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Pas avec lui

Kate avait frappé deux petits coups à la porte de chez Gibbs. Elle se sentait assez nerveuse mais elle ne voulait pas reculer : elle avait besoin de lui parler…
Plusieurs secondes s'écoulèrent avant qu'il ne lui ouvrît la porte ; comme si, par précaution, il était venu très lentement vers celle-ci pour éviter de se faire entendre et pouvoir ainsi ne pas ouvrir s'il n'en avait pas envie ou si la personne qui voulait le voir ne lui inspirait pas confiance.. Q uelque chose qu'elle faisait aussi parfois d'ailleurs...

Son cœur s'emballa lorsqu'elle croisa son regard dont l'intensité la troublait souvent et, de plus, elle ne s'attendait pas à le voir en jean , qu'il portait aussi bien que le costume d'ailleurs.

Il semblait un peu surpris mais pas spécialement énervé par cette visite à l'improviste , ce qui ne l'empêcha pas de demander instinctivement:

- Je ne te dérange pas j'espère ?
- Non, pas du tout. E xcuse-moi si j'ai l'air un peu surpris mais c'est juste que j'ai tellement peu l'habitude de recevoir des visites… Il faut dire que je n'invite personne non plus. C‘est mon côté un peu "ours" j'imagine…
Elle eut envie de dire: tu ne reçois même pas une certaine femme rousse qui est déjà venue deux fois te chercher ? M ais cela lui sembla déplacé sur le moment…
Alors, elle dit juste:
- M oi non plus je n'invite pas grand monde , tu sais.. 
M ême pas… Ah ! Comment il s'appelait déjà ? Dwayne ou quelque chose comme ça… M ais qu'est-ce que c'était que ce prénom ?: Mais à Gibbs aussi il sembla que ces mots étaient déplacés, d'autant plus qu'il pouvait parler lui avec son "Jethro".. Alors, il dit simplement: 

- Entre, je t‘en prie. 
Cependant, ils avaient tout deux eu le temps de déceler chez l'autre l'envie de poser une question qui aurait pu paraître indiscrète... M ais en même temps, l'était-elle vraiment ? Pouvaient-ils encore se cacher derrière l'idée qu'ils n'étaient que des collègues de travail ?

Elle entrevit au bout du petit couloir sur lequel donnait la porte d'entrée ce qui semblait être le salon , mais ce qu'elle remarqua surtout dans la maison de Gibbs, c'était qu'il y avait un accès à la cave - ou ce qu'il appellerait peut-être plus volontiers son atelier - juste après la porte d'entrée ; c'était assez rare , mais cela devait probablement être très pratique pour lui.
- Comment va Tony ? demanda Gibbs , en partie pour tenter de dissiper le silence troublant qui s'installait mais aussi parce qu'il tenait vraiment à avoir des nouvelles de son jeune collègue.
- C a va. J uste avant que je parte, Ducky lui disait qu'il fallait quand même qu'il l'examine pour être sûr que ça allait.

FLASHBACK

(Tony) - C a va, je t'assure… 
- Il ne faut rien négliger tu sais… Tu n'as pas un petit mal de tête… ou des nausées..?
- M aintenant que tu le dis…

FIN DU FLASHBACK

- Il est entre de bonnes mains, dit Gibbs en souriant.
- Je sais… E t elle ajouta: J 'ai appelé Abby il y a une vingtaine de minutes et elle m'a dit :

FLASHBACK

(Laboratoire d'Abby Sciuto)

(Abby) - A part quelques petites nausées - u n des effets secondaires de la drogue qu‘on lui a fait ingér er - il ne semble rien avoir de grave, mais comme tout bon docteur, Ducky lui a conseillé de se faire examiner à nouveau et de passer une radio si d'autres symptômes apparaissaient dans quelques jours. E t, tu sais, avant que Ducky ne l'examine, je suis allée voir Tony, et lorsqu'il m'a vu e , il s'est pris la tête entre les mains comme si , finalement, il se sentait très malade… J'ai mis ma main sur son front et je lui ai dit: *

- Oui, tu sembles un peu fiévreux mais tu vas t'en sortir…
- Tu crois ? 
- M ais oui… E coute, comme je sors ce soir et que Kate est déjà partie, je suis désolée mais il semble qu'il n'y aura pas spécialement de présence féminine près de toi pour cette visite médicale… Ça va aller ?
- Je survivrai… Tu vois McGee ce soir ? 
(Ducky) - Tony, ce ne sont pas des choses qu'on demande à une dame… 
Abby mont a dans l'ascenseur:

- Je lui donnerai de tes nouvelles… dit-elle lorsqu'elle se retourn a vers Tony.
- Alors, tu le vois ! cria Tony avant que les portes de l‘ascenseur ne se referment.

FIN DU FLASHBACK

 

(Gibbs) - J'aurais bien aimé le voir à ce moment là…
- Moi aussi… M ais ne dis pas à Tony que je t'ai dit ça !
- Promis… E n fait, j'ai essayé aussi d'appeler Abby mais j'ai eu l'impression qu'elle avait éteint son portable… E t donc elle sortait avec McGee ce soir.. dit-il , l'air faussement innocent.
- Il semblerait bien, dit-elle, aussi amusée qu‘attendri e par le regard presque paternel que Gibbs semblait porter sur Abby depuis longtemps.
- C a t'embête qu'elle sorte avec lui ? 
- Non, il est brillant et gentil… Bon ! Il manque encore un peu d'assurance et c'est vrai que parfois sa manière de douter trop de lui m'agace un peu , mais il semble sincère et de confiance. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Oui, pour moi, il l'est aussi, dit-elle d'un ton rassurant.
- Je crois juste que j'ai besoin d'un peu de temps pour.. 
- …te faire à l'idée
- Exactement ! répondit en lui souriant avec douceur.
- Tu étais en train de travailler ?
- Sur mon bateau, tu veux dire...
Elle hocha la tête.
- Tu veux le voir ?
- Oui, je veux bien… D epuis le temps que j'en entends parler !
Il ouvrit la porte qui donnait sur son atelier.
- Je t‘en prie.
Il l‘invitait à descendre la première , ce qu'elle fit , ne sachant pas trop quoi dire pendant un instant, et le premier mot qu'elle prononça n'en était pas vraiment un en fait:
- Whaou ! J'aurais du mal à discuter avec toi de charpente et de construction navale , mais même la novice que je suis en ce domaine peut voir que c'est du beau travail, dit-elle d'un ton admiratif.
- Merci… P arfois, il m'arrive de ne donner que quelques coups de rabot: aller vite ne m'intéresse pas. C a risque de faire un peu cliché, mais est-ce que tu veux boire quelque chose? D u café ?
- Non, ça va, merci, j e crois qu'il ne faut mieux pas : j 'en ai déjà pris quatre aujourd'hui ! M ais autrement, tu sais, tu n'es pas vraiment du genre à faire cliché… 
Leurs regards se mêlèrent d'une manière troublante…
- Merci, je prends ça comme un compliment… 
- C'en est un…
P uis Gibbs sembla essayer de se reprendre et se concentra à nouveau sur la cafetière qu'il tenait:
- Et moi, j'en ai déjà bu six et je sais que je suis un peu « accro », mais comme on dit, c'est promis, c'est la dernière... E t puis, je ne vais m'en servir qu'un fond de tasse… Il v aut mieux…
Il en but une gorgée et ajouta:
- Déjà que j'ai parfois du mal à dormir…

Cait baissa la tête une seconde , ne pouvant s'empêcher de revoir le visage de Gibbs en train de scruter les photos de ces hommes qui défilaient sur son ordinateur , pour essayer de retrouver le visage de celui dont elle était venu lui parler ce soir… M ais elle craignait sa réaction…
Gibbs vit qu'elle semblait triste et lui demanda instinctivement:
- C a va ?
E t elle ne put pas s'empêcher de dire:
- Tu sais, tu n'es pas obligé de me le cacher… J e sais que c'est surtout autre chose qui t'empêche de dormir. O u plutôt quelqu'un d'autre. 
Elle vit son expression s'assombrir comme si un masque voilait à présent la douceur qu'elle y voyait encore il y a quelques secondes à peine, et lorsqu'il la regarda, il lui sembla voir un reproche et de l'incompréhension. E t en effet, il n'avait pu s'empêcher de penser : on était si bien, pourquoi fallait -il que tu parles de lui ?
- Est-ce qu'on est obligés d'en parler ? 
- Non, mais j'aimerais quand même bien qu'on le fasse, parce que j'ai l'impression que parfois, tu es mal à l'aise en ma présence lorsqu'il t'arrive de penser à lui et de revoir ce qui s'est passé… E t je sais que ça arrive souvent alors si tu m'en veux, dis-le moi !
- Je ne t'en veux pas Kate, et ta présence ne m'a jamais mis mal à l'aise. Mais je ne peux pas nier que ça m'énerve et que ça me fait peur que tu aies pu être… troublée par un type aussi ambigu !
- … E t tu crois que ça ne me met pas mal à l'aise moi d'avoir ressenti ça ? Le jour où ça s'est passé, je n'osais pas vous regarder dans les yeux, toi, Tony, Ducky et Abby, tellement j'avais honte d'avoir eu ce moment de faiblesse et de n'avoir pas su réagir au bon moment. E t c'est encore le cas maintenant. M ais j'ai besoin que tu me crois quand je te dis que je serais incapable de trahir notre équipe, incapable de trahir mon pays et de te trahir… E t que je suis aussi lucide par rapport à lui…
- Kate, tu es un très bon agent et je n'ai jamais douté de toi et de ton intégrité. J e sais bien que tu lui en veux aussi … et tu n'as vraiment pas à te sentir coupable pour ce qui s'est passé dans cette salle d'autopsie, parce que je crois que personne n'aurait pu empêcher que Gerald soit blessé. C e type nous a tous déstabilisé s en un sens, même moi qui croyai s pouvoir garder le contrôle de la situation. Et ce qui me fait le plus peur, c'est qu'il ait res senti cela, qu'il ait pu nous atteindre d'une certaine manière et qu'il essaie de nous séparer...
- Je ne le laisserai s pas faire ça ! Ce n'est pas avec lui que je veux être !
Il laissa à nouveau son regard se mêler à celui de Kate: il semblait avoir tellement envie de croire en ce qu'elle ressentait pour lui et en ce qu'il éprouvait lui-même, mais tellement peur aussi... Il baissa à nouveau les yeux.
- Kate, tu sais, j'ai déjà cinquante ans… dit-il presque avec tristesse.
- Mais ce n'est pas vieux ! T u n'es pas vieux… T on regard ne l'est pas en tout cas… ( E lle se rapprocha encore un peu plus de lui, comme pour rechercher à nouveau celui-ci) J'ai cru un instant pouvoir me fier à son regard… P our savoir ce qu'il allait faire… M ais j'ai réalisé que j'avais surtout peur de lui et que je ne pourrais jamais lui faire confiance. A vec toi, ce n'est pas le cas… 
I l leva à nouveau les yeux vers elle.
- Tu es mystérieux mais tu n'es pas ambigu… T u as du charme mais tu n'es pas prétentieux … T u es orgueilleux, mais qui ne l'est pas ? E t enfin, tu ne te confies pas souvent c'est vrai, tu as besoin de te sentir vraiment en confiance, mais lorsque tu le fais, tu es sincère, et même si je chamaille très souvent avec Tony, il y a une chose qu'il a dit e tout à l'heure à ton sujet et qui est très vraie: « Je savais bien que le coup du Marine sans coeur, c'était en fait qu'une façade.. ». P our t'avoir vu t'inquiéter pour lui et pour chacun de nous, je sais aussi que c'est vrai, et que ce côté « grognon » que tu as est loin de te résumer…
- M a fichue maladresse ! M ais je nierai avoir dit ça…, ajouta-t-il en lui souriant malicieusement.
- Ton secret est bien gardé avec moi…
- Je sais… E t je crois que je ne te remercierai jamais assez de me dire quand tu me trouves trop « grognon ». J 'apprécie ta franchise, j'en ai besoin… J ‘ai réalisé que, pendant longtemps, je n'avais pas toujours appliqué et connu cela d'un "point de vue" privé…
- Je ne t'imagine pas être hypocrite.
- Je ne dirais pas hypocrite, mais je me suis menti à moi-même, en croyant pouvoir préserver une vie de couple alors que j'en étais venu à considérer mon travail comme bien plus important, et cela peut-être parce que nous ne semblions finalement pas faits pour nous entendre comme on l'avait cru... J'ai l'impression d'avoir répété trois fois les mêmes erreurs… M ais cette fois, j'ai envie que ce soit différent… E tre resté seul depuis mon troisième divorce m'a au moins appris une chose : le bonheur est tout sauf une illusion, on ne peut pas tricher avec... J'ai attendu de rencontrer quelqu'un avec qui je me sente vraiment bien pour imaginer pouvoir le ressentir, mais à présent, je sais que j'ai trouvé cette personne… Je me sens bien avec toi, Cait, mais j'ai juste besoin d'être sûr que nous ressentons la même chose… 
- Moi aussi…, lui dit-elle d'une voix fragile.
E t elle se blottit tout contre lui et déposa un baiser très doux sur ses lèvres, avant de sentir avec bonheur ses bras l'envelopper et la serrer très fort, et ses lèvres l'embrasser à son tour et rendre ce baiser plus ardent mais tout aussi doux…
Ils restèrent plusieurs secondes l'un contre l'autre, laissant trois petits mots qu'ils avaient craints de dire jusqu'à maintenant être murmurés… 
- Je t'aime…
Ils étaient tout simplement heureux…

Kate ne voulait pas gâcher ce moment mais elle avait besoin de lui dire:
- Gibbs…
- Tu sais, si tu veux, tu peux m'appeler Jethro... 
- Tu préfères Jethro ?
- Jethro ou Gibbs, j'aime bien les deux... C 'est comme tu veux.
- Il y a juste quelque chose qu'il faut que je te demande...
- Oui, bien sûr. 
- Je sais que ça peut paraître bête, et je t'assure, je te fais confiance, mais je crois que j'ai juste besoin de savoir qui est cette femme rousse qui est déjà venu e te chercher en voiture... 
Il baissa la tête une seconde, penaud, gêné à l'idée de ne pas lui en avoir parlé plus tôt, mais il avait eu si peur qu'en fait, elle ne l'aime pas… S i peur d'aimer… D e se laisser aller à ressentir cela à nouveau après avoir connu trois divorces…, qu'il était resté un long moment comme prisonnier entre son ancienne vie, ses anciens amours, et celui qu'il éprouvait déjà pour elle et face auquel, ne sachant pas comment réagir, il avait jusqu'à présent reculé à chaque fois qu'il avait essayé de l'exprimer, et de l'affronter si on pouvait dire ça… P our un sentiment si doux en fait…
- C'est ma première ex-femme, Laura. P ar rapport aux deux autres, j'ai plutôt gardé de bons contacts avec elle, mais ce n'est plus qu'une amie, je t'assure. Elle avait su pour mon deuxième divorce et ça ne marchait pas très fort pour elle non plus, alors nous nous étions créé un petit rituel… D éjeuner ensemble de temps en temps, quand l'un de nous deux avait le cafard ou les deux même… et elle était là quand mon troisième mariage a aussi pris une tournure chaotique...
- Je sais que je ne te l'ai jamais dit, mais je suis désolée que ça se soit passé comme ça.
Il la savait sincère et ses mots le touchaient d'autant plus..
- Merci. 
- Ecoute, la femme un peu jalouse qu'il y a encore en moi et que tu ne trouves pas détestable j'espère en ce moment préférerait, c'est vrai, te garder près d'elle et plus loin de tes anciens amours, mais je ne peux pas te séparer des gens et des femmes que tu as connus sous prétexte que je t'aime… C e ne serait pas juste… M ais je crois que je t'ai demandé ça parce que j'ai peur, au fond, qu'elle soit encore amoureuse de toi…
- Ne t'inquiète pas, j'aurais eu la même réaction que toi… S i un de tes ex-petits amis venait te chercher au bureau, je crois que je serais un peu inquiet aussi, même si j'ai confiance en toi. M ais tu sais, pour Laura… Je ne peux pas parler en son nom mais je crois qu'elle a deviné qu'il y avait quelqu'un d'autre. La dernière fois qu'on a déjeuné ensemble, elle m'a dit:

FLASHBACK

-Toi, tu sembles ailleurs... Je ne sais pas avec qui et je crois que je ne préfère pas le savoir, mais il faudrait peut-être mieux pour nous deux qu'on arrête de se voir… Tu ne crois pas ? 
- Si, je crois que tu as raison… E t tu sais, Laura, j'espère sincèrement que tu rencontreras quelqu'un avec qui tu puisses aussi te sentir bien...
- Je sais... 

FIN DU FLASHBACK

- Elle semblait un peu triste lorsque je suis parti mais je crois qu'elle préférait quand même savoir la vérité.
- Je crois que Dwayne avait deviné aussi… M ais il l'a plus mal pris.
Gibbs la regarda d'un air inquiet:
- Il ne t'a pas fait de mal ?

- Non, non… N e t'inquiète pas, je l'aurais pas laissé faire ça... et je l'aurais même détesté pour ça. M ais là, c'est plutôt à moi que j'en ai voulu… D 'avoir cru à une illusion et de m‘être, comme tu disais, menti à moi-même, et de l'avoir blessé en faisant cela, parce que peut-être qu'il y croyait vraiment lui…
- Je sais par expérience qu'il est malheureusement impossible de ne pas faire souffrir et de ne pas souffrir soi-même quand ça ne marche pas… O n ne peut jamais prédire dès le début comment ça va se passer entre deux personnes... M ais il me semble qu'il y a quand même des signes qui peuvent mettre en garde ou au contraire encourager... Tu ne crois pas ?
- Si… J e le crois aussi, lui dit-elle avec un sourire confiant et amoureux, avant de se blottir à nouveau tout contre lui…

Elle avait envie aussi de prendre ce chemin… P rofiter du présent... E spérer pour l'avenir... E t ne pas se retourner sur le passé.

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