EPILOGUE
- Il n’y a pas de meilleur moment pour ça, tu vas voir ! Affirma Jared McTirnan à son ami.
- Mouais, tu parles ! Bougonna son compagnon. On pèle ! Je te rappelle qu’il est à peine 7h du mat et qu’on est encore en Mars… C’est pas franchement la saison pour aller se baigner !
Les 2 adolescents traînèrent néanmoins leurs planches à voile plus bas sur la plage. A cette heure matinale, peu de personne avait osé s’aventurer sur l’étendu de sable humide et encore moins mettre un pied dans l’eau salé. C’était justement pour cette raison que Jared avait forcé son ami à le suivre si tôt.
- Arrête un peu de te plaindre ! Se moque-t-il. Qu’est-ce qu’on pourrait vouloir de plus que ça ? Une plage déserte, une mer houleuse, un vent side shore…
- Et une eau qui dépasse à peine les 5°C…
- Bon sang ! T’es une vraie nana toi !
- Non, je suis censé.
- Et bien, restes là fillette ! Moi, je compte bien en profiter et m’éclater…
Saisissant alors sa planche, Jared fonça vers l’eau sombre de la Chesapeake Bay. Il s’installa à califourchon sur sa planche, comme l’exigeait tous départ en Beachstart, et pagayant de ses mains, il s’éloigna de la plage. « A quoi pouvait-on rêver de plus ? » Songea-t-il alors qu’un rictus de satisfaction venait étirer les traits de son visage juvénile. Lorsqu’il se fut suffisamment éloigné de la plage, le jeune homme mit les pieds sur sa planche et redressa sa voile. Il trouva rapidement un courant et bientôt sa silhouette, se fondant dans celle de sa planche, se détacha de l’horizon encore pâle du matin.
- Ah, le bonheur total ! Soupira-t-il d’aise.
Mais à peine eut-il prit le temps de savourer la perfection de cet instant que sa planche heurtait violemment un obstacle et l’éjectait à la mer. Il sortit la tête des vagues une seconde plus tard, furieux.
- Saleté de pollueur ! Jura-t-il en saisissant le paquet flottant à l’origine de sa chute.
Entre ses doigts, il tenait l’uniforme d’un militaire. Mais Jared se figea brusquement. Une vague venait de soulever le paquet et ce n’est pas un morceau de tissu qui le heurta mais le corps sans vie d’un Marine…
SCENE 01
Le début de matinée s’annonçait calme aux bureaux du NCIS de Washington. Les Agents Spéciaux Gibbs et Todd étaient déjà devant leurs moniteurs, tapant un énième rapport d’enquête. Abby Sciuto, enfermée dans son laboratoire d’analyses, cherchait des empruntes sur une batte de base-ball à l’aide de son Polilight. Ducky et Gérald s’attelaient devant le corps pâle et rigide d’un matelot retrouvé la veille dans son salon, le crâne fracassé. « Probablement l’œuvre de la Batte qu’étudiait Abby ! » Avait tout de suite songer le médecin légiste. L’agent Balboa et son équipe étaient chargés de cette affaire. Aussi Gibbs et Kate étaient-ils paisiblement occupés par leurs paperasseries… Comme à son habitude, DiNozzo était en retard ; Cela arrivait souvent le lendemain d’un de ses nombreux rendez-vous galant…
Il était 9h passé lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur l’ancien policier. Gibbs fronça les sourcils et Caitlin ne put retenir un mouvement de surprise devant la mine renfrognée du nouveau venu.
- Comment se fait-il que l’on arrive à deviner comment s’est passé son rendez-vous rien qu’en voyant sa tête ? Fit remarquer Kate à son supérieur.
- Lâches moi ! Bougonna Tony en se laissant choir sur son fauteuil.
- Aie, si mal que ça ? Tu avais pourtant l’air emballé hier soir ?
- Bien, il faut croire que je ne suis pas infaillible…
- Dis-nous quelque chose qu’on ignore… Sourit Gibbs.
- Qu’est-ce qui n’a pas été ? Interrogea Kate.
- Elle dit plus de 3 mots…
- Hein ?
- Rien… Soupira Tony. C’est juste qu’elle était… Gentille.
- Et c’est mauvais qu’une femme se montre gentille ?
- Non, ce n’est pas ce que je voulais dire…
- Alors, tu voulais dire quoi ?
- Rien. Oubliez ça ! Soupira Tony
- Holà, c’est si grave que ça ?
- Non, c’était parfais. On peut parler d’autre chose maintenant ?
- Parler de quoi ? Intervint Abby en surgissant à leurs côtés.
- La soirée de Tony s’est très mal passée. Expliqua Kate.
- Kate, est-ce qu’on pourrait changer de sujet ? Répéta Tony visiblement gêné et agacé.
- Aie, tu t’es fait jeter ? Conclut aussitôt la jeune laborantine.
- Est-ce qu’on est pas censé travailler dans ce bureau ? Tenta d’intervenir Gibbs.
- Merci Patron. Soupira DiNozzo, soulagé que la conversation s’éloigne enfin de sa soirée ratée.
- On n’a pas de nouvelle affaire ; Il faut bien qu’on s’occupe… Se moqua Kate dans un haussement d’épaules.
- Alors, racontes ! insista Abby.
- Y a rien à dire. Soupira-t-il finalement. Elle était… insipide.
- Encore ? S’étonna Caitlin. Tu m’as déjà sortit cette excuse la semaine dernière à propos de la précédente. Comment elle s’appelait déjà ? Drew ? Alyson ?
- Elisa. Et c’est pas de ma faute si, de nos jours, toutes les nanas ont le même caractère !
- Depuis quand Tony s’intéresse-t-il au caractère des filles qu’il fréquente ? Ironisa la jeune gothique.
- Là, tu m’inquiètes Tony ! Appuya Kate.
A cet instant, le téléphone de Gibbs retentit, interrompant pour une seconde les sarcasmes des jeunes femmes. Gibbs décrocha et ignora volontiers la suite de la conversation.
- Il est en train de nous faire un p’tit coup de déprime ? Fit semblant de s’inquiéter Abby en venant prendre l’ancien policier par le cou.
- Abby… Soupira Tony.
- Bon, ce n’est pas que les états d’âme de DiNozzo m’indiffèrent, intervint Gibbs en raccrochant brusquement, mais des surfeurs viennent de ramener le corps d’un Marine sur une plage de Virginie du Nord. Prenez vos affaires !
- Génial ! S’exclama DiNozzo ravi.
- J’appelle Ducky ! Lança Kate tandis que déjà, ses compagnons prenaient la direction de l’ascenseur.
- Au revoir ? Tenta Abby dans un haussement d’épaules désabusé.
Mais les 2 hommes étaient déjà devant les portes de l’ascenseur et Kate était au téléphone ; Pas uns d’entre eux ne prit la peine de lui répondre… Elle se lança donc à la recherche de l’Agent Balboa.
SCENE 02
Le fourgon du MCRT (Major Case Response Team), reconnaissable à ses couleurs blanches et bleues et à l’emblème doré du NCIS sur ses flans, dominait déjà la plage de XXX lorsque les 3 agents s’y garèrent.
- Ducky a été rapide ! Remarqua DiNozzo avec un sifflement admiratif.
- Ou peut-être que c’est ta manière de conduire qui nous a fait perdre du temps ? Répliqua Gibbs en s’extirpant du véhicule de fonction qui les avait conduit jusque là.
- Quoi ? Qu’est-ce qu’elle a ma façon de conduite ? Je conduis très bien…
- Oui aussi bien que le faisait ma grand-mère !
- Alors qu’est-ce que tu dirais si Kate avait prit le volant ? Elle, elle conduit comme une grand-mère !
- Hey ! Tenta de protester la jeune femme.
- Mais mes cervicales seraient peut-être encore en un seul morceau. Conclut Gibbs l’air agacé.
Il ouvrit le coffre et en sortit leurs sacs contenant le matériel. Les 3 Agents revêtirent leurs blousons sombres sur les dos desquels s’affichaient fièrement les 4 lettres du NCIS. Et, après avoir enfilé leurs casquettes, ils descendirent le long des dunes, jusqu’au petit attroupement qui s’était formé en contrebas.
- Alors Ducky, qu’est-ce qu’on a ? S’enquit Gibbs en arrivant à hauteur de son ami.
- Salut Gibbs ! Vous en avez mit du temps ! S’étonna le Docteur Mallard accroupi auprès du cadavre.
- Tu régleras ce point avec DiNozzo plus tard. Alors ?
- Notre beau Marine flottait gentiment à quelques brasses de la plage. Ce sont ces gamins qui l’ont ramené sur la terre ferme.
Gibbs tourna son regard vers les 2 adolescents qui patientaient nerveusement non loin de là.
- Tony !
- Je m’en charge. Assura l’ancien policier en s’élançant déjà dans leur direction.
- Kate, photos et lasers.
- OK !
La jeune femme se saisit de son appareil photo et commença à mitrailler la scène.
- Tes premières constatations Ducky ? Poursuivit Gibbs.
- Oh, notre Marine n’a pas passé plus de quelques heures dans l’eau. La couleur de sa peau n’a pas encore complètement cyanosée… Regardes, seuls les extrémités de ses doigts sont bleues.
- Quelques heures ? C’est à dire ?
Ducky haussa les épaules.
- Moins de 24h. C’est tout ce que je peux te dire pour l’instant.
- Autre chose ? Continua Gibbs
- Tu vois ces petits points rouges autour des yeux ? Interrogea le médecin en désignant le visage du Marine mort.
- C’est quoi ?
- Ce sont des vaisseaux d’oxygène qui ont éclaté. A mon humble avis, notre ami est mort par suffocation.
- Une noyade ?
- Si je trouve de l’eau dans les poumons lors de l’autopsie, oui !
- Et cette tache sur le haut de son crâne, qu’est-ce que c’est ? Remarqua soudain Gibbs.
- Probablement l’impact d’un choc.
- Tu crois qu’il aurait put être frappé à la tête et ensuite jeté à la mer Ducky ?
- Je ne pense pas ; Regardes les contours de la blessure. Il n’y a pas la moindre trace de coagulation. Je parie que ce coup a été porté post mortem…
- Quel intérêt de frapper un homme déjà mort ?
- Aucun. Soupira Ducky. Mais si le corps a dérivé jusqu’ici, il s’est peut-être heurté à une corail ou un rocher.
- Je pencherais plutôt pour une planche à voile ! Intervint DiNozzo qui venait de réapparaître à leurs côtés. L’un des gamins dit que sa planche lui est rentré dedans et l’a éjecter à la flotte…
- Non, non, non Tony ! Protesta Ducky. Regarde. Cette marque sur la partie pariétale de son crâne est verticale. L’extrémité d’une planche à voile lui aurait laissé un trou béant ou une marque transversale. Non, je persiste à dire que notre beau Marine est mort noyé et que le coup venu ensuite n’a rien à voir avec ces jeunes !
- Si tu le dis. Accorda DiNozzo.
- Qu’est-ce que t’ont raconté les surfeurs ? Demanda Gibbs.
- On ne dit pas « surfeur ». « Surfeur » c’est pour ceux qui font… Bah, du Surf ! Pour ceux qui pratiquent de la planche à voile, on dit « Véliplanchistes »
- Tony !
- Hum, pas grand chose de plus : Il était à peine 7h quand ils sont venu pour faire de la planche. L’un d’eux a heurté un paquet et, en se rendant compte qu’il s’agissait d’un mort, l’a traîné sur la terre ferme.
- Combien d’adolescents qui trouveraient un cadavre auraient le cran de le remorquer à terre ? Admira Kate en rangeant son matériel. La plus part se seraient enfuit. Tout simplement !
- En fait, seul l’un des 2 l’a fait. L’autre avait réalisé que l’eau était trop fraîche pour qu’il aille se mouiller… Expliqua Tony.
- Ducky, je peux le toucher ? Demanda Gibbs à Ducky.
- Bien sur ! Rit le médecin.
L’Agent Gibbs sortit un portefeuille d’une poche de l’uniforme du mort.
- Le Major Kurt Ashe. Lut-il. Résident à Dale City.
- Et affecté sur le Croiseur USS Normandy. Intervint soudain une voix familière.
Les 4 compagnons de tournèrent vers le nouveau venu.
- McGee ? S’étonna Gibbs. Qu’est-ce que vous faites là ?
- Euh, c’est à cause de lui Monsieur. Expliqua-t-il en désignant le mort. Le Major Ashe aurait du quitter Norfolk hier midi sur USS Normandy mais il ne s’y est jamais présenté. Alors quand j’ai entendu parlé d’un Major mort ici… je, euh… Je suis venu.
- Vous avez fait 326kms depuis Norfolk jusqu’ici sans même être sur que ce Marine était celui que vous recherchiez ?
- Oh non Monsieur. J’étais chez… Euh, chez…
- Chez qui étiez-vous Agent McGee ? S’impatienta Gibbs.
- Chez Abby Monsieur.
- Vraiment ? Nota Tony avec humour.
- Euh oui, je… Enfin, je suis venu passé le week-end chez… avec elle.
- Alors vous avez décidez de vous joindre à notre petite fête ? Continua DiNozzo.
- Bien, je me disais que… Peut-être…
Les 3 Agents du NCIS de Washington se levèrent d’un même mouvement.
- Ducky, on te laisse avec le Major Ashe. McGee, vous rentrez avec nous !
- Bien Monsieur !
- Et arrêtez de m’appelez Monsieur.
- Oui Monsieur… Euh, Patron !
Le petit groupe se dirigea vers le véhicule sombre qui avait conduit 3 d’entre eux jusqu’ici.
- Où est votre voiture McGee ? Interrogea DiNozzo en constatant que la leur les attendait en solitaire.
- Je suis venu en taxi.
- Et vous avez payé de votre poche ?
- Ben…
- Ah, les jeunes ! Soupira l’ancien policier.
- Quelle était la fonction du Major Ashe à bord du Normandy ? Coupa Gibbs.
- Il était Pilote, Monsieur ! Pilote d’hélicoptère ! Répondit McGee.
- Y a-t-il une possibilité pour ce soit cette fonction qui soit à l’origine de sa mort ?
- Je ne vois pas comment Monsieur…
- McGee ! Soupira Gibbs.
- Euh… Patron !
- Bon, en attendant que Ducky s’occupe du Major, Kate et moi rentrons aux bureaux. Nous allons un peu fouiller dans son dossier. McGee ?
- Oui Patron ?
- Emmenez DiNozzo avec vous et allez aller faire un tour chez lui pour voir si vous trouvez quoique ce soit d’étrange…
- Chez Tony ?
- Chez le Major McGee, chez le Major !
- Bien Monsie… Patron !
- Il va falloir qu’on se paie un taxi ? Tenta de protester Tony.
- Non DiNozzo ! On vous dépose au bureau et vous prendrez une voiture rien que pour vous… Comme ça, tu arrêteras de me faire perdre mon temps avec des questions insignifiantes !
Tony se renfrogna.
- Radin ! Le taquina Kate dans un murmure.
Tony bouda d’autant plus qu’il ne trouva rien à répondre…
SCENE 03.
Le dossier du Major Ashe n’avait pas apprit grand-chose aux 2 Agents du NCIS : Enrôlé à 21 ans, promu régulièrement, aucun blâmes ni faits notables dans sa carrière hormis les honneurs dus à son grade, marié, sans enfant… Après quelques années à servir comme instructeur à Quantico, il venait de demander à être réaffecter aux opérations actives. C’était un désir commun à beaucoup de Marine ! « Certain ne supportait pas l’inaction. » Gibbs comprenait parfaitement cela. « Un Marine a fondamentalement l’âme d’un guerrier ». En bref, le Major Ashe avait mené une vie comme celle des milliers autres Marines qui opéraient pour le Gouvernement Américain !
- Alors, allons faire un tour à Quantico ! Décida-t-il finalement.
Lorsque Kate et Gibbs quittèrent la route 95 qui allait de Washington à Richmond, en passant par Dales City et non loin de Quantico, le soleil de midi se reflétait désagréablement sur l’asphalte et sur les mûrs des bâtiments de la petite ville. A la sortie de la citée, une poutre de bois au dessus de la route annonçaient en lettre d’or « Quantico, Crossroads of the Marine Corps ».
- J’adore cet endroit ! Avoua Gibbs sans préavis, le sourire aux lèvres.
Kate posa sur lui un regard étonné. Gibbs était naturellement peu enclin aux confidences et qu’il exprime ses sentiments d’une manière aussi abrupte la laissa sans réponse, ni commentaire.
- Ca te surprend ? S’étonna son supérieur.
- Euh, non. Pas vraiment. Admit-elle.
- Alors pourquoi cet air étonné ?
- Gibbs… Tu es bizarre par moment, tu sais ?
- Je sais !
- Ah bon ! Fit semblant d’être surprise Kate. Alors tout va bien !
- Oui, tout va bien… Sourit Gibbs.
- Tu as l’air de bonne humeur.
- Et c’est si surprenant que ça ?
- Oui !
Gibbs se contenta d’émettre un rire heureux. « Dieu seul sait pourquoi ! » Songea sa compagne de plus en plus interdite. Il ne retrouva son sérieux et son visage impassible qu’en arrivant devant l’Administration de la base. Etrangement, les brusques sautes d’humeurs de son supérieur la mettaient mal à l’aise et l’inquiétaient. Elle se surprit à regretter que Tony ne les ait pas accompagné…
Aux bureaux de l’Administration, on leurs indiqua le Block auquel avait été affecté la victime jusqu’à la semaine précédente.
- Demandez le Colonel Pierce. Les informa la secrétaire. C’était le supérieur direct du Major Ashe.
- Le connaissiez-vous personnellement ? Interrogea l’Agent Todd.
- Je l’ai beaucoup croisé ici depuis quelques semaines. Il venait remplir ses demandes d’affectation et toute la paperasse qui va avec…
- Elle semblait beaucoup apprécier le Major Ashe ! Commenta Kate en sortant des locaux administratifs.
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ? S’enquit Gibbs.
- La manière qu’elle avait de constamment remettre ses cheveux derrière son oreille quand elle prononçait son nom et son regard fuyant quand elle répondait aux questions.
- Elle aurait eut une liaison avec lui ?
- Je ne pense pas !
- C’est une jolie fille. Pourquoi le Major n’aurait-il pas craqué pour elle ?
- Elle n’a pas eut l’air affecté personnellement quand on lui a annoncé sa mort. Elle a juste eut l’air déçue. Elle semblait avoir plus craqué pour lui que l’opposé…
La Base de Quantico recouvrait un vaste espace, divisé en Parcs, en Blocks et en Ports d’amarrage. Kate et Gibbs reprirent donc leur voiture pour se rendre dans la partie qui leurs avait été indiquée, près de l’Argonne Hill, une petite vallée de 50 acres au Sud de la Base.
- Colonel Pierce ? Interpella Gibbs après qu’un soldat le leurs eut désigné.
- Qui êtes-vous ? S’enquit l’intéressé abrupt.
- NCIS ! Annonça l’ancien Marine en lui montrant les 2 côtés de sa plaque. Je suis l’Agent spécial Gibbs et voilà l’Agent Spécial Todd. Nous aimerions vous posez quelques questions à propos du Major Ashe.
- Vous tombez mal ! Le Major a quitté Quantico hier matin. Il doit être à présent être en plein milieu de l’océan Atlantique.
- Non Colonel ! Annonça Gibbs. Le Major est en ce moment même dans la salle d’autopsie du NCIS, à Washington !
- Hein ?
Pour la première fois depuis qu’il leurs étaient apparut, le Colonel Pierce laissa apparaître une émotion : La surprise. Kate se demanda un instant, non sans ironie, si c’était dans la Marine que les hommes comme le Colonel Pierce et Gibbs apprenait à cacher leurs expressions sous un masque impassible.
- Que s’est-il passé ? Interrogea-t-il finalement.
- Il a été retrouvé ce matin sur une plage de Virginie du Nord.
- Il s’est noyé ? S’étonna le Colonel.
- C’est ce que nous tachons d’établir. Quand avez-vous vu le Major pour la dernière fois ?
- Vendredi. Il a offert une tournée générale dans un bar en ville pour fêter son départ. J’ai quitté la petite fête vers 1h du matin. C’est la dernière fois que je l’ai vu.
- Vous étiez ami ? Interrogea Kate.
- Pas particulièrement.
- Mais vous êtes quand même allé à son pot de départ.
- Le Major était un excellent Marine. J’appréciais sa volonté et ses capacités. Mais si vous voulez savoir si nous nous voyions en dehors du travail, la réponse est non !
- Hormis pour cette petite fête ! Nota Gibbs.
- Hormis pour cette petite fête ! Admit la Colonel.
- Le Major Ashe travaillait-il sur un projet particulier jusque là ?
- Non. Il était instructeur. Il instruisait.
- Quel genre d’homme était-ce ?
- Un bon Marine, je vous l’ai déjà dit.
- Je n’ai pas demandé quel genre de soldat. J’ai demandé quel genre d’homme. Insista Gibbs dans un faux sourire.
Le Colonel Pierce sembla hésiter un instant.
- Fier, sur de lui, combatif… c’est tout ce que je peux vous dire. Je ne le connaissais pas vraiment…
- Alors qui le connaissait ? Interrogea Kate.
- Vous devriez aller interroger le 1er Maître Astin. Répondit la Colonel après une seconde de réflexion. Ashe et lui traînaient souvent ensemble.
- Et où peut-on trouver le 1er Maître Astin ?
- A « Hospital Point », près de Gelger Hall. Il a été blessé lors d’un entraînement la semaine dernière. Un AT4 lui a explosé à la figure.
- Et il est encore vivant ? S’étonna Gibbs en se rappelant quels genres de dégâts pouvaient causer les lance-roquettes antichar individuel Américain.
- Nous n’avons pas l’habitude de donner des chambres d’hôpitaux à nos morts, Agent Gibbs ! Ironisa le Colonel.
Gibbs admit que sa question manquait de pertinence par un sourire amusé.
- Merci Colonel ! Salua-t-il.
Kate se contenta d’un hochement de tête puis elle suivit Gibbs vers leurs véhicules. Gibbs sortit un plan de la boite à gants.
- Qu’est-ce que tu cherches ? S’étonna la jeune femme.
- Le « Hospital Point » ! Admit Gibbs avec humour. Direction Est ! L’Hôpital est situé sur la partie les plus à l’Est de Quantico. Les convalescents doivent avoir une superbe vue sur le Potomac !
L’Agent Todd se contenta de secouer la tête ; Il y avait parfois chez Gibbs un humour puéril qu’elle avait du mal à comprendre.
Les 2 compagnons remontèrent en voiture et gagnèrent l’extrémité Est de la Base.
SCENE 04.
Dale City, située entre Washington et Richmond, était une ville de taille modeste. « A peine plus de 50.000 habitants » signalait le panneau de Bienvenu qui marquait l’entrée de la ville.
- Génial ! Encore un trou paumé ! Grogna DiNozzo.
- Vous avez l’adresse du Major Ashe ? Interrogea McGee sans quitter la route des yeux.
- 532, Desery Road. Lu Tony sur l’écran de son PDA. C’est à la sortie Nord de la ville d’après le GPS…
McGee continua donc sur Lane Right Road, la route principale qui traversait de part en part Dale City et la coupait en 2 parties distinctes. De chaque côtés s’élevaient de charmantes petites boutiques : Fleuristes, Armureries, Salons de thé, pizzerias, etc.
- McGee, roulez encore plus lentement et le gamin à bicyclette sur le trottoir va nous dépasser…
McGee appuya sur l’accélérateur et la voiture atteint enfin les 40 miles à l’heure. A côté du conducteur, DiNozzo secoua la tête, désespéré… Ce n’est que 20 minutes plus tard qu’ils s’engagèrent dans Desery Road. En guise de rue, ils découvrirent une large impasse bordée de sycomores. A leurs gauches, Lane Right Road se transformait peu à peu en petite route de province. A leurs droites, une profonde forêt se dressait comme un mûr protecteur. Et au bout de l’impasse, une douzaine de pavillons blancs formaient un mini village autour d’un rond point où ne débouchait aucune route.
- C’est ravissant ! Commenta McGee.
- Ravissant ? Grimaça Tony. Ce n’est pas vraiment l’adjectif qui me venait à l’esprit…
- Vous n’aimez pas ?
- Non. Regardez moi ça : Toutes les maisons et tous les jardins sont identiques. On dirait des clones ! Je parie que les locataires se retrouvent tous les dimanche autour d’un barbecue pour discuter du prochain aménagement floral.
- 532, c’est là ! Indiqua McGee en garant la voiture devant l’une de ces maisons clonées.
DiNozzo et McGee descendirent de voiture mais se figèrent bien vite lorsqu’il découvrirent que les enfants, qui jusque là jouaient tranquillement au vélo, et les parents, qui jusque là vaquaient dans les jardins, tournaient à présent vers eux un ensemble de regard suspicieux.
- Ca vous plait toujours autant McGee ? Se moqua l’ancien policier.
- Qui êtes-vous ? Les coupa soudain une voix rocailleuse et stridente.
Tony et McGee se tournèrent vers elle. Devant eux, se dressait une vieille dame dans un étonnant survêtement rose fluo. Malgré sa petite taille et sa corpulence d’enfant de 10 ans, elle posait des poings fermes sur ses hanches et levait haut son menton sec. Les rares cheveux qui lui garnissaient encore la tête étaient teints en orange. Tony eut énormément de mal à se retenir de rire.
- Vous n’êtes pas de la Mafia au moins ? S’inquiéta soudain la veille dame dans un froncement de sourcils en désignant les 2 costumes sombres que revêtaient les hommes.
- Oh non Madame ! S’empressa de la rassurer McGee. Nous sommes du NCIS !
- NCIS ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Vous vendez quoi ?
- Euh… rien Madame. Nous sommes enquêteurs…
- Ah ! Vous faites des statistiques ? Sur quoi est-ce que vous enquêtez en ce moment ?
Les 2 officiers restèrent sans voix.
- Je vous demande ça, continua l’exubérante dame, parce que je suis loin d’être satisfaite de mon électricien. Vous voyez l’autre jour je n’arrivait plus à faire marcher ma lampe tahitienne alors je l’ai appelé. Cet escroc m’a demandé 40$... Juste pour une vieille lampe ! Alors si vos questions sont à propos des électriciens, je suis votre homme !
- Euh… Fut tout ce que les 2 Agents du NCIS furent capables de prononcer pendant un long moment.
- Ben, quoi ? S’exclama-t-elle. Vous avez perdu votre langue ? Si c’est là toutes les questions que vous avez à poser, cessez de me faire perdre mon temps…
Encore une fois, la vieille dame laissa les 2 hommes sans voix. Devant leur silence, elle haussa les épaules, visiblement agacée, et tourna les tallons. Elle entra dans la maison 530, la maison voisine au Major Ashe.
- Et bien ! Siffla Tony. Charmante voisine !
Enfin, les 2 hommes purent s’avancer jusqu’à la maison du Marine décédé. Ils appuyèrent sur la sonnette. Le dossier que Kate avait transmit aux 2 agents pendant le trajet, via leur PDA, signalait que le Major Ashe était marié depuis 2 ans. Sans enfant. Cependant, DiNozzo et McGee eurent beau insisté lourdement sur le carillon d’entrée, personne ne vint leur ouvrir.
- Vous cherchez quoi ? Resurgit brusquement la voisine exubérante.
- La femme du Major Ashe. Répondit McGee.
- Pff ! Persifla la vieille femme. Vous allez attendre longtemps alors ! c’est moi qui vous le dis…
- Pourquoi cela ? S’étonna Tony.
- Suzanne est décédé voilà 4 mois de ça…
- Suzanne ? Vous voulez dire « La femme du Major Ashe » ?
- Ouais.
DiNozzo et McGee échangèrent un regard mi-méfiant, mi-stupéfait.
- De quoi est-elle morte ? S’enquit finalement McGee.
- Accident de voiture. Sa voiture est passée par-dessus le pont de Westlake… La pauvre femme !
A nouveau, les 2 agents échangèrent un regard abasourdi. La vieille dame avait le don de leur ôter toutes présences d’esprit. Tony se reprit finalement et saisit son téléphone portable. « Ca commençait bien ! » Soupira-t-il intérieurement.
- Oui, nous sommes déjà au courrant ! Répondit Gibbs une fois que Tony lui eut expliqué leurs situations. L’un des amis du Major vient de nous mettre au courrant.
- Il faudrait songer à dire à la Marine de mettre à jour ses dossiers ! On aurait l’air moins ridicules… Chuchota l’ancien policier aux creux de son appareil en lançant des yeux presque effrayés vers la voisine fluo.
- Bon, interrogez le reste du voisinage pendant que je me charge de vous trouver un mandat.
- Euh… tu es sure ? Bafouilla Tony. On pourrait laisser ça à la police locale non ?
- Et pourquoi est-ce qu’on ferait cela DiNozzo ?
- Ben… c’est que…
- Tony, qu’est-ce qu’il y a ? S’impatienta Gibbs.
- Cet endroit me file la chair de poule, j’te jure ! Ils sont tous en train de nous observer de loin, la voisine ne rate pas un mot de ce que je dis, je suis à deux doigts de m’enfuir en courrant, de peur de les voir se jeter sur moi… C’est pire qu’une secte ici !
Gibbs ne prit même pas la peine de lui répondre. Il raccrocha et seul la tonalité du téléphone resta à écouter les craintes de DiNozzo.
SCENE 05.
- Hum, étrange ! Nota Ducky en extrayant les poumons du thorax ouvert du Major Ashe.
Le corps dans vie du Marine était étendu sur l’une des tables d’aluminium de la salle d’autopsie du NCIS. Depuis près de 4 heures déjà le médecin légiste et son assistant s’évertuaient à déterminer avec précision la cause de la mort.
- Quoi ? Interrogea Gérald.
- Veux-tu bien me peser ces poumons je te prie. Il me semble qu’ils sont bien légers pour contenir 5 litres d’eau de mer.
L’assistant du Docteur Mallard, les mains gantées de latex déjà ensanglanté, vint se saisir des 2 poumons et les posa délicatement dans la balance.
- 1475 grammes. Lut-il. Mais, chez un adulte normal, le poids des poumons n’est pas censé osciller entre 1000 et 1300 grammes ?
- Bravo Gérald. Approuva le Médecin. Et c’est ce qu’il y a d’étrange : Ses poumons sont trop lourds pour être seins mais pas suffisamment pour être remplis d’eau salée…
- Alors ?
- Alors, tout cela ne me laisse rien présagé de simple ! Vérifies, je te prie, le parenchyme pulmonaire… Pendant ce temps, je vais m’occuper de reste de votre personne (Ducky s’était penché vers le visage inexpressif et pâle du Major Ashe). Mais n’y voyez rien d’inapproprié Major, je ne fais que mon métier…
Gérald haussa un sourcil à demi amusé, à demi étonné avant de ses retourner vers les 2 poumons qui gisaient encore dans la cuvette en aluminium de la balance.
SCENE 06.
La montre de Gibbs affichait 17h lorsqu’il franchit les portes du NCIS, agacé du temps qu’il avait perdu sur la route. Kate, n’ayant aucune envie particulière de voir son supérieur se défouler contre elle, le suivait en gardant le silence.
- Appels Ducky. Lui lança-t-il alors qu’ils atteignaient leurs bureaux. Je veux savoir s’il a découvert quelque chose d’intéressant.
- Tu doutes de moi ? Ironisa le médecin en surgissant brusquement devant eux.
La remarque de son ami arracha un sourire à l’Agent expérimenté qu’il était.
- Qu’est-ce que tu as trouvé ?
- Bien des choses mon ami, bien des choses… Fit Ducky mystérieusement.
- Mais encore ?
- Tony n’est pas là ? S’égara le médecin en jetant un coup d’œil autour de leur petit groupe.
- Ducky ! Soupira Gibbs.
- D’accord, d’accord ! Mais il aurait été ravi d’apprendre qu’il avait raison à propos de la planche. C’est bien elle qui est à l’origine de fracture du crâne du Major Ashe. Enfin… presque !
- Je le savais ! S’exclama DiNozzo en surgissant brusquement à leurs côtés, McGee sur les tallons.
Tout le petit groupe l’ignora.
- Comment ça « presque » ? reprit Kate. Soit c’est elle, soit non. Non ?
- En fait, la planche en elle-même n’a probablement jamais heurté notre Marine. Par contre, la trace correspond à l’aviron de la planche. Mais comme je le pensais, ce fut un coup post-mortem…
- Il n’y a rien de suspect de ce côté-là alors ? S’impatienta Gibbs.
- Non. Rien du tout ! Confirma le médecin.
- Quoi d’autre ?
- J’ai honte de l’admettre mais il semblerait que je me sois trompé lors de mes premières conclusions ; Notre Major n’est pas mort noyé mais empoisonné !
- Empoisonné ? S’étonna Kate.
- Oui. Et, bien que Abby n’ait pas encore terminé d’analyser l’échantillon que je lui ai fait parvenir, je parierais sur de l’arsenic. La cyanose, que j’avais d’abord prise pour une marque de refroidissement, est l’une des caractéristiques de l’arsenic.
- Quelles en sont les autres ? Interrogea McGee.
- Nausées, Vomissements, Diarrhée… Il arrive même que certaines victimes se mettent à transpirer du sang… En temps normal, un empoisonnement à l’arsenic aurait été évident mais étant donné que notre Marine a passé plusieurs heures dans l’eau, l’odeur caractéristique d’ail, qui accompagne toujours ce poison, a largement eut le temps de s’estompé ; Je n’en reste pas moins impardonnable… Savez-vous que l’arsenic est l’un des poisons les plus communément utilisé dans les romans policiers ? Agatha Christie, par exemple, en était très friande ! Dans « Un meurtre est-il facile ? » ou dans…
- Ducky ! Le coupa Gibbs dans un soupire las.
- N’empêche ! Fit DiNozzo. Ca ne m’étonne pas qu’un type comme lui finissent ainsi…
- Qu’est-ce que tu veux dire par là ? S’enquit Gibbs.
- Que le Major Ashe avait un nombre impressionnant de numéro de téléphones féminins oubliés un peu partout à son domicile – pire que moi, je vous jure ! Hors, c’est bien connu que le poison est une arme essentiellement féminine !
- Il a perdu sa femme il y a 4 mois à peine et il collectionnait déjà les aventures ? S’étonna encore Kate.
- A ce qu’il semble ! Appuya McGee.
- Vous avez découvert autre chose ? Questionna Gibbs.
- Nan, no, niet, nada, iie… Soupira Tony.
- Est-on sure des circonstances qui entourent la mort de Mme Ashe ? Interrogea soudain Kate.
- Hein ?
- Je me dis qu’un type qui se remet aussi rapidement de la mort de sa femme devait certainement s’être détachée avant ça. Alors pourquoi est-ce qu’il n’existerait pas une ancienne maîtresse déçue ou quelque chose dans le genre… ?
- Aussitôt tu penses à ça ! Soupira Tony. Tu n’aurais pas put songer qu’il était désespéré de la mort de Madame et qu’il cherchait à revivre… Ou un truc psychologique dans le genre ?
- Tu regardes trop de téléfilms sentimentaux Tony ! Le railla Gibbs.
- Tu penses à un suicide ? Tenta d’éclaircir Ducky.
- Pourquoi pas ? Un mec qui trompe sa femme n’aurait pas des portraits d’elle dans toutes les pièces de sa maison, si ?
- Il collectionnait les portraits de sa femme en plus des numéros d’autres femmes ?
- Ca pourrait tenir ! Admit Gibbs. En fait, les 2 hypothèses pourraient se tenir ! Le poison est aussi couramment utilisé dans les suicides…
Il alla s’asseoir devant son PC et, après avoir pianoté quelques minutes, il revint faire face à ses collègues.
- La mort de Mme Ashe n’a pas fait l’objet d’une enquête approfondie ; Apparemment, sa voiture est passée par-dessus un pont. Elle avait 2,1 grammes d’alcool dans le sang…
- C’était dans ses habitudes de boire ? Interrogea Kate.
- Pas d’après les rapports des enquêteurs. Mais aucun autre élément n’est venu étayer la thèse du meurtre. Mais cette thèse a effectivement été mentionnée par l’inspecteur chargé de l’enquête. L’inspecteur Lucas. Et devinez à qui ce Monsieur pensait dans le rôle du meurtrier ?
- Notre Major ? Proposa Ducky.
- Bingo !
- Alors on fait quoi ? S’enquit Tony.
- McGee, vous me retrouvez cet inspecteur et vous voyez avec lui s’il a des choses à nous apprendre. Kate, DiNozzo, on retourne à Quantico. Ce Major Ashe m’intrigue !
SCENE 07.
- Qu’est-ce que tu espères trouver à Quantico ? Demanda DiNozzo à son supérieur alors qu’ils sortaient des bâtiments du NCIS.
- Je veux comprendre ce type. Et pour l’instant, les portraits qu’on a de lui sont assez contradictoires. Je me dis que, peut-être, ceux que nous avons interrogés se sont montrés… sélectifs dans leurs descriptions par respect pour le mort.
- Mouais, je ne sais pas d’où vient cette manie qu’on les gens d’idéaliser ceux qu’ils méprisaient 5 minutes plus t…
- Tony ! L’interrompit Kate.
L’ancien policier se tourna vers sa collègue, surprit de la délicatesse qu’il avait crut déceler dans sa voix habituellement sarcastique. D’un mouvement du menton, elle lui désigna l’autre côté du parc qui devançait les locaux du NCIS. Il suivit son regard…
Interdit, il découvrit qu’à quelques mètres de là, patientait une jeune femme qu’il connaissait. Elle était assise sur le rebord de briques qui encadrait des pelouses, ses jambes longuement étendues devant elle et ses mains nerveusement cachées entre les pans de son pantalon. Son visage restait obstinément baissé, à demi dissimulé derrière la cascade de ses épais cheveux bruns. Mais Tony put néanmoins noter avec amusement qu’elle se mordillait la lèvre inférieure. Faith Rinehart ! La dernière fois qu’il l’avait vu, elle avait un œil au beurre noir, des ecchymoses sur tous le corps et menaçait de mourir des suites de 7 coups de poignard portés au thorax. Aujourd’hui, elle lui sembla plus charmante que jamais. Ce n’était plus l’adolescente dont il était tombé amoureux lorsqu’il était au collège, ce n’était pas non plus la jeune victime fragile qu’il avait retrouvée 14 ans plus tard. Aujourd’hui, elle était telle qu’il l’avait imaginé adulte alors qu’il était encore adolescent. Vêtue d’un jean, d’un t-shirt ajusté noir et d’une paire de basket et pourtant, il la trouva touchante tant elle semblait nerveuse. Hors, c’était un sentiment que Faith Rinehart inspirait rarement ; Elle était vindicative, téméraire, forte… Elle inspirait plus souvent de la colère… ou de la passion ! Mais Il devina que si elle était devant le NCIS, c’était pour le voir. Il devina aussi que c’était lui qui la rendait aussi fébrile… ou du moins l’idée de le revoir…
Cette idée lui arracha un sourire de satisfaction. Il s’éloigna de ses compagnons et alla s’asseoir aux côtés de la jeune femme.
- Salut ! Sourit-il.
Faith Rinehart sortit de ses pensées dans un sursaut. Elle ne l’avait pas vu sortir, ni venir vers elle tant elle était rongée par le doute. Elle ignorait si elle devait ou non entrer dans les locaux qui lui faisaient face. Elle ignorait si DiNozzo serait ou non ravi de la voir ainsi s’incruster dans sa vie… Même si ce n’était que pour la semaine !
Mais devant le sourire chaleureux et complice dont il accompagna son Bonjour, tous ses doutes s’évanouirent. Une bouffée d’air frai lui gonfla le cœur.
- Salut ! Sourit-elle à son tour.
Il y eut un long moment pendant lequel aucun d’eux n’osa prononcer un autre mot, ni esquivé le moindre mouvement. Mais ainsi figés les yeux dans les yeux, le ridicule de leur situation les fit bientôt rire.
- Tu restes longtemps dans le coin ? Interrogea Tony.
- Une semaine. Je suis à Washington pour toute une série de tests…
- Des tests ?
- De réorientation.
DiNozzo se rappela alors la conversation qu’ils avaient eut 4 mois plus tôt alors qu’elle se remettait à peine de son agression. Son muscle cardiaque avait été endommagé par l’un des coups de couteau et dorénavant, le Capitaine Faith Rinehart ne pourrait plus piloter de F16. Sa carrière se voyait donc brutalement interrompue au grand désespoir de la jeune femme pour qui voler avait été toute sa vie jusque là.
- Comment tu supportes ça ? S’inquiéta-t-il en se souvenant des larmes qui avaient accompagné cet aveu.
- Je m’en remettrais. Sourit Faith.
DiNozzo repoussa une mèche de cheveux qui était venu barrer le visage pâle de sa compagne. Une bouffée de tendresse étreignit leurs 2 cœurs dans un même élan.
- Tu es libre… Pour dîner ? S’enquit-elle.
Tony tourna les yeux vers Gibbs et Kate qui patientaient non loin de là. Ils étaient tous les 3 en routes pour mener leurs investigations et l’ancien policier ignorait s’il serait rentré pour le souper. Mais le désir qu’il avait de ne pas quitter sa compagne sans une certitude de la revoir bientôt fut plus fort que les scrupules qu’il ressentirait si jamais il devait être contraint de repousser ce rendez-vous.
- Bien sur ! Mentit-il à moitié mais dans un sourire resplendissant.
Le même sourire niais vint étirer les lèvres de Faith.
- DiNozzo ! S’énerva finalement Gibbs quelques mètres plus loin.
Tony se leva et sortit de la poche de son jean un trousseau de clefs.
- Tu m’attendras ? S’inquiéta-t-il en lui tendant les clefs.
- Quelle adresse ? Interrogea la jeune femme en guise d’affirmation.
Tony lui cria son adresse alors qu’il rejoignait en courant ses collègues. Il s’éloigna dans d’amples et joyeux «au revoir » de la main. Kate salua la jeune femme d’une main plus discrète et Gibbs se contenta d’un haussement de tête, sourcils froncés mais un demi-sourire retenu sur les lèvres. Les 3 compagnons s’engouffrèrent dans leur voiture puis disparurent rapidement derrière l’angle de la rue.
Faith laissa échapper un long soupire de soulagement. Un sourire resplendissant, presque un rire, vint éclairer son visage.
- Oh merde ! Jura une voix féminine non loin de là.
Faith tourna son regard vers l’intruse.
- C’était bien l’Agent Gibbs là-bas, n’est-ce pas ? Interrogea la nouvelle venue.
- Oui.
- Et Merde ! Répéta la femme alors que son regard s’emplissait de larmes sous les yeux stupéfaits de Faith.
SCENE 08.
Quantico ne leurs avait rien apprit de nouveau. Le Colonel Pierce, l’ancien supérieur de la victime, ainsi que le 1er Maître Astin, l’ami hospitalisé, ne leurs apprirent rien de franc lorsque Gibbs, Kate et DiNozzo retournèrent les interroger. Le premier admit qu’il ne portait pas beaucoup d’estime au Major Ashe en temps qu’individu et qu’effectivement, il l’avait soupçonné d’être un coureur de jupons, même avant la mort de sa femme. Mais le 1er Maître leurs fit une description tout autre du Major ; D’après lui, il était complètement désespéré depuis que Suzanne, sa femme, était morte dans cet accident de voiture. Qu’il cherche à se consoler dans les bras d’autre femme ne sembla pas le choquer outre mesure.
Aussi, c’est bredouille et passablement énerver que Gibbs rentra aux bureaux du NCIS après avoir perdu à nouveau son temps dans la circulation de fin de soirée. Kate le suivait en silence et Tony regardait sa montre toutes les 5 minutes. Finalement, Gibbs leurs imposa encore une longue heure de recherche avant de songer à les libérer.
- Bon, on ne trouvera rien de plus ce soir n’est-ce pas ? Interrogea DiNozzo dans un soupir las.
- Il semblerait… Confirma Kate en baillant.
- Alors… On peut rentrer chez nous ?
- Oui. Accorda Gibbs sans enthousiasme.
- Cool ! S’écria Tony en retrouvant si brusquement sa vitalité qu’il fit sursauter sa collègue.
Il bondit de son fauteuil, saisit d’un seul mouvement son blouson et son sac à dos et se hâta vers l’ascenseur.
- A demain ! Cria-t-il en s’engouffrant dans la cabine métallisée.
- Qu’est-ce qu’il lui prend ? S’étonna son supérieur.
Kate ne pu retenir un petit sourire attendri. 4 mois auparavant, elle avait été certaine que le Capitaine Rinehart avait été LE grand amour de Tony et le fait que leur couple ne se soit pas reformé alors avait passablement déçue la romantique qu’elle était. Mais, voir son collègue se précipiter ainsi au devant de la jeune femme réveillait en elle l’espoir qu’elle avait formulé alors…
- Le Capitaine Rinehart est en ville. Rappela-t-elle à son supérieur.
- Ah ! Se contenta d’émettre Gibbs.
- Tu désapprouves ? S’étonna la jeune femme.
- Quoi ?
- Que Tony aille la retrouver.
Gibbs haussa les épaules.
- Elle m’a l’air trop impétueuse et imprévisible. Avoua-t-il finalement.
- Et alors ? Continua de s’étonner sa compagne.
- Alors DiNozzo l’est déjà suffisamment à lui seul sans avoir besoin d’être encouragé par une écervelée…
- Une écervelée ? Protesta Kate. Tu la connais à peine…
- Il y a 4 mois elle a faillit mourir à cause de son manque de lucidité. Aujourd’hui, elle débarque sans prévenir. Et voilà le résultat : Tony se transforme en coup de vent…
- Et bien moi, je suis ravie pour eux ! Affirma Kate fermement.
- Evidemment.
- Ca veut dire quoi ce « évidemment » ?
- Ca veut dire que tu es une romantique certifiée et qu’il est normal que tu soutiennes DiNozzo dans ce genre de situation…
- Comment as-tu pu te marier 3 fois avec une froideur comme la tienne ? ! ! Soupira Kate en secouant la tête.
- Ca c’est parce que je suis charmant quand je veux ! Affirma Gibbs dans un sourire resplendissant.
- Dommage que tu ne veuilles pas plus souvent…
- Agent Todd, essayez-vous de me faire passer un message ? Ironisa son compagnon.
Kate se sentit rougir brusquement.
- Bonne nuit ! Lâcha-t-elle en se levant aussi indifférente qu’elle parvenait à se montrer.
Gibbs ne répondit rien et Kate refusa de tourner les yeux vers lui pour voir l’expression que reflétait son visage. Elle était déjà suffisamment gênée ! Mais à quoi donc pensait Gibbs en lui parlant de la sorte ? N’importe quelle femme aurait prit ces joutes verbales pour un flirt, n’en était-il pas conscient ? « Décidément, jamais je ne le comprendrais ! » Ragea-t-elle en appuyant avec impatience sur le bouton d’appel de l’ascenseur.
SCENE 09.
Jamais Tony ne mit moins de temps pour regagner son appartement qu’il n’en mit ce soir là. Pourtant, il n’était pas sur des sentiments qui le poussaient à appuyer sur l’accélérateur. Après tout, il n’avait pas eut de nouvelle de Faith Rinehart pendant 14 ans, pas plus que pendant les 4 derniers mois… Il avait tenu à elle. Ca, il en était certain. Adolescent, il l’avait aimé aussi intensément qu’un jeune homme peut aimer sa première petite amie et sa première amante. Mais, hormis l’année qui avait suivie leur rupture, il n’avait guerre songée à elle pendant tout ce temps. Ou du moins, pas consciemment ! Parce que maintenant qu’il y réfléchissait posément, il reconnaissait qu’elle avait été la femme à qui il avait comparé toutes les autres.
Alors, qu’est-ce qui le rendait aussi impatient ce soir là ? Songea-t-il en descendant précipitamment de sa voiture. Son cœur battait aussi vite que la première fois qu’il l’avait tenu nue entre ses bras, ses jambes flageolaient de la même manière que lorsqu’il s’apprêtait à effectuer son dernier lancé lors d’un match de Basket-ball… Il grimpa les escaliers 4 à 4 et ne s’arrêta pour reprendre son souffle qu’une fois devant la porte de son appartement. Il inspira profondément. Il poussa le panneau de bois.
Tony se heurta violemment à la porte restée obstinément close ; « Elle est fermée à clef ! » Réalisa-t-il stupéfait. Il frappa et sonna pendant une longue minute mais personne ne vint lui ouvrir et pas un bruit à l’intérieur ne laissait supposer que quelqu’un s’y trouvait. Il resta un long moment interdit ; Jamais l’idée que Faith puisse ne pas l’avoir attendu ne lui avait effleuré l’esprit. Il regarda sa montre : Elle indiquait 1h du matin.
Il prit douloureusement conscience de ce que cela signifiait : « Quelle femme aurait attendu plus de 5 heures ? » Et ce qu’il y avait de plus cocasse là dedans, songea-t-il affligé et amer, c’est qu’il se retrouvait à la porte de son propre appartement ! Il se laissa glisser le long du panneau de bois et se prit la tête entre les mains. Une douleur persistante venait d’apparaître aux creux de son estomac. Jamais il n’avait songé qu’il pourrait s’éprendre encore une fois de Faith aussi rapidement. Parce que, après tout, il ne l’avait revu que 3 minutes depuis leur dernière séparation…
La fatigue et l’abandon le plongèrent rapidement dans un sommeil superficiel…
SCENE 10.
De fut le froid qui tira DiNozzo du sommeil agité dans lequel il avait été attiré une heure plus tôt. Il grelotta et ouvrit difficilement les yeux. Il ne prit conscience de l’endroit où il gisait que lorsque son regard tomba sur le lambris sombre qui recouvrait les mûrs de son palier. Il laissa échapper un grognement d’humeur tandis qu’il s’efforçait de se redresser. Ce n’est qu’en retrouvant sa position assise qu’il rencontra le regard doux de Faith. Elle était assise une marche plus bas et lui offrait un visage tendre et amusé. Aussitôt Tony sentit sa mauvaise humeur s’évaporer. Il lâcha un soupir de soulagement et lui sourit.
- Qu’est-ce que tu fais là à cette heure ? Demanda-t-il doucement.
- Tu es fâchée parce que je suis en retard ? Grimaça la jeune femme dans une mimique inquiète.
- Non, je ne suis pas fâché ! Sourit son compagnon.
Faith lui sourit à son tour avant de tirer son trousseau de clefs de sa poche de jean.
- Je me suis dit que je pouvais tenter de m’incruster - même à cette heure - puisque j’ai un otage. Ironisa-t-elle en faisant cliqueter les clefs.
- Bonne initiative ! Sourit Tony.
Il vint s’asseoir sur la même marche que sa compagne. Le sourire narquois de Faith se troubla jusqu’à trahir sa fébrilité. Et Tony nota avec amusement et satisfaction qu’il avait encore le pouvoir d’influer sur ses émotions.
- On devrait rentrer… Suggéra-t-il. On va attraper la crève si on squatte là.
Faith approuva d’un timide hochement de tête. Elle ignorait pourquoi mais elle se sentait brusquement nerveuse. « Ce qui est ridicule ! » Admit-elle intérieurement. Elle avait elle-même poussé les événements dans ce sens. Elle était adulte et parfaitement consciente de ce qui risquait d’arriver si elle entrait chez Tony. Elle désirait même que cela arrive ! S’avoua-t-elle. Alors d’où provenait cette angoisse sourde et paralysante qui la clouait subitement sur place ? Son cœur battait la chamade, ses mains étaient moites, son esprit tourbillonnait sans parvenir à se fixer sur un point précis…
Elle leva un regard anxieux vers son compagnon et réalisa, devant son visage crispé, que les mêmes angoisses le perturbaient. A nouveau, et comme cela avait été le cas pendant de nombreuses années auparavant, elle réalisa la similitude qui existait entre leurs caractères et leurs sentiments. Elle sourit.
- Debout ! Les encouragea-t-elle en se levant.
Tony suivit son exemple mais elle avait à peine esquissé un pas vers la porte de son appartement qu’une main chaude et rugueuse vint lui saisir le bras. Elle se tourna vers son compagnon. A peine leurs regards se croisèrent-ils qu’ils surent, l’un comme l’autre, ce qui allait arriver. Tony l’attira à lui et, sans plus de cérémonie, prit possession de sa bouche. La réponse de Faith fut immédiate : Elle s’accrocha à lui. Avidement. Et là, elle retrouva au fond de sa poitrine cette étincelle de vie qu’elle avait inconsciemment maintenu étouffée tout au long de ces années.
SCENE 11.
La sonnerie persistante du téléphone tira Faith du sommeil bienheureux où elle reposait depuis peu.
- Mmm ! Grogna-t-elle en se retournant.
Mais l’ignoble appareil continuait son joyeux tintamarre.
- C’est pas vrai ! S’exclama-t-elle en se redressant.
Elle réalisa alors qu’elle était dans une chambre qui n’était pas la sienne et surtout qu’elle y était nue ! Ce n’est que lorsque le souvenir de la nuit qu’elle avait passé avec Tony lui revint en mémoire que sa mauvaise humeur se dissipa. Elle retrouva d’autant plus le sourire qu’elle prenait conscience du son étouffé de la douche qui lui parvenait depuis la salle de bain. Elle tendit le bras hors du lit, ramassa le pantalon à pince que Tony avait perdu la veille et qui traînait maintenant sur le sol. Elle trouva dans une poche l’horrible téléphone qui l’avait réveillé.
- Oui ? Décrocha-t-elle.
- Qui est-ce ? S’étonna son interlocuteur après une seconde d’hésitation.
- En général, c’est à celui qui appelle de se présenter… Bailla-t-elle sarcastique.
- Capitaine Rinehart ? La reconnut finalement l’homme à l’autre bout du fil. C’est Gibbs !
- Bonjour Agent Gibbs, comment allez-vous ? Belle journée, n’est-ce pas ?
- Passez moi DiNozzo !
- Je vais très bien. Je vous remercie de vous en inquiéter. Et vous ?
- Rinehart, arrêtez ce petit jeu et passez moi DiNozzo…
Faith s’extirpa finalement du lit.
- Vous êtes toujours aussi aimable ou c’est moi qui suis chanceuse ? Grogna-t-elle en gagnant la salle de bain.
L’Agent Gibbs ne prit même pas la peine de lui répondre et Faith décolla le téléphone de son oreille. Elle poussa la porte qui séparait la chambre de la salle de bain et aussitôt un nuage de buée la saisit à la gorge. Elle plissa les yeux et, à travers le flou de la vapeur, elle distingua la silhouette de Tony derrière le panneau de douche. Avec un petit sourire, elle alla le rejoindre.
- L’agent Gibbs au téléphone pour toi. Annonça-t-elle en se glissant sous le jet d’eau.
- Salut toi ! Sourit Tony avec espièglerie.
- Salut. Répondit-elle sur le même ton.
DiNozzo saisit le téléphone que Faith avait gardé hors de porté de la douche.
- Salut Gibbs.
- DiNozzo, rappliques immédiatement.
Lorsque Gibbs raccrocha sans un mot de plus, Tony hésita entre sourire et grimace.
- Il a l’air sympa ton Boss. Fit remarquer la jeune femme en dégageant ses cheveux trempés de son visage.
Mais l’ordre de son patron lui était déjà sortit de l’esprit tant la vue de la jeune femme, offerte à la douche, l’enchanta.
- Je serais en retard encore une fois. Conclut-il en refermant le panneau de douche sur eux dans un sourire.
Faith sourit également, satisfaite de son effet.
SCENE 12.
- McGee, qu’avez-vous apprit de l’inspecteur chargé de l’enquête sur la mort de Suzanne Ashe ? Interrogea Gibbs dès que la jeune recru eut franchit les portes de l’ascenseur.
- Euh… Commença par bégayer McGee.
- Mais encore ?
- L’inspecteur Lucas m’a confié qu’il avait eut des doutes sur le Major Ashe dès leur première confrontation ; Mais d’après les experts, la voiture n’avait pas été trafiquée. Hormis le taux élevé d’alcool dans le sang, l’étude physiologique de Suzanne Ashe n’a rien révélé de suspect. Aucunes des personnes de leurs entourages n’a put témoigner qu’ils avaient des difficultés dans leur couple…
- Donc, rien à signaler ! Surgit DiNozzo, un large sourire sur les lèvres.
- Tu es en retard ! Signala Gibbs.
- Oui.
- Tu as l’air… heureux ! Nota Kate avec espièglerie.
- Je le suis.
- Faith va bien ? Insista l’ancien Agent des services secrets.
Tony ne répondit rien mais un sourire entendu étira encore d’avantage ses lèvres. Kate eut elle aussi un petit sourire en coin, Gibbs leva les yeux au ciel dans un soupir et McGee se demandait ce qui pouvait bien rendre ses collègues aussi fébriles.
- On peut reprendre ? Ironisa Gibbs finalement.
- Euh… L’inspecteur Lucas ne m’a rien dit d’autre. Avoua l’Agent novice.
- Moi j’ai des nouvelles ! Annonça la voix enjouée de Abby en apparaissant subitement au milieu de ses amis.
- Bénie sois-tu ! Sourit Gibbs.
- Merci Gibbs ! Fut enchantée la jeune laborantine.
- Alors ?
- Alors, j’ai analysé les restes que contenait l’estomac de la victime comme me l’a demandé Ducky.
- Tu as trouvé de l’arsenic ?
- Oui. Et pas que ça ! Je peux vous dire que le dernier repas de notre Marine n’a pas été des plus équilibré : Sucre, sucre et sucre !
- Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Interrogea Kate.
- Que notre Major aimait la pâtisserie… et pas qu’un peu ! Il y avait dans son estomac l’équivalant d’un plat de spaghettis… mais en gâteaux et confiseries !
- Il aimait les bonbons ? S’étonna Tony narquois.
- Mouais ! Et pas n’importe quelles confiseries ; Il aimait le citron… plus précisément, les Tartes au citron !
- Il n’avait mangé QUE des tartes au citron ? Voulut clarifier Gibbs septique.
- C’est ça !
- Et à part son goût démesuré pour le sucre, tu as découvert autre chose ?
- Nan. Arsenic et gâteaux ! rien d’autre !
Un silence prit possession du petit groupe. A quelles conclusions devaient-ils arriver avec cette dernière information ? Aucun d’eux ne le savait et c’était justement là le problème !
- Bon, on va faire avec ce qu’on a ! Se lança finalement Gibbs. Kate, tu vois s’il y a des pâtisseries près de Quantico et si le Major Ashe y a été vu peu avant sa mort. McGee, Tony, il n’y avait rien au domicile du Major qui puisse laisser penser qu’il faisait lui-même ses pâtisseries ?
- Non monsieur ! Répondit McGee.
- Mais par contre, il a une charmante vieille dame comme voisine ! Fit remarquer DiNozzo.
- Très bien, alors Tony, vois les relevés de téléphone de la base ou du portable du Major. Vois si la vieille dame n’a pas invité notre Marine à un dernier festin ! McGee, voyez ce que vous pouvez trouver sur elle avec le C.N.I.C. (Centre National d’Information sur le Crime ; C’est une base de données !). Voyez si elle est fichée quelque part !
- Oui monsieur !
- Abby ?
- Oui Chef ? Fit l’intéressée en se mettant au garde à vous de manière volontairement exagérée.
- Vois avec l’inspecteur Lucas. Je veux que tu réexamines le véhicule de Suzanne Ashe.
- Oui Chef ! Bien Chef !
Les 4 agents se séparèrent aussitôt, abandonnant encore une fois Abby sans un mot. La jeune femme haussa les épaules d’un air exagérément désabusé et regagna son laboratoire, tête basse, de manière toute aussi dramatique. Kate et DiNozzo échangèrent un regard amusé mais se remirent vite au travail en croisant celui sévère de leur supérieur.
SCENE 13.
Les bâtiments du NCIS étaient modernes et spacieux ; Faith Rinehart s’étonna presque des moyens que possédait une petite agence gouvernementale comme celle-là. Elle avait réalisé, peu après que Tony l’ait abandonné sous la douche, qu’elle avait omit de lui parler de la femme qu’elle avait rencontrée la veille, celle qui avait fondu en larme en apprenant qu’elle venait de rater l’Agent Gibbs. Faith avait vaguement comprit, à travers les sanglots de son interlocutrice, qu’elle disposait d’informations concernant l’enquête que menait actuellement le supérieur de Tony. La femme avait refusé de lui laisser son nom ou un numéro de téléphone afin qu’elle puisse les transmettre à Gibbs. Au lieu de ça, elle s’était enfuit brusquement.
Il était midi pile lorsque Faith poussa les portes des locaux du NCIS, un sac de plat chinois entre les bras. Car, en plus de vouloir revoir Tony, elle avait réalisé qu’elle n’avait jamais eut l’occasion de remercier Gibbs et son équipe pour l’avoir protégée 4 mois auparavant lorsqu’elle était à l’hôpital de Cleveland. Un repas chinois ne suffirait sûrement pas mais c’était au moins un début. Et puis, devait-elle admettre, elle était curieuse de faire connaissance avec cet Agent Gibbs, de voir où travaillait Tony et de pouvoir mettre une image sur ce qu’était devenu sa vie à présent… Faith donna son nom à l’accueil, ainsi que celui de Tony. La toute jeune secrétaire l’appela par ligne interne et quelques minutes plus tard, l’ancien policier sortait de l’ascenseur, l’air aussi surprit que ravi.
- Faith ?
- J’apporte le déjeuner ! Fit-elle en désignant son sac en carton.
- Je te manquais tant que ça ? Sourit Tony.
- Pas le moins du monde ! Mentit-elle.
La secrétaire remit un badge à la nouvelle venue où était inscrit en évidence le mot « Visiteur », puis DiNozzo la prit par la main et la mena jusqu’aux portes de l’ascenseur.
- Tu n’avais pas de tests aujourd’hui ? S’enquit-il distraitement.
Mais la jeune femme était plus fascinée par la douce caresse qu’exerçait le pouce de son compagnon sur le dos de sa main que par ses paroles. Un sourire, indéniablement tendre, éclairait son visage. Elle avait l’impression d’être revenu 15 ans en arrière, à l’époque où, quittant ensemble le lycée chaque soir, Tony et elle rentrait main dans la main. Les parois d’aluminium de l’ascenseur les encadrèrent sans qu’elle n’ait eut conscience d’autre chose que de cette main qui serrait la sienne. Ce n’est que lorsque les portes se refermèrent sur eux qu’elle revint à la réalité.
- Hein ? Qu’est-ce que tu disais ?
- Rien ! Sourit Tony.
Il y avait quelque chose comme de la satisfaction dans son regard. Il était fier de lui faire toujours de l’effet ! Réalisa-t-elle avec une moue faussement boudeuse.
- Ne t’en vante pas trop DiNozzo ! Grogna-t-elle en réprimant un sourire.
- Moi ? Me vanter ? Fit-il semblant d’être choqué.
Mais l’instant suivant, il ôtait le sac en carton des mains de sa compagne, le déposait à terre et venait enlacer la jeune femme. Aussitôt, une bouffée de chaleur gonfla le cœur de Faith. Il déposa un baiser sur ses lèvres, puis comme elle se dressait déjà sur la pointe des pieds, il se fit plus exigeant ; Une émotion familière se répandait rapidement dans leurs veines et bientôt, ils s’abandonnèrent complètement à la bouffée de désir qui faisait chanceler leurs jambes. Appuyé contre l’un des mûrs de la cabine, Tony la buvait comme un junky reçoit une dose trop longtemps attendue. Accrochée à son cou, Faith s’abandonnait avec bonheur au plaisir qui embuait ses pensées…
Ce n’est que lorsqu’un ensemble de sifflements, de cris et d’applaudissements retentit qu’ils revinrent soudain à la réalité ; Les portes de l’ascenseur s’étaient ouvertes sur les bureaux du NCIS et les collègues de Tony s’étaient arrêtés pour leurs faire un accueil bruyant.
- Oups ! Chuchota Faith mais sans avoir l’air le moins du monde gênée.
Tony se contenta d’effectuer une petite révérence. Faith ramassa le sac en carton, et la main de Tony de nouveau dans la sienne, elle le suivit jusqu’aux 4 box où les attendaient les Agents Todd et Gibbs. Kate affichait un petit sourire narquois. Gibbs arborait un air agacé.
- Faith, tu te souviens de mes collègues ? Fit Tony en guise de présentation.
- Bien sur ! Répondit-elle en serrant la main de Kate, puis celle plus réticente de l’agent Gibbs.
- DiNozzo, c’est un lieu de travail ici ! Reprocha ce dernier.
- Ne vous en prenez pas à lui, intervint le Capitaine Rinehart dans un sourire navré, tout est de ma faute !
- Ah bon ? S’étonna faussement Kate. Il me semblait pourtant avoir vu DiNozzo participer largement…
Celui-ci répondit par une grimace explicite.
- En guise d’excuse, j’apporte le déjeuner !
Et Faith déposa son sac sur le bureau voisin.
- Hum, chinois ! Savoura Kate d’avance en jetant un coup d’œil à l’intérieur du paquet.
- Bon, vous êtes pardonnée ! Avoua Gibbs de mauvaise grâce et en se saisissant d’une des boites en carton que contenait le sac.
Kate lui lança un regard ironique, lui signifiant clairement que son côté bourru ne laissait personne dupe. Gibbs était ravi pour son subalterne et toute la mauvaise humeur qu’il mettait à le cacher ne trompait personne. Même Faith, qui ne le connaissait que peu, souriait de son caractère bougon.
- Et j’ai autre chose pour vous ! Reprit cette dernière.
Et elle se mit à raconter aux Agents spéciaux l’intervention de la jeune femme qu’elle avait rencontrée la veille et sa fuite suspecte…
- Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ? Bougonna Gibbs.
- Peut-être la fameuse maîtresse dont Kate parlait ? Suggéra DiNozzo.
- Vous sauriez la décrire ? Interrogea Gibbs.
- Sure ! Affirma Faith.
- Bien, alors Kate et vous, occupez-vous de ça ! L’agent Todd va nous faire une jolie portrait, n’est-ce pas ?
Kate se contenta d’un haussement d’épaule. Elle ferait ce qu’elle pourrait…
- Tony, reprit Gibbs, voit avec la sécurité de l’immeuble si l’une des caméras de surveillance n’aurait pas capturé notre inconnue.
- OK !
- On ne mange pas alors ? Interrogea Faith le plus innocemment du monde.
DiNozzo et Kate eurent le même air désabusé et ironique. Gibbs ignora la question…
SCENE 14.
- J’ai quelque chose ! Annonça McGee une heure plus tard.
Gibbs, Kate, DiNozzo et Faith levèrent la tête de leurs tâches respectives. Enfin, des mots qui donnaient un peu d’espoir ! « Parce que jusque là, on ne pouvait pas dire qu’ils aient beaucoup progresser ! » Songea Kate en posant son crayon. Abandonné devant elle, sur son bureau, le portrait d’une femme commençait à se laisser deviner. Mais il nécessitait encore quelques heures de travail et l’ancien agent des Services Secrets n’était pas certain que la patience de Gibbs puissent encore tenir jusque là. Faith avait fait preuve d’une bonne mémoire visuelle mais lorsque les mains étaient séparées de l’image mémorielle, il n’était pas évident de parvenir à un résultat. Tony était revenu quelques minutes plus tôt en annonçant qu’après avoir visionné toutes la cassettes de surveillance de la veille, il n’avait finalement rien pu en tirer. Pendant ce temps, McGee s’était focalisé sur les relevés de téléphone, les biographies, les rapports administratifs que l’équipe avait obtenu peu avant l’intrusion du Capitaine Rinehart.
- Qu’avez-vous trouvé ? Bondit Gibbs.
- Bien… Vous m’aviez dit de noter tout ce qui pourrait avoir un rapport avec le sucre trouvé par Abby dans l’estomac de la victime…
- Et ?
- Et, d’après son relevé de téléphone portable, il a reçut un appel d’un salon de thé quelques heures avant l’heure présumée du décès !
- Quel salon de thé ?
- Le « Grand Ma’ » ; Lut McGee sur l’une de ses fiches. Il est situé à Hampton !
- A côté de Norfolk quoi ! Enonça DiNozzo.
- Oui !
- Parfait ! Fit Gibbs. Tony, McGee, on va sur place ! Je veux savoir qui a passé ce coup de fils et s’ils servent des tartes au citron chez « Grand Ma’ ». Kate, ça en est où ton portrait ?
- Ca avance !
- Alors avances plus vite !
Kate réprima une grimace mais Faith, en nouvelle venue, ne put dissimuler sa surprise face à l’attitude rude de l’agent expérimenté. Elle jeta un coup d’œil vers Tony. Il lui signifia par un haussement d’épaules que cela n’avait rien d’exceptionnel. Faith préféra alors garder le silence, de peur qui si elle exprimait ses sentiments, elle mette Tony dans l’embarras. Mais elle n’en songea pas moins qu’il était étrange pour un officier supérieur d’adopter une telle tactique afin de motiver ses « troupes ». L’agent Gibbs l’intriguait !
SCENE 15.
Située sur la Route 64, la ville de Hampton n’était séparée de Norfolk que par le détroit que formaient Chasepeake Bay et James River. On y retrouvait les majestueuses demeures de styles coloniales, qui avaient fait le renom des gens du Sud, mêlées aux bâtiments et aux structures modernes. C’était une ville aux dimensions modestes, éparpillée entre la verdure et les étendues d’eaux. Il se dégageait de l’ensemble un air serein et amical.
- Génial ! Bougonna Tony. Encore un trou paumé ! Je parie que vous adorez McGee, pas vrai ?
Ni l’intéressé, ni Gibbs ne prirent la peine de répondre à l’ancien policier. Quand DiNozzo était de bonne humeur, son exubérance pouvait être des plus agaçantes. Les 3 enquêteurs n’eurent pas à chercher longtemps le salon de thé qu’ils étaient venus voir. Il trônait le long de la rue principale, entre une librairie et un magasin d’outillages agricoles. C’était un petit établissement cosy et chaleureux. Le genre d’endroit où on imagine sans difficulté de braves grand-mères venir évoquer leurs souvenirs d’antan. Sur la vitrine au vitre teintée, s’étalait en grand l’enseigne du salon : « Grand Ma’ » ! Les 3 agents descendirent de voiture. Tony réprima une grimace, McGee réprima une exclamation de ravissement, Gibbs jeta un coup d’œil aux alentours.
- DiNozzo, interpella-t-il, va voir en face si leur système de sécurité donne sur la rue ! Si c’est le cas, vois s’ils ont les bandes correspondant à l’heure du coup de téléphone…
- OK.
Et Tony s’élança vers la modeste banque et le bureau d’assurance qui se dressaient de l’autre côté de la rue. Gibbs et McGee pénétrèrent dans le salon de thé.
- Agents spéciaux Gibbs et McGee. Les présenta l’ancien Marine en montrant sa plaque à la vendeuse qui se tenait derrière la console.
Il nota d’un regard le téléphone qui trônait sur les étagères derrière cette dernière, ainsi que les pâtisseries exposées derrière les vitres du comptoir. Il demanda à la jeune femme si elle était de service à l’heure qui les intéressait (ce qui était effectivement la cas), si la boutique vendait des pâtisseries au citron (ce qui n’était pas le cas) et si elle se souvenait de la personne qui avait demandé à téléphoner depuis leur salon.
La jeune femme, qui devait à peine sortir de l’adolescence, bafouilla une vague description. Elle se rappelait qu’il s’agissait d’une vieille dame mais, ne voyant là rien de surprenant, n’y avait pas vraiment prêté attention.
- Avait-elle les cheveux orange ? S’enquit McGee en repensant à l’étrange voisine du Major Ashe.
- Orange ? S’étonna la vendeuse. Nan, pas que je me souvienne…
- A-t-elle consommé quelque chose ? Demanda Gibbs.
- Euh, oui, je crois !
- Vous souvenez-vous quel moyen de paiement elle a utilisé ?
La jeune femme réfléchit une seconde.
- En liquide si je me souviens bien. Pourquoi ?
Les 2 agents interrogèrent les clientes que la serveuse leurs indiqua comme étant des habituées. Mais pas l’une de ces charmantes vieilles dames ne put les aider. Tony les rejoignit finalement, alors qu’ils quittaient le salon de thé.
- Vous n’allez pas le croire ! S’exclama-t-il. Mais figurez-vous que la banque n’a même pas de surveillance vidéo ! Quand je vous dis que c’est la zone ces petites villes… !
- Pas même le distributeur ? Grogna Gibbs.
- Juste des photos toutes les 10 secondes. Et l’angle ne permet pas d’avoir une vue sur le salon de thé. J’ai quand même copié le disque dur du l’appareil photo, histoire de voir si Abby ne pourrait pas en tirer quelque chose. Voiture stationnée, passants, n’importe quoi…
- Et le cabinet d’assurance ?
- Ils ont comme système de sécurité… une grille !
- Et c’est tout ?
- Ouais !
- Bordel ! Jura Gibbs.
- J’en conclu que, de votre côté, ça ne s’est pas mieux passé ? S’enquit DiNozzo.
Gibbs ne prit pas la peine de lui répondre ; Il s’engouffra dans la voiture et claqua la portière avec humeur. Ses acolytes l’imitèrent en silence. « Décidemment, cette enquête ne s’annonçait pas des plus simple ! » Songea McGee qui, pour la première fois, voyait l’agent Gibbs à cours de moyen.
SCENE 16.
- Vous n’avez pas l’air bien ? Fit remarquer Kate à sa compagne.
Faith se contenta de secouer la tête dans un soupire las. Depuis 4 mois, depuis son agression, elle était régulièrement prise de pointes au cœur. D’avoir peu dormit la nuit précédente, ajouté à l’excitation d’une enquête fédérale et au fait qu’elle ait oublié de prendre les cachets prescrits par son chirurgien, avaient sûrement provoqué la douleur qui lui étreignait la poitrine à l’instant. Mais elle ne s’inquiéta pas ; Elle savait d’expérience que la douleur passerait rapidement. Il lui suffisait juste d’être patiente…
- Si vous êtes fatiguée, on peut faire une pause ! Proposa Kate en reposant son bloc à croquis et son crayon.
Faith se sentait ridicule de se montrer aussi faible.
- Non, tout va bien ! mentit-elle.
- En plus, ajouta l’ancien agent des services secrets avec un sourire espiègle, je meurs d’envie d’entendre quelques histoires sur DiNozzo…
- Des histoires ? S’étonna le Capitaine Rinehart.
- Oui, vous savez : les bêtises qu’il a fait, les trucs gênant, etc.
Cette fois, Faith sourit franchement. Les souvenirs qui l’assaillaient subitement restaient les plus beaux de son existence.
- On était très jeune. Sourit-elle. C’est un peu bête à raconter…
- Oh, je vous en prie. Je meurs de curiosité. Comment était Tony plus jeune ?
- Il était… plus jeune. Rit-elle. En fait, il n’a pas vraiment changé depuis…
Kate sourit à son tour.
- Pourquoi ne suis-je pas étonnée ?
- Il était très populaire, charmeur, drôle, orgueilleux…
- Effectivement, ça ne semble pas avoir beaucoup changé… Vous étiez dans la même classe ?
- Non. Et heureusement ; Je ne le supportais pas… Si ça avait été le cas, je l’aurais probablement tué…
- Oui, Tony fait cet effet à beaucoup de femmes…
- On se croisait dans les couloirs. Je le haïssais. Il me haïssait… A 13 ans, c’est fou comme ça semblait normal.
- Et ensuite ? Que s’est-il passé ?
Faith haussa les épaules ; Tout cela datait de tellement longtemps. Elle avait parfois du mal à reconstituer la voie qu’avaient suivis ses sentiments. Elle se souvenait parfaitement qu’une envie folle de le gifler la prenait chaque fois qu’elle apercevait son sourire arrogant. Anthony lui avait avoué plus tard qu’il le savait et que lui n’avait qu’une seule envie, dans ses moments là, c’était de l’embrasser. A 30 ans, on sait reconnaître ce genre de sentiments et ce qu’ils traduisent. Mais à 13 ans, on va rarement chercher plus loin que ce qui semble. Alors, quand Tony l’avait finalement embrassé au détour d’un couloir, Faith n’avait eut qu’une seule réaction : Elle lui avait donner un coup de genou dans l’entrejambe ! Ce n’est qu’en le voyant, à terre, souriant à travers la douleur, comme s’il était fier d’elle, que son cœur avait fait volte-face. Ensuite, elle l’avait observé et aimé de loin, avec la timidité d’un premier amour d’adolescente et la fierté imputable à son caractère. Pendant prêt d’un mois, la fillette qu’elle était avait vu son amoureux faire rire d’autres adolescentes. Les premiers affres de la jalousie était nés en elle durant ce mois là. Et puis, sans qu’elle sache pourquoi, Tony était revenu vers elle. Il l’avait bousculer sous les escaliers du collège et, le choc et la stupeur la laissant pantoise, en avait profiter pour lui voler un 2nd baiser.
La suite de leur histoire avait étrangement ressemblé à ces premiers baisers. Ils s’étaient cherché, s’étaient chamaillé, s’étaient embrasser… Et le tout de plus en plus intensément. Ce n’est qu’au cours des années, en acceptant ce qu’ils ressentaient, qu’ils étaient parvenus à créer la complicité qui les avait suivis tout le long de leur relation…
Kate ne put retenir une pointe d’envie devant le regard troublé de bonheur de sa compagne. L’amour qui unissait DiNozzo au Capitaine Rinehart était tellement flagrant qu’elle ne comprenait pas qu’ils puissent accepter d’être séparés comme ça avait été le cas depuis leurs retrouvailles à Cleveland quelques mois plus tôt.
La brusque sonnerie du téléphone sortit les 2 jeunes femmes de leurs rêveries respectives.
- Agent Todd ! Fit Kate en décrochant.
- Tu as terminé avec le portrait ? Interrogea la voix sèche de Gibbs.
Sans qu’elle sache pourquoi, le cœur de Kate de serra brusquement.
- Presque !
- Bien, vois dans les antécédents du Major Ache si tu peux trouver une veille dame – autre que la terrifiante voisine dont nous ont parlé DiNozzo et McGee.
- C’est tout ce que tu as comme critère ? Une vieille dame ?
- Non, on sait aussi qu’elle n’a pas les cheveux orange ! Répliqua Gibbs avant de raccrocher d’un geste sec.
Kate raccrocha une seconde plus tard, soudainement envahie par une lassitude qu’elle ne s’expliquait pas.
SCENE 17.
- Je n’ai strictement rien trouvé dans le dossier du Major Ashe qui laisse supposer qu’une vieille dame puisse lui en vouloir. Annonça Kate en guise de bonsoir lorsque ses collègues revinrent de Hampton.
- Cette histoire commence à m'irriter sérieusement ! Grogna Gibbs. On n’avance pas !
- Où est Faith ? S’étonna DiNozzo en réalisant que le Capitaine Rinehart n’était plus auprès de sa collègue.
- Elle avait un rendez-vous à Washington. Un truc d’orientation. Elle m’a chargé de te dire qu’elle t’appellerait…
- DiNozzo ! Hurla brusquement Gibbs. Est-ce qu’il serait possible, si ce n’est pas trop te demander, de te concentrer un peu sur cette enquête ?! Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, on n’avance pas des masses et la seule suspecte qu’on ait se trouve être une charmante vieille dame !
- Charmante, charmante ? C’est vite dit ! Bougonna l’ancien policier.
- Quelles raisons pourraient avoir une vieille dame pour empoisonner son voisin ? Songea McGee à voix haute.
- Peut-être qu’il mettait la musique trop forte ? Suggéra Tony !
- DiNozzo ! Cria Gibbs avant de poursuivre. Qu’est-ce qu’on sait sur elle ?
- Pas grand-chose ! Avoua Kate. Elle s’appelle Beth Leight, veuve depuis 1973, 76 ans, propriétaire de sa maison, pas d’antécédents judicaires connus…
- Et on continue à ne pas avancer ! Grogna l’ancien Marine.
- Alors qu’est-ce qu’on fait ? S’enquit DiNozzo en regardant sa montre.
Elle indiquait 20h00.
Tony ne put dire si c’est parce qu’il eut pitié d’eux ou si c’est parce qu’il était vraiment de mauvaise humeur et las, mais Gibbs consentit néanmoins à laisser son équipe rentrer chez eux…
SCENE 18.
- Mais enfin, c’est ridicule ! Tenta de le rassurer Kate. Rassures-toi ! Jamais tu ne pourrais passer pour mon père…
- Kate ! Ca n’a aucune importance ! Affirma Gibbs d’une voix morne.
- Mais si tu…
- Kate ! Ca suffit…
L’Agent Spécial Todd hésita une seconde. A leur arrivée, la toute nouvelle secrétaire, installée au rez-de-chaussée des locaux du NCIS, lui avait demandé si l’homme qui l’accompagnait – à savoir Gibbs – était son père venu en visite. Sur le moment, Kate avait étouffé un fou rire et prit pitié de la pauvre femme qui allait maintenant devoir faire face à la colère de Gibbs. Mais son supérieur lui avait simplement placé sa plaque sous le nez et, face aux excuses bafouillés de son interlocutrice, avait continué son chemin jusqu’aux ascenseurs. Kate n’était pas certaine que Gibbs ait mal prit la remarque de la nouvelle employée. Il n’avait pas esquissé la moindre grimace ou réaction. D’un autre côté, il y avait, dans la rigidité soudaine de ses traits, quelque chose comme une retenu inquiétante. Elle garda encore le silence une minute mais devant le visage de son compagnon obstinément fermé, elle se décida.
- N’empêche que… Reprit-elle finalement alors qu’ils arrivaient devant son bureau. Personnellement, je te trouve encore très séduisant.
- Vraiment ? S’étonna Tony en relevant le nez de son bureau.
- Reste en dehors de ça toi ! Ordonna-t-elle à son collègue dans une grimace.
Gibbs avait soudain interrompu son pas décidé. Il se tourna vers la jeune femme, une lueur espiègle dans le regard.
- Vraiment ? Interrogea-t-il.
- Mais oui. Je te le jure ! Confirma Kate, la main droite levée.
Gibbs hocha alors la tête, un petit sourire aux coins des lèvres, visiblement contenté par ce précédent aveu. Kate détourna le regard, dissimulant à son compagnon l’air amusé qui venait d’apparaître sur son visage. Malgré ses airs de dur à cuire, Gibbs continuait de la surprendre par les réactions quelques fois infantiles qu’il laissait échapper sans préavis.
- La nouvelle a fait une bourde ? S’enquit Tony qui n’était pas certain de comprendre ce qui se déroulait devant lui.
- Elle a crut que Gibbs était mon père. Expliqua Kate.
- Aie ! S’esclaffa l’ancien policier. Et elle est toujours vivante ?
- La ferme DiNozzo ! Aboya Gibbs.
- Et bien, s’exclama Abby en arrivant à leurs niveaux, je vois que l’ambiance est au beau fixe !
- Abby, qu’est-ce qui t’as sortit de ton laboratoire ? Demanda Tony en guise de salut.
- Gibbs a eut une idée de génie et je voulais absolument être là quand il vous l’annoncerait !
Il y avait, sur le visage de la jeune gothique, un air amusé qui intrigua et inquiéta les Agents Todd et DiNozzo. Ils commençaient à craindre le pire quant à l’idée de leur supérieur.
- C’est quoi cette idée génialissime ? S’enquit Tony sur ses gardes.
- Et bien… les descriptions que nous ont fait DiNozzo et McGee du quartier où vivait le Major Ashe m’ont fait penser à quelque chose.
- Mais encore ? Insista Kate qui, tout comme son collègue, commençait à s’inquiéter devant la mine trop réjouit de Gibbs.
Gibbs n’arborait cet air espiègle que lorsqu’il riait à leurs dépends.
- Il va falloir aller enquêter sur place. Annonça-t-il finalement. Le problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’on cherche donc…
- Donc ? S’enquit Kate.
- Donc, étant donné qu’une surveillance dans un cadre aussi restreint est impossible, l’un de nous va devoir louer cette maison et essayer de découvrir ce que ces civils modèles nous cachent…
- Qu’est-ce qui te fait penser qu’ils nous cachent quelque chose ?
- Ils sont trop parfaits. Tu connais beaucoup de quartier où tous les voisins s’entendent …
- Gibbs, tu es trop cynique !
- Non, je suis réaliste !
- Il va y avoir un problème. Intervint Abby.
- Lequel ? Intervint DiNozzo.
- J’ai parcouru les dossiers qui concernent le « quartier » comme Gibbs me l’as demandé hier soir et je n’ai rien trouvé de particulier hormis une chose. Bon, ça ne constitue pas un délit ou un indice en soit, mais ça m’a quand même semblé bizarre…
- Quelle chose ? S’étonna Kate.
- Leur charte de copropriété. Figurez-vous qu’ils n’acceptent que les couples mariés et avec moins de 3 enfants. Si vous êtes célibataires ou parents d’une famille trop nombreuses, vous pouvez aller vous faire voir ailleurs…
- C’est étrange. Nota l’ancien agent des services secrets. Pourquoi cette discriminations ?
- Figures-toi qu’ils ont comme théorie que les célibataires et les enfants amènent la criminalité et les ennuis dans leur charmant petit village privé… Pas Glop !
- Ils feront une exception pour le NCIS. Fit DiNozzo.
- Ca m’étonnerait. Lança Abby. C’est une société civile qui loue ces maisons. Ils ne plieront pas leurs règlements pour tes beaux yeux Tony !
- Et surtout, Reprit Gibbs, ça attirerait l’attention sur nous et ce ne pas ce que nous voulons...
- Alors… Sourit Abby avec malice.
- Alors, poursuivit Gibbs, on va devoir envoyer un couple marié sur place.
Abby et Gibbs tournèrent leurs regards vers Kate. Celle-ci mit une seconde à comprendre l’idée qui faisait sourire ses compagnons.
- Non ! Refusa-t-elle en secouant la tête avec véhémence.
- Et si ! Se moqua Gibbs.
- Non.
- Si.
- Gibbs, pitié ! Implora-t-elle. Comment peux-tu imaginer que Tony et moi puissions passer pour un couple marié ? Personne n’y croira une seconde…
- Et pourquoi ça ?
- Mais enfin… Regardes le !
Elle fit semblant de réprimer un frisson d’horreur.
- Hey ! S’insurgea Tony. Pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas être mariés tous les 2 ?
- Parce que tu es… Toi ! se lamenta Kate. Gibbs, je t’en prie !
- D’accord, d’accord ! Concéda ce dernier. Tony ne jouera pas ton mari…
- Merci Seigneur ! Soupira-t-elle de soulagement.
- Ce sera moi ! Lâcha-t-il en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.
Caitlin eut une seconde d’absence.
- Hein ? Quoi ? S’exclama-t-elle finalement.
Mais Gibbs s’éloignait déjà, un large sourire sur les lèvres, satisfait de son effet.
- Kate mariée avec Gibbs ? On aura tout vu ! S’esclaffa Tony.
- Mmm, je trouve qu’ils forment un joli couple ! Commenta Abby en s’éloignant à son tour le sourire aux lèvres.
- Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Se lamenta Kate.
- Allez, ne déprimes pas ! Sourit Tony. Rappelles-toi que de toutes façons, les mariages de Gibbs ne durent jamais très longtemps…
Et elle se laissa choir dans son fauteuil sous l’air narquois et amusé de DiNozzo.
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