Quand elle commença le lundi suivant, Khâny pensait être la première arrivée. Il était à peine sept heures du matin. Mais ce ne fut pas le cas. Elle trouva Anthony endormi tant bien que mal sur sa chaise de bureau, et Gibbs sirotant son café. Il la salua d’un signe de tête et lui fit signe de s’installer au bureau en face du sien, à côté de celui d’Anthony. Elle s’exécuta et rangea ses affaires. Elle initialisa son ordinateur et le temps qu’elle finisse, Gibbs avait disparu et il était presque sept heures trente. Elle se rendit à la salle de repos et prit deux thés qu’elle versa dans des tasses à café. Elle s’approcha d’Anthony et s’assit sur son bureau.
« - Bonjour. Petit déjeuner.
- Hein ??
- On se réveille la belle au bois dormant. Il est sept heures et demi.
- Khâny ??
- Eh oui c’est lundi. Tenez, tasse et croissants.
- Merci. »
Khâny retourna s’installer à son bureau et regarda Anthony plonger dans son café, ou plutôt dans son thé. A la première gorgée, il la regarda stupéfait. Elle lui dit simplement que personne d’autres n’avait besoin de savoir. Il la remercia et commença à la briefer sur l’enquête en cours. Trois jours auparavant, un corps avait été découvert sur la base de Norfolk. L’homme n’apparaissait nulle part sur les fichiers de la Marine et impossible de découvrir son identité. Le problème principal était qu’il était infecté d’un virus qui se serait répandu dans l’air si la température du corps était passée au-dessus des quarante degrés. Vu la chaleur qu’il faisait en ce mois de juin, cela n’aurait pas tardé, une heure peut être deux. Tout semblait donc faire penser à un attentat terroriste. Soit le mort avait agi seul comme martyr soit il avait été déposé là par un groupe terroriste et dans ce cas, il n’en resterait pas là. La sécurité de la base avait d’hors et déjà été renforcée. Les interrogatoires de tous les marins présents sur la base ce jour-là n’avaient rien donné, pas plus que ceux des visiteurs militaires ou non. Ils étaient dans une impasse, ce qui rendait Gibbs exécrable.
« - Etant donné l’emplacement du corps dans la base, celui qui l’y a mis est forcément entré dans la base.
- Exact.
- Pourtant vous avez retrouvé tous les visiteurs de ce jour-là.
- Oui.
- Depuis quand était-il mort ?
- Deux heures grand maximum selon Ducky.
- OK donc soit ce type est entré et s’est donné la mort dans la base, soit celui qui l’a mis là a dû faire fissa.
- Le type aurait été repéré s’il avait transporté un cadavre.
- Exact.
- Toutes les entrées sont strictement contrôlées par deux gardes et des caméras. Et les murs sont électrifiés.
- Vous avez vérifié les caméras ?
- Non. On a juste interrogé les gardiens. Bon sang, bien sûr, il faut vérifier si l’une d’entre elles n’a pas été piratée !
- Prenez vos affaires et filez immédiatement à Norfolk. Bravo agent Richter, vous raisonnez déjà comme un vrai agent du NCIS.
- Merci Gibbs. »
Ils avaient prêt de trois heures de route pour parvenir jusqu’à Norfolk, autant dire qu’ils avaient là une occasion en or pour faire connaissance. Par réflexe, Anthony avait pris le volant. Ils restèrent silencieux un bon moment, jusqu’à ce qu’Anthony se décide à parler.
« - Alors tu as eu le temps de remettre de l’ordre dans ton entrée ?
- Oui. Et dieu sait qu’il y avait une jolie pagaille.
En tout cas, ta maison est très jolie. Je n’ai pas eu le temps de visiter l’intérieur, mais çà a l’air très sympa.
- Merci.
- Tu y vis seule ?
- Oui.
- Tu es originaire de Washington ?
- Oui mes parents avaient acheté une maison dans la banlieue Ouest. Et toi ?
- Je viens d’Italie. Ma mère est américaine et mon père italien. J’avais neuf ans quand nous sommes revenus vivre aux Etats Unis.
- Tu as des frères et sœurs ?
- Une sœur, jumelle. Et toi ?
- Deux frères. Un aîné et un jumeau.
- Quelle coïncidence ? Deux jumeaux ?
- Et oui. »
La discussion était lancée. Mais quand l’agent Dinozzo raconta l’adolescence aisée et sans contrainte du jeune Anthony, Khâny n’y crut guère. Il y avait quelque chose dans sa voix qui trahissait ce récit idyllique et sans nuage. Une fêlure qui en disait long. Khâny fut soulagée de ne pas avoir à parler de son enfance et de son adolescence puisqu’ils arrivaient déjà à Norfolk. Il était à peine onze heures et la base semblait étrangement calme. Ils s’approchèrent de la grille d’entrée et personne ne vint à leur rencontre. Anthony voulut baisser sa vitre pour appeler mais Khâny l’en empêcha. Quelque chose n’allait pas. On ne voyait personne aux alentours. Elle enclencha le recyclage de l’air de l’habitacle de la voiture et força Anthony à reculer de deux bons kilomètres. Elle saisit son téléphone et appela Gibbs qui confirma son hypothèse : attaque chimique. Ils appelèrent aussitôt la brigade spéciale et attendirent patiemment. Cela semblait impossible et ils avaient du mal à se convaincre mais pendant la demi-heure durant laquelle ils attendirent la brigade, aucun mouvement ne fut repérable dans la base. Ils auraient donné cher pour pénétrer dans la base mais sans masque à oxygène et combinaison c’était courir droit au suicide. En attendant l’équipe de décontamination, les deux agents firent leur maximum pour mettre en place un périmètre de sécurité autour de la base avec l’aide de la police locale. Personne ne devait entrer ou sortir de ce périmètre qui s’étendait sur dix kilomètres autour de la base.
Quand l’équipe de décontamination arriva, elle fournit des combinaisons aux deux agents du NCIS et ils pénétrèrent prudemment dans la base. Rapidement, ils trouvèrent plusieurs hommes à terre. Après un examen rapide, il s’avéra qu’ils étaient toujours en vie, mais il semblait impossible de les faire revenir à eux. Il fallut plus de deux heures pour retrouver et évacuer tous les soldats présents. Il était aberrant qu’une base comme Norfolk soit l’objet d’une attaque de telle ampleur sans que personne ne s’en rende compte. La base ressemblait à un immense cimetière. Tandis que l’agent Dinozzo se précipitait au chevet des soldats pour qu’ils soient soignés au plus vite, l’agent Richter se rendit directement au poste de sécurité, laissant derrière elle un collègue stupéfait. La personne qui était entrée avant elle, ne s’était même pas donnée la peine de refermer après son passage et malheureusement, tous les DVDs de vidéo surveillance avaient disparu. Elle entreprit aussitôt de récupérer les disques durs des ordinateurs. Même si les vidéos avaient très probablement été effacées, Abby Sciuto, l’experte en criminologie du NCIS, parviendrait sans doute à récupérer quelques données. Il fallait à tout prix fouiller la base de fond en comble, peut être que celui (ou ceux) qui avait fait cela était encore sur la base. Elle appela Anthony et lui fit part de sa décision. Il accepta sans grande conviction et ils se divisèrent la base. Inspecter une si grande base à deux semblait une tâche titanesque. C’est alors que Khâny eut une idée. Elle appela Anthony et lui demanda de la rejoindre à l’armurerie. Tout comme le reste de la base, cette dernière était ouverte. Khâny trouva rapidement ce qu’elle cherchait : des fusils à radar thermique, ainsi ils pourraient repérer tout individu présent sur la base sans avoir à inspecter tous les bâtiments. Elle sur très exactement comment assembler les armes et les mettre en marche, ce qui surprit son tout nouveau collègue. Après avoir donné des consignes très strictes de sécurité aux agents de police qui les aidaient, les deux agents du NCIS commencèrent leur inspection. Cela faisait presque deux heures qu’ils avaient commencé à arpenter la base quand Khâny entendit des coups de feu. Inutile d’appeler Anthony, c’était forcément lui. Elle se précipita vers le lieu de la fusillade et trouva Anthony s’efforçant de repousser cinq hommes. Elle les contourna et les somma de lâcher leurs armes, ce que, bien sûr, ils ne firent pas. Elle tira avant qu’ils aient pu tirer. Elle tua les deux plus menaçant et blessa les trois autres. Anthony s’approcha et tous deux passèrent les menottes aux trois blessés. Khâny appela du renfort et une ambulance avant de demander aux prisonniers s’ils avaient d’autres complices. Ils ne répondirent pas. Elle se retourna vers Anthony pour lui proposer de continuer leur inspection mais elle n’en fit rien. En effet, elle se rendit alors compte que plusieurs projectiles étaient figés dans son gilet par balles. Il vacillait. Les prisonniers ne risquaient pas de s’échapper, elle s’occupa donc librement de son collègue. Elle l’aida à s’asseoir et appela les hommes de la brigade de décontamination. Selon eux, ils pouvaient retirer leurs combinaisons. Elle aide Anthony à retirer la sienne et lui passa sa gourde d’eau. Puis elle l’aida à retirer le gilet. Les balles s’étaient profondément enfoncées. Un peu plus et il aurait été blessé. Les renforts arrivèrent enfin et emmenèrent les prisonniers et les cadavres qu’ils conduiraient directement au NCIS. Ils se retrouvèrent seuls. Elle l’aida à retirer son T-shirt et constata que des hématomes commençaient à se former. Il allait avoir de jolis bleus. Elle palpa ses côtes et ne sentit rien d’anormal. Il serait plus sage de faire une radiographie pour vérifier qu’il n’y ait rien de casser, mais Anthony refusa. Elle l’aida à se relever et le conduisit à l’infirmerie de la base, tout en gardant de son autre main son fusil, enclenché sur le mode détection. Il fallait rester prudent. Les renforts du NCIS arrivèrent alors qu’ils étaient proches de l’infirmerie. Ils termineraient l’inspection de la base à leur place. Elle leur montra où trouver les fusils et comment s’en servir. Puis elle fit entrer Anthony dans l’infirmerie et le força à s’allonger face à l’appareil de radiographie. Ce dernier fut surpris qu’elle sache s’en servir. Cela ne prendrait pas plus de quinze minutes pour être fixé sur le sort de ses côtes. Ils attendirent en silence. Verdict : deux côtes fêlées. Khâny alla chercher de quoi bander le torse d’Anthony. Il la regarda faire en silence. Comment pouvait-elle changer ainsi de comportement ? Elle avait paru si indifférente, si glaciale face aux sorts des soldats de la base. A peine avait-elle pris la peine de vérifier si deux ou trois étaient encore vivants. Lorsqu’elle était intervenue et avait blessé les intrus, elle ne s’était même pas donnée la peine de vérifier leur état. Et là, elle abandonnait son investigation pour s’occuper de lui. Elle avait semblé inquiète pour lui. Comme si elle lisait dans ses pensées, elle prit la parole.
« - Attention çà va faire un peu mal, je dois serrer fort pour que tes côtes se ressoudent bien. Tu sais, ces hommes sur qui j’ai tiré, je savais parfaitement où et comment je les blesserais, il était inutile que je vérifie leur état. L’un d’eux doit déjà être soigné, je l’ai touché à l’épaule gauche entre deux artères donc mise à part la douleur, rien de bien grave. L’autre doit être en chirurgie pour réparer son genou mais je doute qu’il remarche normalement un jour. Le troisième doit aussi être en chirurgie mais ce sera pour son poignet. De même, je doute qu’il en retrouve un usage normal. Les deux autres n’avaient aucune chance, balles dans le cœur. »
Il la regarda et après un long silence la remercia. Khâny sourit et l’aida à se relever. Elle le conduisit jusqu’à la voiture, récupéra les disques durs et prit le volant. Anthony regardait par la fenêtre et gardait un silence oppressant. Elle savait qu’elle le mettait mal à l’aise. Elle comprit qu’elle aurait dû se montrer plus sensible. Déjà au FBI, elle mettait ses collègues mal à l’aise et c’est pour cette raison qu’elle avait dû travailler seule. Aujourd’hui, elle se trouvait avec deux co-équipiers dont elle pouvait apprendre beaucoup et elle ne voulait pas être chassée. Alors qu’elle cherchait une idée pour se rattraper, l’atmosphère se détendit enfin, Anthony décidant de faire des commentaires sur sa conduite et sur les femmes au volant. Ils se disputèrent joyeusement sur ce sujet.
Dès qu’ils furent arrivés au NCIS, Khâny porta les disques durs à Abby, puis rejoignit Anthony pour faire son rapport à Gibbs. Gibbs l’observa pendant qu’elle lui expliquait les événements. Il vit la froide détermination avec laquelle elle avait agi. Il ne s’était pas trompé en l’engageant. Elle était douée. Très douée. Pourtant, il y avait quelque chose en elle. Quelque chose l’avait marquée qui la poussait à agir ainsi désormais. Mais qu’importe. Aucun membre de cette équipe ne pouvait se vanter de ne pas avoir été marqué par la vie. Anthony tout comme lui. Son équipe était composée de cœurs blessés mais en apparence aussi durs et solides qu’un diamant. Sans laisser paraître le moindre signe de satisfaction ou de fierté du travail accompli, il l’envoya aider Abby pour travailler sur les disques durs et sur le gaz qui avait contaminé les soldats de Norfolk. Elle obéit.
« - Alors Dinozzo, comment tu la trouves ?
- Efficace. Redoutablement efficace.
- Oui, dit-il esquissant un sourire. Comment te sens-tu ?
- Çà va.
- Bien. Trouves moi l’identité de ces types.
- Oui patron, Anthony se mit aussitôt au travail.
- Dinozzo !
- Oui patron ?
- Va manger avant ! »
Gibbs laissa son agent et rejoignit le sous-sol 2 qui abritait la salle d’autopsie où le docteur Ducky Mallard finissait l’autopsie des deux hommes que l’agent Richter avait éliminés.
« - Alors Docteur, qu’est-ce que tu as pour moi ?
- Jethro ! Oh je n’ai pas grand chose à dire. Ces hommes ont été abattus d’une balle dans le cœur. Celui qui a fait cela ne leur a laissé aucune chance.
- C’est l’agent Richter.
- Pardon ?
- C’est l’agent Richter qui les a tués. Ce sont deux des cinq hommes qui se sont introduits à Norfolk.
- Oh ! Notre nouvelle recrue n’a pas les yeux dans ses poches. Çà me rappelle un agent que j’ai bien connu lorsque j’étais étudiant en médecine. Il s’entraînait sans cesse à tirer. Mais plus essayer, moins il parvenait à viser juste et
- Ducky !
- Oui oui. Oh fait Jethro que sont devenus les trois autres ?
- Ils sont à l’hôpital, blessures par balles à l’épaule, au genou et au poignet.
- Oh je vois. »
Le téléphone de Gibbs sonna. C’était Tony. Il remonta rapidement et son agent lui expliqua qu’il avait découvert qui étaient deux des hommes, l’un d’eux était sur la table d’autopsie, l’autre était celui qui était blessé au genou. Ils étaient tous deux des recrues de la marine mais ils n’avaient finalement pas été admis, leur état psychiatrique ayant été jugé trop instable. Si tout cela n’avait été qu’une vengeance, ils n’auraient jamais fait appel à d’autres personnes. Non, cela devait forcément être autre chose. Gibbs félicita quelque peu son agent et l’engagea à poursuivre ses investigations. De toute façon, ils n’avaient toujours pas découvert l’identité du cadavre numéro un. Gibbs s’installa à son bureau et l’aida dans ses recherches. Pendant ce temps, Khâny et Abby travaillaient sur les disques durs. Abby était parvenue à obtenir des échantillons de sang des soldats de Norfolk afin de découvrir ce par quoi ils étaient contaminés. Elle avait installé les échantillons dans la centrifugeuse et il ne restait plus qu’à attendre les résultats. Malgré le savoir qu’elle possédait en matière d’informatique, elles avaient dû mal à avancer avec les disques durs. Khâny commençait à fatiguer, d’autant plus qu’elle n’avait rien avalé depuis prêt de douze heures. Il était déjà dix-huit heures et ils n’avaient guère avancé depuis le matin. Khâny en avait assez d’être assise. Elle se leva et se rendit distraitement jusqu’à la centrifugeuse. Elle constata alors qu’il y avait un problème. Les tubes bougeaient anormalement. Elle saisit Abby par la taille et eut juste le temps de la plaquer au sol avant que la centrifugeuse n’explose. Tandis qu’un nuage commençait à envahir la pièce, Khâny réussit à traîner Abby sur le sol jusqu’à la sortie où elle s’empressa d’appuyer sur l’alarme chimique.
« - Cà va ?
- …
- Abby ! Est-ce que çà va ?
- O…oui je crois. Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
- J’en sais rien. J’ignore ce qui a contaminé les soldats mais dans tous les cas, c’est très dangereux. Je téléphone à l’hôpital de Bethesda pour les prévenir. »
Tandis que Khâny téléphonait, Gibbs, Tony et le directeur arrivèrent, bientôt suivis par l’équipe de lutte contre les attaques chimiques. Tony emmena rapidement Abby voir Ducky pour les premiers examens. Khâny termina son appel puis expliqua ce qui c’était passé, tant et si bien que quand elle arriva chez Ducky, Abby avait déjà été examinée.
« - Bonjour Docteur Mallard.
- Bonjour mademoiselle. Alors c’est vous l’agent Richter ?
- Euh oui.
- Installez -vous jeune fille, nous allons vérifier si tout va bien.
- Merci docteur.
- Oh appelez-moi Ducky.
- Bien Ducky. »
Abby rejoignit Tony et Gibbs qui attendait à l’extérieur de la salle. Ils observèrent Ducky faire les examens de routine sur l’agent Richter.
« - Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a des réflexes. De sacrés réflexes.
- çà va aller Abby ?
- Oui Tony. Mais sans elle. Je veux dire. Quand la centrifugeuse a explosé, elle m’a plaquée au sol et elle m’a entraînée vers la sortie en quelques secondes. Je n’ai absolument pas eu le temps de réagir ou de comprendre ce qui se passait. »
Ils regardèrent Ducky enlever quelque chose de l’épaule du jeune agent et suturer la plaie sans que le visage de la jeune femme n’exprima la moindre souffrance. Pourtant Ducky, puisqu’il était légiste, n’avait aucun anesthésiant à sa disposition. Ducky installa une bande autour de l’épaule de la jeune femme puis la laissa se rhabiller. Finalement, après une bonne heure d’attente des résultats sanguins et autres, il vint leur annoncer que tout allait bien, mis à part qu’un morceau de la centrifugeuse était venu se planter dans l’épaule droite de l’agent Richter. Fort heureusement, en l’enlevant, il avait constaté que la plaie n’était pas profonde et il avait pu suturer lui-même. Elle les rejoignit à ce moment-là, fraîche comme une rose. Lorsque Gibbs lui demanda si elle pouvait travailler, elle parut étonner et répondit qu’oui. Soudain Abby craqua et la serra très fort contre elle, si bien qu’elle ne put s’empêcher d’émettre un cri. Abby s’excusa, mais Khâny la rassura. Abby la remercia et Khâny lui dit de nouveau que ce n’était rien. Tandis qu’Abby restait avec Ducky, les trois agents remontèrent à leurs bureaux.
Quand Abby rejoint les agents, il était déjà vingt-deux heures. Elle trouva seulement Tony. Il ne remarqua sa présence que quand elle lui demanda où était Khâny. Il leva les yeux et ne put s’empêcher une moue de surprise. Abby portait un petit cercueil noir dans ses bras. Abby lui annonça fièrement qu’il y avait des bonbons à l’intérieur et que c’était pour remercier Khâny de l’avoir sauvée. Tony lui fit remarquer qu’elle allait sans nul doute être ravie, mais qu’elle était partie à Bethesda pour analyser les échantillons de sang des soldats sur place. Abby sembla déçue et dut partir quand Gibbs revint et lui ordonna d’aller se reposer chez elle. Elle fit tout de même promettre à Tony de donner le cercueil à Khâny. Cette dernière revint à plus de trois heures du matin, bredouille ou presque. La salle principale dans laquelle se trouvaient tous les bureaux des agents du NCIS était plongée dans le noir. Quelques halos de lumière filtraient par l’immense baie vitrée. Anthony était déjà profondément endormi, couché comme à son habitude sur sa chaise de bureau. Gibbs n’était pas là. Sans nul doute était-il lui-aussi étendu quelque part. Elle s’installa à son bureau, alluma la petite lampe le temps de ranger ses affaires. Puis elle sortit le coussin qu’elle avait amené à tout hasard le matin même, elle éteignit la lampe et s’allongea sur le sol. Ce fut Anthony qui la réveilla, café et croissants dans les mains. Elle avait l’impression qu’elle venait tout juste de fermer les yeux. Elle le remercia, se releva et fut frappée par la lumière déjà éblouissante du jour. Il était huit heures moins quart. Elle avala son thé, dissimulé dans une tasse à café, ses croissants et se rendit aux toilettes pour faire un brin de toilettes. Quand elle revint, Gibbs était là. Elle leur expliqua le peu qu’elle avait découvert sur ce qui infecté les soldats de Norfolk. Il s’agissait d’un agent pathogène inconnu jusqu’alors. Il plongeait toute personne le respirant dans un sommeil paradoxal. On ignorait comment les réveiller. Mais le problème résidait dans le caractère instable de cet agent. En effet, au-dessus de 40° Celsius il explose et contamine toute personne alentour ; si le porteur est trop agité, il explose et contamine toute personne alentour ; si une personne entre en contact avec du sang contaminé, il l’est à son tour. C’est ce qui s’était passé dans le laboratoire d’Abby. La centrifugeuse fait monter les échantillons à de hautes températures. Le problème est que les corps des soldats tentent de se défendre et cela crée de forte fièvre. Heureusement, l’accident au laboratoire avait servi d’avertissement et la température des soldats était en permanence maintenue entre trente-huit et trente-neuf degrés Celsius à l’aide de glaçons si cela s’avèrait nécessaire. Tout cela n’était pas logique. Pourquoi endormir toute une base et ne dérobait que les caméras de surveillance ? Et puis comment si étaient-ils pris pour répandre le virus ? Il devenait nécessaire d’interroger les trois hommes que Khâny avait blessés. Un par un, Gibbs les interrogea tandis que Khâny et Anthony l’observaient derrière le miroir. Aucun d’entre eux ne dit un mot, même pas l’ex recrue Nicolson blessé au genou. Après plus d’une heure d’interrogatoire, Gibbs sortit passablement énervé. Anthony lui avait préparé un café qu’il ingurgita à une vitesse époustouflante.
« - Et si nous nous trompions depuis le début.
- Pardon ?
- Et si la base de Norfolk n’avait été qu’un test pour leur produit ?
- De quoi parlez-vous Khâny ?
- Vous l’avez vous-même dit Gibbs, çà n’a aucun sens.
- Mais pourquoi s’en serait-il pris à une base de la marine ? Ils savaient qu’on les rechercherait.
- Certes, mais ils ne s’attendaient pas à nous trouver si rapidement sur leur chemin. Quels meilleurs cobayes que des soldats pour tester ce genre de produits ? Surtout que personne n’est au courant. Le NCIS ne va surtout pas ébruiter l’affaire dans les médias. Ils ont tout loisir de se servir de leur produit ailleurs.
- Pour quoi par exemple ?
- Je n’en sais rien, mais nous ferions mieux de trouver. Imaginer l’attaque d’une banque sans mort, d’un fourgon blindé, du Pentagone, que sais-je encore ?
- Très bien, tous les deux, vous me cherchez quelle cible pourrait être prise ! »
La tâche était titanesque. Finalement à treize heures, Anthony se releva et s’avança vers Gibbs en allumant l’écran central. Il afficha l’itinéraire d’un fourgon ferroviaire transportant plusieurs tonnes de déchets chimiques en tout genre. Le fourgon était fortement gardé mais avec le nouveau gaz, d’éventuels assaillants n’auraient aucun mal à stopper le convoi et à s’emparer de son contenu. Le problème était que les gardes appartenaient au FBI. Gibbs se leva aussitôt et monta au MTAC. Khâny en profita pour joindre quelques-uns uns de ses contacts au FBI pour connaître le nom de celui qui dirigeait les opérations du convoi. Tandis que Gibbs revenait en ayant fait chou blanc, Khâny avait obtenu le nom du dirigeant : l’agent Dick Flanigan, un ami. Ils les attendaient à un arrêt de gare dans trente minutes. A leur arrivée, tous les hommes portaient des masques à gaz. Ils repasseraient pour la discrétion. Les agents du NCIS furent accueillis par un des agents subalternes. Anthony et Khâny montèrent à bord du convoi tandis que Gibbs suivait en voiture. L’attaque survint une demi-heure plus tard. Le gaz se répandit par les conduites d’aération et envahit complètement les wagons. Ce n’était pas le même aspect que dans le laboratoire d’Abby. Khâny bloqua sa respiration et entraîna Anthony à l’extérieur du wagon tandis que les hommes du FBI tombaient comme des mouches. Ils montèrent sur le toit et constatèrent qu’ils se trouvaient au milieu de nulle part. Le train avait été détourné. Il n’y avait aucun homme ennemi dans les wagons, seulement dans la locomotive. Il fallait détacher les wagons et se laisser redescendre dans la vallée. C’était risqué mais çà aurait été pire s’ils laissaient les déchets tomber dans leurs mains. En s’accrochant autant que possible sur le toit du train lancé dans une montée, les deux agents parvinrent jusqu’à la jonction entre la locomotive et le wagon. Ce fut Anthony qui se chargea d’aller dévisser l’énorme écrou. Il ne fallait pas qu’il soit repérer par les hommes dans la locomotive. Il parvint à détacher les wagons qui aussitôt prirent le chemin inverse, si bien qu’Anthony fut projeté contre la porte du wagon et Khâny roula sur le toit du wagon avant de parvenir à se rattraper in extremis. Khâny rejoignit Anthony et l’aida à remonter sur le toit. Ils se rendirent à l’arrière du train où devait se trouver un frein. La locomotive avait déjà fait chemin inverse. Ils contactèrent Gibbs afin qu’il puisse mettre en place un arrêt de sécurité pour les wagons. Ce dernier acquiesça mais ce type d’arrêt n’était envisageable que dans la vallée, les wagons seraient donc lancés à pleine vitesse et le choc serait rude. Il fallait mettre les agents du FBI en sécurité. Tandis qu’Anthony restait dans le wagon de tête pour surveiller l’avancée de la locomotive, Khâny alla récupérer les agents du FBI, le gaz ayant fini de se disperser. Anthony la rejoignit bientôt, la locomotive n’était plus en vue. Gibbs avait fait placé des barrages pour la stopper et lui-même avait rejoint les hommes chargés de l’opération. Tout comme les soldats de Norfolk, il semblait impossible de réveiller les agents du FBI. Ils devaient mettre onze minutes et quarante six secondes pour atteindre l’arrêt d’urgence. Il ne leur restait plus que trois minutes et sept secondes. Les wagons avaient tant de vitesse désormais que les deux agents ne pouvaient plus rester debout. Ils se blottirent l’un contre l’autre pour se protéger. Ils s’étaient placés le dos contre la paroi du wagon qui se trouvait dans le sens de la descente. Malgré cela le choc fut violent et les deux agents perdirent connaissance. Un amas de ferrailles s’abattit sur le compartiment. Les secours eurent besoin de temps avant de pouvoir agir. Il fallait attendre que la poussière créée retombe, puis l’équipe de nettoyage chimique devait récupérer les déchets, enfin les secours pourraient intervenir pour sortir les agents du FBI et du NCIS. Gibbs arriva quatorze minutes après l’arrêt du convoi et les agents n’avaient toujours pas été sortis. Le spectacle était apocalyptique. Les cinq wagons du convoi étaient tellement entremêlés qu’il était impossible de les distinguer. L’équipe de nettoyage avait déjà enlevé la moitié du chargement et, fort heureusement, aucun déchet ne s’était échappé de son conteneur.
Quand Anthony revint à lui, il eut l’impression que son corps était entièrement disloqué. Il avait mal partout. Il essaya de s’étendre mais ne put y parvenir. Il essaya de bouger son bras pour trouver Khâny mais n’y parvint pas. Il faisait noir comme dans un four et il se sentait écraser. Il mit toute sa force à soulever ce qu’il y avait au-dessus de lui et parvint à faire bouger une grosse plaque de métal, l’arrière du wagon !Il eut alors plus de mouvement et plus de lumière. Il y avait beaucoup de sang dans le wagon, mais miraculeusement lui ne semblait rien avoir, sans doute l’arrière du wagon l’avait-il protégé. Il vit alors Khâny inconsciente et à demi coincée sous des décombres juste à côté de lui. Il entreprit de la dégager et lorsqu’il souleva un lourd pilier métallique qui lui écrasait la jambe, elle se réveilla en sursaut. D’instinct, elle sortit son couteau et lui mit sous la gorge. Il n’esquissa plus un mouvement et lui rappela qui il était. Elle semblait en état de choc. Après quelques secondes, elle reprit ses esprits, inspira profondément et baissa son arme au grand soulagement de son collègue qui ne s’était pas attendu à une telle réaction. Il l’aida à complètement se dégager. Elle était légèrement blessée aux bras, mais rien de grave. Si eux se portaient bien, ce n’était pas le cas pour tous les agents du FBI. Certains se trouvaient dans une drôle de posture, le corps complètement démantibulé. On aurait dit des pantins. Anthony se retint de vomir. Ils essayèrent de trouver la sortie, mais il ne semblait plus y avoir aucune porte. Ils se rassirent donc au fond du wagon. De toute façon, il ne manquerait pas d’air, étant donné que de la lumière parvenait jusqu’à eux, il n’y avait pas de raison que l’air ne suive pas. Néanmoins la chaleur commençait à monter de façon ostensible à l’intérieur du compartiment et les cadavres à leurs côtés dégageaient déjà une odeur pestilentielle. Assis l’un à côté de l’autre pendant un temps qu’ils ne pouvaient plus mesurer (leurs montres et leurs portables ayant été réduits en miettes), ils sombrèrent lentement.
Après plus d’une heure d’extraction de diverses ferrailles, Gibbs n’en pouvait plus. Il était fou d’inquiétude pour ses agents. L’agent Fornell du FBI était là lui-aussi, tout aussi inquiet que Gibbs pour les siens. Ils se disputaient sur le fait que décidément le FBI n’était pas fiable, et cetera, et cetera, quand un des agents de l’équipe de secours annonça qu’ils avaient trouvé le dernier wagon. Il était complètement défoncé. Par endroit, le toit était si enfoncé qu’il devait presque toucher le plancher du wagon. A partir de là, les secours ne pouvaient plus utiliser les chalumeaux, de peur de blesser les éventuels rescapés. Aucun son ne montait de l’intérieur du compartiment. Gibbs et Fornell aidèrent à désincarcérer le toit du compartiment. Quand ce fut chose faite, beaucoup d’agents des secours furent obligés de tourner la tête pour ne pas vomir. Il y avait du sang partout et des corps dans tous les sens. Gibbs voulut entrer dans le compartiment mais les secours l’en empêchèrent. Il pouvait écraser des survivants, y compris ses hommes. Ils commencèrent à dégager les agents les uns après les autres, les libérant de leur prison de fer. Ils devaient retrouver quarante deux agents du FBI et deux du NCIS. Après dix minutes, ils avaient déjà sortis trente-cinq agents du FBI dont vingt cadavres. Il leur fallut encore dix minutes pour retrouver trois agents fédéraux vivants. Il restait donc quatre agents du FBI et les deux du NCIS. Au fur et à mesure, les secours ôtaient d’immenses plaques de fer. Une d’elle s’était écroulée sous leurs pieds après qu’ils aient retrouvé les trente-cinq premiers agents. La chaleur rendait la tâche encore plus difficile. D’une part, l’odeur du sang commençait à être particulièrement tenace ; d’autre part, il devait faire une chaleur harassante pour les survivants sous les plaques de métal. Pour retrouver les six qu’ils restaient, la tâche s’avéra plus difficile et plus pressante mais ils y parvinrent finalement. Les deux agents du NCIS étaient assis contre la paroi du wagon, l’un contre l’autre, aux côtés de quatre autres cadavres. A voir la pâleur de leur visage, Gibbs crut d’abord qu’il était trop tard. Il se précipita à leurs côtés. Ils respiraient toujours. Ils furent rapidement conduits à l’hôpital le plus proche. Gibbs fut rapidement rassuré sur leur sort. Si l’agent Richter était légèrement blessé au bras droit, c’était sans gravité et l’agent Dinozzo n’avait aucune blessure apparente. Un vrai miracle. Le seul fait inquiétant était la forte déshydratation qu’ils avaient subie mais d’ici à deux ou trois jours il n’y paraîtrait plus. Gibbs voulut les voir, mais ils étaient toujours inconscients. Il se résigna à les quitter et à rejoindre Washington où ses prisonniers l’attendaient. Il y avait trois hommes dans la locomotive qu’il était parvenu à arrêter. Il devait les interroger rapidement et découvrir s’il planifiait d’autres attaques, s’ils avaient d’autres complices, et surtout comment soigner les soldats de Norfolk et les agents du FBI.
Lorsque Khâny se réveilla, la luminosité l’obligea à plisser les yeux. Elle sentit les aiguilles dans ses bras et il ne lui en fallut pas plus pour comprendre qu’elle se trouvait à l’hôpital. Elle avait la gorge horriblement sèche. Elle chercha la table de chevet sur laquelle elle trouverait, censément, un verre et un pichet d’eau. Elle aperçut alors Anthony étendu dans le lit voisin du sien. Elle essaya de l’appeler et fut surprise par sa voix. Elle avait voulu parler fort et c’est à peine si elle avait entendu le prénom qu’elle avait prononcé. Elle se leva péniblement et s’approcha du lit de son collègue en tirant derrière elle son goûte à goûte. Il dormait et ne semblait pas souffrir. Elle l’appela de nouveau en le secouant légèrement. Il ouvrit les yeux. Ses magnifiques yeux bleus que Khâny avait remarqués lors de leur première rencontre. Il lui sourit et elle fit de même. Pour une première enquête en tant qu’agent du NCIS, il y avait eu du mouvement ! Rassurée sur le sort de son collègue, elle regagna son lit. Trois jours plus tard, ils étaient de retour au NCIS. Même s’il ne pouvait toujours pas parler très fort, ils étaient en parfaite santé. A peine étaient-ils entrés dans la grande salle qu’Abby se précipita sur eux ou plutôt dans leurs bras. Elle leur expliqua qu’elle s’était inquiétée pour eux et que si Gibbs n’avait pas eu besoin d’elle, elle serait allée les voir à l’hôpital. Les deux agents la remercièrent et demandèrent à leur patron où en était l’enquête. Gibbs leur expliqua qu’il était parvenu à faire parler un des hommes. Ce dernier lui avait indiqué leur planque et il y avait trouvé un chimiste qui lui remit, bon gré, mal gré, l’antidote contre le gaz. Ainsi tous les soldats de Norfolk s’étaient réveillés ainsi que les dix-huit agents survivants du FBI. L’agence fédérale avait payé cher la défense de ce convoi. Après avoir été renvoyés du corps des marins, les deux hommes voulaient se venger et avaient rejoint un groupe de voleurs. Ils avaient recruté un chimiste qui venait tout juste de créer un gaz qu’il souhaitait tester grandeur nature. La base de Norfolk leur avait bel et bien servi d’essai. Ils auraient revendu les déchets chimiques à un groupe terroriste. Il fallait désormais remonter jusqu’à ce groupe terroriste. Malheureusement, le groupe n’avait jamais eu d’autres contacts que téléphoniques et les recherches avaient abouti dans des culs de sac. Dans l’immédiat, il n’y avait donc plus rien à faire. Il les félicita pour leur travail et les renvoya chez eux dès qu’ils auraient terminé leur rapport. Ils se mirent à leur bureau respectif et Khâny entama son tout premier rapport en tant qu’agent spécial du Service d’Enquête Criminel de la Marine (Naval Criminal Investigation Service) aussi connu sous le nom de NCIS. Elle avait enfin trouvé sa place.
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