-elle d'une voix fragile.
- Ducky, mais tu sais, je l’aurais vu tout seul…
- Je sais, je ne voulais pas dire...
Elle soupira, s’en voulant d’avoir pu lui donner l’impression qu’elle ne le trouvait pas assez attentif...
- Mais ça m’énerve que ça m’arrive maintenant en plein boulot parce que quand une femme se sent un peu faible, on dit facilement qu'elle est indisposée ou ce genre de choses... et ça me paraît tellement injuste et réducteur !
- Je sais... C’est un cliché stupide, mais sache que personne n’aurait le droit de te juger ! Tu te fous de ce que les autres disent ! Ca ne remet pas tes compétences en question ! Et tu n’as déjà plus à les prouver, je t’assure...
Elle lui redonna alors son regard et lui sourit presque tendrement, réalisant à quel point elle avait toujours recherché cela: son soutien et sa fierté, même si, en cet instant, il semblait lui donner bien plus encore. Il semblait être comme révélé… Cette douceur qu’elle avait déjà ressentie en lui parfois était là pour elle et maintenant, c’était elle qui avait peur de s’y abandonner...
Pourtant, elle savait pertinemment au fond d'elle-même que ce trouble qu'elle ressentait en sa présence ne disparaîtrait pas si facilement - et avait-elle vraiment envie de ne plus les ressentir ? - car son désir pour lui était bien plus que physique: elle l'aimait.. plus qu'elle n'avait jamais aimé aucun homme, et elle avait peur de se perdre si elle découvrait que lui n'éprouvait que de l'amitié et que son cauchemar de cette nuit était réel. Mais pourtant, certains regards ne pouvaient pas mentir..
Gibbs, quant à lui, ne pouvait s'empêcher de se demander si cet étourdissement n'était pas dû au fait que... Non ! Serait-il possible qu'elle soit enceinte... et déjà heureuse avec un autre homme ? Sa jalousie refit surface comme si elle était encore à fleur de peau. Il était terrifié à l'idée qu'il soit peut-être déjà trop tard pour qu'il y ait un "nous" entre eux..
Et puis, il ne pouvait nier qu'il désirait avoir un enfant et il ne s'imaginait vivre cela qu'avec elle.
Il ne put s'empêcher de lui demander:
- Est-ce que tu sais d'où cela peut venir ?
- C'est bête... mais je crois que c'est juste parce que je n'ai rien mangé ce matin..., dit-elle, semblant gênée par cet aveu.
Lisant la surprise et l'inquiétude sur son visage - comme s'il lui demandait: tu ne fais pas ça souvent au moins ? - elle lui rappela:
- Un homme m'a appelée ce matin vers sept heures pour aller m'entraîner au tir... Tu ne saurais pas qui c'est, par hasard ? dit-elle d'un ton volontairement provocateur.
Là, c'est lui qui baissa les yeux en souriant d'un air penaud:
- Tu es sûre que tu ne veux pas un verre d’eau ? lui demanda-t-il en revoyant son visage encore pâle.
- C'est gentil mais il faut que je finisse les prélèvements sur la moquette et sur le lit d’abord…
- Je peux le faire !
- Non, j’ai commencé: c’est à moi de finir ! répliqua-t-elle sans énervement mais avec affirmation.
- Tu es têtue, tu sais ! lança-il en souriant.
- Il n’y pas un côté péjoratif dans ce mot ? Je préfère entêtée à la limite, obstinée ou encore opiniâtre… et il y a bien au moins un de ces mots qui te correspond aussi… lui répliqua-elle avec un regard complice en s’accroupissant à nouveau pour prélever la substance, presque séchée à présent, qu'elle avait remarquée sur les draps.
- C’est vrai ! Moi, j’aurais même mérité têtu.
- Non, je préfère opiniâtre ! rectifia Kate.
- Je peux au moins t’aider pour ça ? lui demanda-t-il en faisant référence d'un signe de tête à la trace sur la moquette.
- Oui ! Bien sûr que tu peux... merci, répondit-elle avec douceur: leurs regards se mêlèrent un instant avant qu'elle ne baisse les yeux pour se concentrer à nouveau sur le travail qu'elle voulait finir: c'était moins troublant...
- Non, elle est trop sèche pour que je puisse la retirer, pensa-t-elle tout haut.
- Oui, il y a le même problème avec la moquette. Je crois qu'il faudrait qu'on apporte ça directement à Abby: par contre, j'ai bien un canif mais je crois que ça ne va pas suffire pour couper cette moquette, dit-il en sortant son petit couteau et en le regardant avec une moue qui fit rire Kate.
C'est une chose qu'elle aimait en lui: il avait de l'assurance mais il n'était pas "macho" ou alors, c'était par auto-dérision.
Ils retirèrent ensemble les draps du lit et, avec l'autorisation du gérant du motel - et aussi avec des sécateurs qu'il utilisait parfois- Gibbs coupa le bout de moquette tâchée: de toute façon, après ce qui s’était passé, Mr Andrews avait l’intention de refaire complètement la décoration de cette petite chambre. Après quoi, Gibbs et Kate ramenèrent ces derniers prélèvements dans la camionnette, en essayant de faire comme si de rien n'était, mais l'inquiétude de Gibbs pour Kate n'avait pas échappé à Tony et Ducky, ni d'ailleurs le trouble qu'ils avaient déjà souvent ressenti entre eux; ils ne dirent rien pourtant.
Quant à Gerald, il était assis à côté de Ducky dans la camionnette et il semblait déjà ailleurs: les yeux fermés, ses écouteurs sur les oreilles, il semblait absorbé par quelque chose.
Ce qui ne l'empêcha pas d'ouvrir un oeil lorsqu'il entendit les voix de Tony et de Gibbs:
- Alors, Gibbs, où veux-tu qu'on aille à présent ?
- Pour une fois, je voudrais qu'on rentre faire un point au bureau.
- OK ! dit simplement Tony, même si c'était suffisamment inhabituel pour qu'il soupçonne quelque chose: Gibbs avait une idée derrière la tête.
Kate en avait bien l'impression aussi.
Elle jeta furtivement un coup d'oeil vers Gibbs qui attrapa son regard au vol: rien ne lui échappait décidément, se dit-elle baissant la tête à contre- cœur une fois encore, avant d'aller s'installer à la place du passager dans la camionnette.
Celui-ci allait monter côté conducteur pour ramener l'équipe presque au complet à Washington - seule Abby était restée là-bas - lorsqu'il se rappela que Kate et lui étaient venus chacun avec une voiture: cela ne le dérangeait pas d'en ramener une mais il préférait que Kate ne conduise pas après son étourdissement: cela pouvait être dangereux.
D'un signe de tête, il demanda à Tony de s'approcher de lui: il voulait lui parler.
- Est-ce que tu pourrais revenir au bureau avec la voiture qu'a pris Kate ? Moi, je vais ramener celle avec laquelle je suis venue.
- Pas de problème... répondit Tony avec une lueur pétillante dans les yeux et comme Gibbs le sentait venir, un large sourire s'épanouit sur son visage: il voulait de toute évidence dire autre chose.
- Quoi ? Ah ! Je sais ! Ca te plaît que je te demande plutôt que je t'ordonne pour une fois ?
- Je vais peut-être me faire taper sur la tête mais... oh oui !!
Gibbs le regarda comme il savait si bien le faire - semblant le jauger - mais il souriait presque et Tony ne lisait aucun agacement dans son regard ou sur ses traits, ce qui était plutôt bon signe mais le jeune agent restait quand même sur ses gardes... et son boss dit enfin:
- Non, tu ne vas pas te faire taper sur la tête ! Rappelle-toi que je ne fais ça que quand tu te laisses déconcentrer par une jolie fille ! Et merci pour la voiture mais n'y va pas dans deux heures quand même !
- J'y vais ! lança-t-il à son boss qui demanda juste à Gerald, qui avait enlevé ses écouteurs et entendu, comme Ducky, sa petite discussion avec Tony:
- Gerald, est-ce que tu pourrais conduire la camionnette ?
- Oui, pas de problème ! répondit-il sans hésiter.
Puis Gibbs s'approcha de Ducky jusqu’à pouvoir murmurer:
- Dis-moi, tu emportes toujours des sachets de sucre avec toi ?
- Oui... ils m'ont servi dans mon jeune temps: tu sais, on ne dirait pas aujourd'hui, mais j'ai aussi quelque fois un peu tourné de l'oeil lors de mes premières autopsies. Gerald, je sais que tu as entendu ! Alors, promets-moi de ne rien dire s'il te plaît maintenant que ça va mieux et que je n'ai plus besoin de mes sachets de sucre, dit-il d'un air faussement solennel.
- Promis, docteur Mallard ! Mais vous savez, ce n'est pas une honte.
- C'est vrai, tu as raison.
- Mais dis-moi, Ducky... si tu n'en as plus besoin, tu les gardes pour secourir des demoiselles en détresse ? demanda Gibbs
- J'avoue qu'une fois, ils m'ont permis d'aider une jeune femme... dit-il en rougissant presque... Il était prêt à raconter cette nouvelle histoire quand il vit que Gibbs mourrait d'envie de lui demander quelque chose. Il le devança, ayant deviné sa question:
- Tu voudrais que j'en verse un dans un verre d'eau pour Kate ? demanda-t-il avec un regard complice.
- Oui, avoua Gibbs en baissant la tête pour cacher son sourire presque timide en cet instant.
C'était si évident que ça, pensa-t-il.
- Merci Ducky, ajouta-t-il en lui donnant une petite tape sur le bras avant de s'éloigner.
Kate avait reconnu la voix de Gibbs mais elle n'était pas parvenue à distinguer ce qu'il avait dit à Ducky: et pourtant, elle avait jeté un ou deux regards furtifs dans le rétroviseur...
Tony, lui, n'avait pas résisté à l'envie de s'approcher furtivement de Kate un instant, comme pour l'observer sans être vu: elle semblait pensive. Elle tourna la tête vers Gibbs lorsqu'elle le vit s'éloigner et croisa son regard lorsqu'il se retourna comme pour chercher le sien... Son coeur se mit à battre un peu plus vite comme à chaque fois... Elle ressentait toujours cette petite inquiétude lorsqu'elle le voyait s'éloigner.
- Allez, tu vas le revoir ! glissa Tony, qui la fit sursauter.
Elle lui donna une petite tape sur le bras: elle n'avait pas pu s'empêcher de rougir.
Il fut rassurée de la voir sourire: il l'avait surprise mais elle ne lui en voulait pas.
- Ca va ? Tu étais vraiment très pâle tout à l'heure.
- Je sais, mais ça va mieux... Merci de ne pas m'avoir chiné là-dessus... dit-elle en souriant.
- Je suis taquin mais pas cruel, petite sœur ! lui répondit-il avec un clin d'oeil. Bon, je te laisse: je vais...
- Je sais: j'ai entendu ! lui dit-elle.
- OK ! A tout à l'heure !
- A tout à l'heure !
Elle repensa au moment où il l'avait appelée "soeurette" lors de l'enquête que l'équipe avait menée récemment à Guantanamo et en effet, pour se chamailler avec lui très souvent mais tenir beaucoup à lui en même temps, oui, on pouvait dire qu'elle le voyait comme un frère.
- Kate ?
Elle reconnut la voix de Ducky; elle se retourna: il lui tendait un verre rempli d'une poudre blanche.
- C'est un verre d'eau sucrée. Crois-en le docteur Mallard: ça fait toujours du bien ! expliqua-t-il avec un regard rassurant aussi éclairé d'une lueur malicieuse qui semblait révéler en cet instant qui avait eu en fait cette idée.
Elle devina la réponse et prit le verre, touchée par le fait qu'il ait été assez inquiet pour penser à ça.
Gerald ouvrit la portière du côté conducteur et vint s'asseoir près d'elle:
- On y va agent Todd ? Docteur Mallard ?
- Vas-y Gerald ! Moi, je tiens compagnie à notre jeune ami, répondit Ducky qui était resté derrière avec le quartier-maître Michael Jensen.
Kate mit sa ceinture:
- C'est bon, je suis prête aussi !
- Alors, allons-y ! dit Gerald en tournant la clé de contact.
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